Souvenirs d'antan : les travaux de la ferme   



 

Souvenirs d'antan

Laurent TEYSSEYRE

 

V Les travaux de la ferme

 

 

Une occupation journalière était bien celle des soins au bétail, quel que soit son nombre il fallait s'en occuper. Tout d'abord, de très bonne heure, suivant les saisons on devait procéder à leur alimentation, garnir les râteliers de foin et pendant ce temps procéder au « pansage », c'est-à-dire brosser, étriller bovins et chevaux, refaire la litière. Si on avait des vaches laitières il fallait aussi procéder à la traite deux fois par jour. Restait à envisager de faire boire le bétail, généralement une auge se trouvait à cet effet à proximité du puits. Dans certains cas il fallait recourir à une mare ou a un ruisseau. Le soir en rentrant des champs le cultivateur devait à nouveau assurer l'alimentation de son bétail à moins que celui qui n'était pas utilisé pour le travail soit mis au pacage. Les condamnés au travail devaient être équipés en conséquence, joints par un joug pour les boeufs, collier et harnachement pour le cheval.

 

Durant la période hivernale le ou les hommes de la ferme avaient des occupations de saison c'est-à-dire couper du bois pour assurer la réserve pour le chauffage de la maison. Un autre travail qui prenait pas mal de temps, se situant entre la mi-novembre et début mars, était bien la taille de la vigne surtout à cette époque où les ramifications des ceps était établies en gobelet pour la taille Guyot. Les plus importantes surfaces plantées en vignes se situaient dans les environs de Villaudric et Fronton dont les vins capiteux étaient déjà reconnus

 

Dès que le printemps pointait le bout de son nez, les travaux des champs devenaient plus importants. Ainsi on passait la herse sur les céréales en herbe pour les faire taler, on disait alors qu'elles « marsaient » en fait le grattage des pieds des céréales provoquait une multiplication des tiges et de ce fait de plus nombreux épis. Il fallait aussi préparer quelques champs en vue des cultures et semis de printemps.

 

Dans les temps les plus anciens pour retourner la terre, on utilisait une simple charrue (araire) qui comportait un soc avec coutre reversoir, un mancheron pour la guider. Ensuite arriva le brabant avec sa charrue réversible, les « Pilter » et « Saut de Tarn » furent de véritable progrès, on pouvait aller plus profondément et prendre moins de peine; dès lors la charrue ne fut plus utilisée que pour biner la vigne, buter les pommes de terre ou mdis.

 

Avec le mois de juin arrivait la saison de faire les foins, c'est-à-dire de couper l'herbe pour assurer la nourriture hivernale du bétail. La faux a été l'instrument utilisé à cet eff et et longtemps il f ut le seul.

 

La faux devait être bien affutée, aussi le faucheur se faisait-il suivre une pierre spéciale logée dans sa « coudrière ».

 

Pour couper l'herbe, une avancée sérieuse se f it avec l'arrivée de la faucheuse mécanique tirée par une paire de boeufs ou des chevaux, le conducteur était assis sur un siège. Ces machines, d'abord importées d'Amérique, les « Deerinq » et les « Milwaukee » firent florès. L'herbe tombait en formant une rangée, restait ensuite à la ramasser avec un râteau en bois et la secouer à la fourche pour la faire sécher. La faneuse mécanique et le râteau à foin tiré par un cheval arrivèrent plus tardivement. L'herbe une fois séchée, (foin de prairie, luzerne ou trèfle) était rentré en vrac dans la grange ou dans un hangar (capel Io).

 

Les toutes premières faucheuses sortirent vers 1895.

 

Beaucoup de travaux se réalisaient à la main : sarclages et légers buttages.

 

Il faut aussi mentionner la corvée de curage de l'étable qui n'intervenait pas très régulièrement. Le fumier était soulevé à l'aide de crocs puis enlevé à coups de brouettes pour être mis en tas et répondu ultérieurement dans les champs en l'éparpillant à la fourche.

 

Dès le débourrement les vignes demandaient des soins particuliers tel le soufrage à l'aide d'une soufrette à main d'abord puis d'une soufreuse à dos. Le sulfatage souvent répété en cours de végétation se fit très t8t avec la pompe à dos en cuivre, on utilisait une bouillie faite de sulfate de cuivre et de chaux.

