Souvenirs d'antan : dictons et épilogue   



 

                Souvenirs d'antan

 

                                    Laurent TEYSSEYRE

 

          VII Dictons et maximes d'autrefois

 

  

N.B.. l'orthographe des mots occitans n'a pas été respectée afin qu'on puisse les lire tel qu'on les prononce                     

 

       

 

 « De Nadal a Pentocousto, lou dessert es uno crouto, de Pentoucosto a Nadal lou dessert es un cabas d'ail »       

de Noël à Pentec6te le dessert est un crouton, de Penteôte à Noël le dessert est une tête d'ail.

    Ce qui veut dire que durant la mauvaise saison les fruits ne sont pas utilisés ert qu’ils abondent à la  belle saison

 

« Très jouns dé plègo, très jouns di mol, lou bailet canto, lou mestré es fol »

Trois jours de pluie, trois jours de sol détrempé, l'ouvrier (valet) chante, le maître devient fou.

C'est à dire qu'il n'est pas question de payer quelqu'un qui n'a rien à faire.

 

   

«  Se plaou su la banièro, pleou su la gabello »

S’il pleut  sue la bannière, il pleut sur la javelle

Autrement dit, une pluie de printemps (aux rogations) peut se reproduire au moment des moissons.

 

« Lou que à Nodal s'ensoulho à Pasquos cramo la légno »                                  

celui qui à Noël prend le soleil, utilise son bois de chauffage à Pâques

 

«  Pasquos marcescos, tumbont frescos »

La fête de Paques au mois de mars sont période de fraîcheur,                                                                                        

c'est clair mais si le mot « toumbont » en interprété « toumbos » il s'agirait

alors de tombes récentes « fraîches ».

 

«  Y auno tens per l'ase, y a uno tens per lou que lé mina »

il y a un temps pour 1'âne, il y a un temps pour celui qui le conduit.

Chacun a sa place au soleil, peut-on dire. Chacun son tour.

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«  Luno mercrudo, fenno barbudo, cado cent ans n'y ci prou em d'uno »

 lune tombant en mars, femme à barbe chaque cent ans, il y en a assez avec une.

Rareté de la chose.

 

Al tens del coucut, taléou mol, taléou eichut »

au temps du coucou, c'est-à-dire au printemps, dès que le sol est détrempé, aussitôt il est essuyé                                                                                                 

Le soleil fait son oeuvre.

 

«  Co que t'acousso t'a pas attrapat »

ce qui te poursuit ne t'a pas attrapé

Autrement dit, on ne sait pas ce qui peut arriver.

                                                                                                                                

« Va mal tant qué febrié quitta pas lou balot razié »

çà va mal si février ne laisse pas le fossé plein à ras bord.

C'est-à-dire que c'est bien en février que la réserve d'eau doit se constituer.

                                                               

« Lou pan dur fa l'oustal segur »

le pain dur fait que la maison sera assurée (ne sera pas en peine).

On économise.

          

« Annado de fen, annado de ren »

Année de foin, année de rien.                                                                     

.S'il y a une bonne récolte de foin, il y a eu pluie au printemps et alors le bétail n'allant pas pacager on a utilisé la foin en réserve moment des moissons.      

                                                                                                                                                  

 « Tant que farern atal, cromparen pas de bordo

Tant que farem atal, croumparen pas d’oustal »

Tant que nous ferons ainsi, nous n'achèterons pas de borde (de métairie)

Tant que nous ferons ainsi, nous n'achèterons pas de maison.

Chant venant au cours de quelques soirées bien arrosées (un ressoupet).

 

« A Diou paouré Cornabal, tu t'en bas et iéou damori

 Per mangea Ici soupo à l'oli.»              

A Dieu pauvre Carnaval, toi tu t'en vos, moi je reste.                                                                                                           

Pour manger la soupe à l'huile

Chant du soir du mardi gras où on a pu faire bombance, se gaver d'oreillettes, mais dès le lendemain jour des cendres la soupe ne comporterait pas de viande.       

   

   

                                                                                                                                                                                                                                                                   

 

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Epiloque

 

 

 

Les diverses rubriques, qui ont essayé de faire découvrir ce qu'était la vie il y a un siècle et plus, présentent certainement des lacunes.

