Théodore Teysseyre   



 

Théodore Teysseyre

 

On trouvera quelques poésies

et

  un cahier de guerre de 1914

 

 

 

POÉSIES

 

 

 

Voici un premier texte que nous publions

(publication inachevée)

 

 

Las camapanes de Sant Jean

 

Lo ritou desserbent de Sant Jean la Castagno

Un ichou bilatchot al pe de la mountagno

Despey huit ans déjà que disio dins l’endret

Las messos et sas bespros, qu’ensegnabo lo dret

Cami as paroissiens, aspirabo al bounhur

D’une bisito pastouralo de Monseignur,

Just, coullo un fait exprès  sus la fi de l’annado

L’abesque dins dous mots y annoounço l’arribado

Del soun vicari général et sa suito

Alabets qu’un tacas per aquelo bisito

Et lo dimenche aprep) al prone tout prumier

Digeuc à sous fidèles «  lo 15 de jambier

Couneyssi vostreb zèle de toutis soy segur

A st Jean reçauroen en poumpo Monseignur

Que ben dans lo bilatche per la confirmaciou

Cal fa ço que poyren per le récébré ayciou

Cresi sans me troumpa d’agi bamé sagesso

De demanda dabord à touto la jouenesso

De beni, sio apé,bicycletto ou chabal

A l’abesque fa un courtéché truumphal

Et de coedos de bouis de  teoulado en tealado

Faran d’arcs dé triumpho sus sa bouno arribado

Lo ritou a parlat, meten nous à l’oubratché

Diiséban en sourtoin les hommes de tout atché

Les joubes partesqueban à Toulouse ou à Foïs

Las filhas peparabon las cordos de bouis

Le janou de la guigno disio : « le darnié cop

Que monseignur benguet me predebi un esclop

En galoupa, darrié sa poulido bouéturo

Car boullioy tout prumié countempla sa figuro

Abioy naous ans  labests, més malgré moun couratché

Me calguec arresta plan aban le bilatché

Mes urtels en buttan à toutes les caillous

Me balgueban al lieyt quatre jouns de repauous ».

« et que dies de you countec la catinou

estrenabi aquel joun un poulit coutillou

la modo ero labeste coulou de caca d’oie

Mes you le qu’estrenabi ero de bert de noize

Quand lé prumier chabal fousquet à la crousetto

Prenquebi lé galop en ténin ma coufetto

Qu’abio dous ribans que flouttaban per l’esquino

Eri pu fiero alors que le reyno de Chino

Trabuqui per malhur al tal del foumérié

Et toumbi pel chacas just amel cop prumié

Coutillou bert de noix, coulou de quicon mayt,

Ma cousetto tabé semblabo pas de layt

En besen moun coumplet coulou de jus de chiquo

Ma mayrino s’améno armado d’une triquo

M’alloungo uno tourniolo, un cop de pé… ount cal !

Et amé un grand tapatché m’embouyec sus las paterlos

La saoutros s’en anguéban bellos coummo de perlos

En amoun delilatché ( mes sans la catinou)

A Monseignur fourma un courtéché d’aounou

 

 

   [à suivre]

 

 

 

 cahiers de guerre

 

 

Voici les premières pages d'un cahier de guerre de théodore

 

 

2° partie 

 

3 octobre 1914                         Toulouse –Minimes

 

Qautre heures du matin . lentement, lentement, notre train passe devant la gare Matabiau )à Toulouse. La profusion les lampoes à arc nous éblouit et nous fait songer à un monde nouveau après la longue et froide nuit que nous venons de traverser . Un arrêt, machine en arrière et nou venons longer le même quazi de la gare Raynal d’où nous avons embarqué, à peu près 2 mois auparavant, avec la différence que nous arrivions sans canon, comme des vaincus . D’ailleurs notre capitaine avant de partir du Puget, nous avait fait la recommandation suivante : que personne ne chante dans les gares, car nous ne revenons pas d’une victoire. Pas d’une victoire, évidemment, mais ne nous étant pas encore battus, nous ne revenions pas d’une défaite non plus .