 

La réalisation de la moisson comprit plusieurs étapes, d'abord à la faux classique à laquelle on fixait une sorte de rateau incliné qui permettait d'aligner la paille coupée qui ensuite ramassée et liée formait une gerbe.

 

Puis vint la moisson mécanique beaucoup plus rapide. On utilisait la faucheuse ordinaire sur laquelle on montait ce qu'on appelait « le petit appareil » sorte de ratelier mobile fixé sur la barre de coupe et actionné par une pédale utilisée par une seconde personne installée sur un deuxième siège accroché a l'axe de la roue droite. Ainsi de temps à autre la paille était déposée par petits paquets. Restait à faire les gerbes souvent liées avec de la paille de seigle qu'on torsadait. Les gerbes, après avoir été rassemblées dans le champ étaient ensuite transportées à la ferme à l'aide de charrettes pour être rangées en gros tas (gerbière) sur l'aire

 

Plus tard apparut la moissonneuse-lieuse avec ses multiples engrenages et chaînes, son rabatteur. Cette lieuse coupait les tiges de céréales (blé, seigle, avoine) elles étaient reçues sur un tapis roulant qui les amenait à son tour entre deux autres tabliers roulants, qui montaient cette paille en haut de la machine dont les tasseurs formaient les gerbes, une fois liée à la ficelle celles-ci étaient jetées sur le sol. Bien que son utilisation demande beaucoup de force elle fut, durant un demi-siècle, un progrès important.

 

 Les gerbes étaient ensuite transportées à la main, aux alentours, à l'aide de charrettes pour y être déposées sur l'aire préalablement débarrassée de toute herbe, le sol raclé et bien net devait permettre le battage qui se pratiquait au fléau en plein soleil les gerbes étalées.

 

Puis vint le temps de l'utilisation du rouleau en pierre. Son châssis tiré par des bêtes qu'on faisait tourner sur les gerbes, préalablement déliées, faisait ouvrir les épis et détacher le grain de la paille. Il ne restait plus qu'à vanner (ventiler) pour séparer la bale du grain

 

Le battage primitif du blé d'abord au fléau puis au rouleau tiré par des animaux nécessitait qu'on enlève la paille pour recueillir le grain mêlé à la bole, on chassait cette dernière par le moyen d'un appareil, le tarare (ventaïre) grâce au vent produit par ses palettes.

 

Le progrès arriva ensuite avec le dépiquage à l'aide de la batteuse. Elle était actionnée par une locomotive à vapeur qui avec son grand volant et sa grosse courroie mettait en mouvement une série d'éléments internes sur lesquels la paille arrivait, pour sortir en bout de machine, tandis que le grain sortait débarrassé de son enveloppe et de ses impuretés. Il est évident que pour assurer le fonctionnement de ce matériel il fallait de nombreuses personnes autour, l'entraide fut la solution.

 

Le prototype de la machine à battre le blé remonterait aux environs de is5o tout d'abord sous une forme asse7 rudimentaire elle fut ensuite perfectionnée, en particulier en rendant un grain débarrassé de la baie mais aussi, avec l'adjonction d'un élévateur monte-paille.

 

La récolte céréalière assurée si le temps le permettait, on Pouvait déchaumer soit en passant un labour superficiel, soit en utilisant un instrument une « canadienne » disposant de lames à ressort pour gratter la terre. Plus tardivement et pour le même objet l'outil à disques vint faciliter certains travaux.

 

En gros on peut dire que le machinisme agricole de base fonctionnait par la traction animale, il se répandra petitement d'abord dans les années qui précèdent la Grande Guerre, ensuite ce fut progressivement la généralisation. Notons en passant que la force motrice, plus précisément les tracteurs Farmhall et Fergusson qui changèrent la vie des cultivateurs ne furent utilisés qu'après la seconde guerre mondiale.