je fais seller mon cheval que je donne à conduire à un conducteur et toujours chaussé de mes sandales, car mon pied n’est pas encore complètement guéri, je remonte dans le chariot de batterie, ainsi que je l’avais fait à mon départ de la villa de Madame Mireur ou Muy et c’est ainsi que je refis mon entrée à Toulouse, la cité Palladienne . en route pour les Minimes. Allons nous recommencer le travail que nous faisons à la Salade[1] au commencement d’août ? Nous n’y comptons guère. Nous voilà déambulant (moi, clopin-clopan) dans les quartiers à la recherche d’écuries pour nos chevaux et des locaux pour les hommes dont nous allons partager le logement .

Une grange nous paraît propice pour ce dernier cas. Une petite alcôve me convient beaucoup. Ce sera ma petite chambre. J’y transporte mes frusques. les chevaux ont bu ; on leur donne leu ration, et ma foi on souffle un brin en prenant un café bien chaud, ce qui nous remonte un peu .On regarde passer le deuxième groupe d’Aix qui vient de débarquer et nous suivait à une heure de distance. On reconnaît quelques amis… un salut, un mot, une poignée de main.

 

Nous n’avons pas longtemps joui de notre installation, car un officier du groupe qui vient de débarquer nous la revendique. Avec juste raison d’ailleurs. Nous nous étions parait-il fourvoyés dans son secteur . Force nous est de déménager . Nous voilà partis ; les conducteurs menant leurs chevaux, les servants suivants derrière, portant les paquetages et les armes sur des balladeuses. Nous commencions à faire les boomiers de la guerre, c(était typique. Enfin nous voilà casés bêtes et gens à proximité de la place deds minimes où nous avons formé notre parc. Oh ! il n’est pas bien conséquennt le parc : deux fourgons, le chariot de batterie, la fourragère et la forge.

Comme local des hommes, c’est un peu sommaire : des chambres nues qui ont été abandonnées au début de la guerre – cause de cessation de travail d’une savonnerie dont elles dépendent. A même le sol on a transporté quelques brassées de paille. Voilà nos lits. J’ai dormi deux soirs là-dedans. Après je fus mieux casé (mais n’anticipons pas).
Une partie des chevaux était sous les hangars de la place, tandis que les autres dont ma pièce étaient à côté de notre logement dans un ancien atelier. Comme travail journalier, c’était à peu près le même que celui que nous faisions au Muy et aux Arcs, les sites montagneux en moins. Les servants assistaient à des instructions quelconques. J ‘ai toujours ma pauvre Mireille éclopée. Elle n’en guérira pas. Toute la partie antérieure du genou set enlevé. Pauvre bête. Nous ne pourrons pas continuer la campagne ensemble. Pour ma part, mon pied me fait encore du mal. Malgré cela, je puis mettre les souliers.

J’ai voulu un jour, remonter à cheval pour suivre mes camarades à un service en campagne. J’ai pris le cheval de Flourens, le maréchal des logis de la 2ème pièce. Mal m’en a pris. Je n’avais pas été prévenu qu’il était peureux, mais je m’en suis bien aperçu ; Aussitôt après avoir dépassé le pont du canal, nous avons tourné à droite sur le chemin qui longe [5] le canal à sa rive gauche. Les tramways sortaient à ce moment là des établissements. Mon cheval a pris peur. En voulant le retenir, je ne sais pas si le piquais de l’éperon ? Toujours est-il qu’il s’emballa le long du quai. Impossible de le tenir ? J’ai failli envoyer une vieille femme plonger sans le canal. Le cheval ensuite a tourné à gauche pour prendre le milieu de la rue. A l’écart qu’il a fait j’ai perdu l’équilibre et j’ai été désarçonné et projeté au milieu des pavés. Tout le poids du corps a porté sur le poignet droit qui a été légèrement foulé. Me voilà rentrant à pied, tenant ma monture par la figure. Décidément je n’ai pas de chance comme cavalier. Détail humoristique ; lorsque je rentrai le cheval à l’écurie, un de mes poilus m’amena un petit cheval de bois qu’il traînait au bout d’une ficelle « tenez, maréchal des logis, me dit-il, sur celui-là vous ne risquez rien ! » J’étais furieux, je l’aurais giflé. Et dire que la carrière à cheval ne faisait que commencer.[6] Bientôt on nous emmène des canons de 90 – cette bonne pièce de 90 que personne ne connaissait, en fait de manœuvre du moins ; et nous voilà, théorie en main, à piocher, pour savoir l’emploi et la place de tel ou tel servant. On nous a bien adjoint un sous-officier et un brigadier pat batterie, mais ce sont des hommes de dépôt, i. des  jemenfoustistes qui nous laissent nous débrouiller, comme nous l’entendons. Voilà pour le travail .

Nous avons établi notre mess à l’école Fermat des filles. Nous sommes très bien nourris ; de la viande en abondance. Nous avons à chaque repas quatre à cinq plats dont trois de viande. C’est trop ! Nous en laissons la moitié. Alors nous allons réduire. Le pain, par exemple est excellent, et nous change un peu de celui que nous avons mangé aux Arcs et au Muy qui provenaient des manutentions de Marseille. On venait de mettre en activité les fours de campagne et de l’aveu de certains ouvriers qui s’en étaient servis, il fallait un certain temps [7] d’emploi pour mettre ces fours au point.. par la suite, je devais me rendre compte que le pain 5 0 quelque exception près, où nous avons touché des boules datant de trois semaines ? qui étaient complètement moisies) était de fabrication très régulière et bien mangeable.
Un matin le fourrier – le brigadier fourrier Sutra –me demanda où je logeais. Je lui r »pondis que je logeais avec les hommes. Etant étonné de ma réponse, il désira savoir si je n’avais pas de billet de logement. Je lui en montrai un qui m’obligeait à aller du côté de la gare Matabiau, et dont je ne voulais pas faire usage. Alors il me donna l’adresse de Mme Barthère, chemin de Launaguet ; Je fus voir cette dame qui me reçut avec une grande amabilité. Elle mit à notre disposition pour moi et deux de mes amis, tout un appartement qui pour l’instant n’était pas occupé. C’tait le logement de ses beaux-parents qui ne devaient l’occuper que l’hiver. Nous pourrions donc en disposer à notre gré ? C’est d’ailleurs ce que nous fîmes.[8]. J’aurais vouli

U ne prendre que deux chambres, ce qui eut été bien suffisant, mais Mme Barthères voulut ( et la volonté d’une femme est quelque chose de terrible) que nous prissions une chambre chacun ; la première était somptueuse avec toute le confort moderne, élégance et luxe en plus, éclairage électrique, glaces, grands tapis, lourdes tentures et brise-bises aux fenêtres, petite table de toilette. Ce fut la mienne. Evidemment c’était trop pour des troupiers sur le sentier de la guerre. Mais notre généreuse hôtesse nous consola en nous disant avec raison : «  Profotez-en, vous n’en trouverez pas partout ailleurs ». Les autres deux chambres étaient moins élégantes, mais très confortables. Il avait été convenu que nous enverrions un ou deux hommes chaque jour pour faire les lits et pour donner un peu d’ordre dans l’appartement. Mais le premier soir les lits étaient à point et au moment de nous coucher, il ne restait plus qu’à nous allonger. Mais ce n’était pas tout. Le lendemain matin, nous avions notre café au lait préparé à la cuisine. Il ne nous restait qu’à allumer un réchaud. le temps que nous finissions de nous débarbouiller et de nous habiller, le déjeuner était prêt et nous voilà attablés en présence d’un bon pain blanc. Nous étions à nous demander si nous avions été réellement mobilisés pour la guerre, ou si nous étions en train de faire un beau songe. Le lendemain, inutile de déranger nos hommes. La bonne nous faisait les chambres. Nous vivions comme des invités de la maison.

 

   [à suivre]



[1] quartier  autour de l barrière de Paris.

 

 

 

 


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