 

Avec l'été, les raisins mûrissant il fallait procéder à la vendange. Dans nos contrées le vendangeur était muni d'un sécateur ou ciseau et d'un panier en bois, celui-ci semalou». lis étaient dispersés dans ici vigne et enlevés ensuite car la vandange était foulée sur place. Pour recueillir et transporter les grappes on ven utilisait aussi une cuvette en bois « la seille » qui pouvait recevoir sept ou huit paniers de grappes et qui était portée sur la tête jusqu'au fouloir. Si dans les temps éloignés la vendange était foulée par les pieds de l'homme, le fouloir portatif placé sur les comportes en bout de vigne fit une longue carrière et une bonne besogne.

 

Il ne restait plus qu'à transporter cette vendange au lieu où se trouvait la cuve pour la fermentation. Celle-ci terminée il fallait procéder ou décuvage, en envoyant, à l'aide d'une pompe spéciale, le rougeoyant liquide dans un foudre et ensuite extraire le marc de raisin qui devait être pressé. On obtenait alors le vin de presse. Comme chaque cultivateur n'avait pas son pressoir à vendange, d'autres venaient à façon avec le leur.

 

Après la période consacrée a la vigne et au vin il fallait songer aux semailles donc mettre en route le brabant pour un bon et profond labour. Le moment du semis venu, on passait un coup de herse avec ses grosses dents pour niveler le terrain.

 

 

on semait ensuite, semis qui était couvert par un nouveau passage de herse. Le semis était fait à la main; si on a brodi sur le geste auguste du semeur, il Hen reste pas moins qu'il fallait être solide et avoir de l'expérience. Le sac de grosse toile utilisé (sac semenadou) était arrangé de telle façon que le grain repose sur le dos de l'épaule droite et la cuisse gauche tout en laissant glisser les céréales vers une sorte de poche formée par le bout du sac et retenue par la main gauche, c'est là que venait puiser la main droite pour une poignée de grain projetée dans un large geste (cinq pas).

 

 Les semailles faites on pouvait respirer, parfois le temps venait les contrarier et les retarder et puis il faut dire qu'avec la traction animale on y mettait pas mal de temps.

 

A la mauvaise saison il y avait bien des occupations à la ferme, entretenir ou réparer, il fallait aussi le faire. Toutefois, l'hiver arrivant, un autre cycle se présente. En agriculture, il faut toujours recommencer.

 

En décrivant les divers travaux des champs il ne faudrait pas en conclure qu'en dehors des céréales de bases, de la vigne ou de quelques cultures légumières il n'y avait plus rien. Or dans le Nord Toulousain, dans certains secteurs d'autres cultures étaient pratiquées et connues : les petits pois précoces de Buzet sur Tarn, la luzerne pour la graine dans la vallée du Tarn, l'ail de Cadours, les fraises des environs de Lopeyrouse-Fossat, les choux f leurs de saint Jory, sans oublier les pêches de toute la contrée alimentant le marché d'Arnaud Bernard à Toulouse.

 

Il a été surtout fait état du travail de l'homme, mais ne croyons pas que la femme restait les bras croisés devant la cheminée. Outre la tenue de la maison et la préparation des repas choses commune aux femmes des villes et des campagnes, ici des travaux spécifiques étaient de son ressort. Le jardin potager était son domaine et sa production largement utilisée. Le petit élevage de volailles, lapins, canards, oies étaient un sérieux apport pour la vie de la famille, sans oublier le porc soigné avec beaucoup d'intérêt.

 

Aux champs la femme allait parfois, au moment où on faisait les foins, à la moisson, et aux vendanges. Alors son concours permettait de ne pas faire appel à un journalier qu'il aurait fallu rétribuer.

 

Toutefois n'est-il pas dit qu'il n'est pas bon que l'homme soit seul, cela peut être vrai au travail ! ...

 

En fait à la campagne on n'était guère seul, alors on se visitait, on allait facilement chez le voisin, on se donnait un coup de main au besoin. Dans la joie comme dans la peine, l'entraide et la solidarité on marqué cette époque.

 

D'autre part, à travers la description des divers travaux de la ferme il a été surtout fait mention de ce que pratiquaient les cultivateurs métayers ou propriétaires de petites exploitations qui étaient le plus grand nombre. Mais il y avait aussi quelques gros domaines, des châteaux entourés parfois de surface de centaines d'hectares ayant recours alors à du personnel salarié, bouviers, vachers, charretiers, ouvriers agricoles permanents ou saisonniers.

 


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