 

En effet, en particulier le r6le de la femme n'a été qu'effleuré, c'est vrai qu'il était très discret. En famille souvent elle ne mangeait guère à table occupée à servir rapidement les hommes de la maison, elle-même mangeant debout en même temps. D'autre part, on ne peut ignorer ce qu'elles firent pendant Ici Grande Guerre de 1914-1918, pas seulement au point de vue travail, efforts physiques, mais elles devinrent gestionnaires alors que jusque là elles n'avaient pas regard sur les affaires. Ce fut sans doute un début de la libération de la femme.

 

A travers la lecture des pages qui précèdent et des divers sujets évoqués sur la vie de chez nous dans les temps passés il ne faudrait pas cependant penser que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Cest un peu ce que disent encore de nos jours quelques personnes du quatrième âge, un peu perdues dans le modernisme et la technique ambiante. Il faut sans doute reconnaître que jadis on savait prendre les choses comme elles se présentaient (il n'y avait pas de manif.). On ne paraissait pas malheureux, mais cela ne veut pas dire qu'on ne portait pas en soi des aspirations à une vie meilleure. Cest bien pour cela, qu'avec le temps, des choses se mirent en place pour aider ou défendre le monde paysan.

 

Ainsi, sous l'impulsion des Padicaux, la loi de 1901 facilita Ici création des Syndicats Agricoles, nouvelles structures forts appréciées. Dans la foulée et dans le même esprit vinrent les mutuelles d'assurances ou de crédit. En fait les mutuelles de crédit pour l'agriculture ne furent autorisées à faire des prêts aux particuliers qu'à doter de 1910. Le Crédit Agricole fonctionnait alors sous forme de mutuelle n'intervenant qu'au cas par cas gr&ce à l'intervention d'un comité intercommunal.

 

Ceci étant, il est certain que l'agriculture de notre pays et du sudouest en particulier a connu bien des déboires, nous avons déjà cité les attaques du Phylloxera dans les années 1880 ruinant les viticulteurs et les obligeant à modifier leur pratique culturale. Mais la paysannerie connut d'autres difficultés et une véritable crise intervint dans les années

 

 

 

1932/1935 atteignant toutes les productions avec en particulier la mévente du bétail et des céréales sans parler des charges qui devenaient de plus en plus lourdes. Les producteurs de blé, victimes du négoce qui maitrisait les marchés, en arrivèrent à avoir leurs greniers pleins sans pouvoir écouler un grain faute d'acheteurs ; ils se retrouvèrent dans des situations financières bien pénibles. Heureusement la création de l'office des céréales en date du 15 août 1936 vint régulariser et assainir le marché. De plus entre temps et sous l'égide de la loi de 1901 les coopératives céréalières se crièrent, réalisant les premiers silos pour le stockage des céréales.

 

Devant les difficultés de la paysannerie un homme, Dorgères, se leva et sut rapidement trouver de l'aide pour organiser un Mouvement de Défense Paysanne. Beau parleur, organisateur de comités de défense et de meetings, il trouva aisément l'adhésion des masses paysannes, des petits agriculteurs victimes de Ici crise économique et mécontents des charges fiscales qui pesaient de plus en plus sur eux. Le mouvement se répandit surtout en Bretagne, dans l'Ouest, et dans le Sud-ouest. Cest ainsi qu'en 1935 à Pevel en Haute Garonne « les chemises vertes », comme on les appelait, se retrouvèrent a plus de 5000 pour exprimer leur colère et leur lutte contre les imp8ts. De tels rassemblements furent parfois musclés. Avec les évènements de 1939 on n'entendit plus parler du « dorgérisme ».

 

Par contre, une note plus sereine et pleine d'optimisme vit le jour en 1930 avec la création de la Jeunesse Agricole Chrétienne. Ce mouvement se développa progressivement dans les campagnes françaises. Mouvement de jeunes, mouvement d'église certes, mais mouvement orientant pour une formation professionnelle, en un mot mouvement d'école de vie. La J.A.C. entendait donner aux jeunes paysans la fierté de leur métier en une période où de nombreux jeunes portaient pour la ville. Le mouvement avait une structure nationale, diocésaine (départementale) et des sections locales. Le premier congrès national eut lieu à Tours en 1935 avec ses 3000 participants, le second en 1939 au Veldiv. avec 25 000 jeunes paysans laissa les Parisiens ébahis. Pour la Haute Garonne le berceau de la J.A.C. fut Saint Pome petit village du Lauragais puis s'étendit dans divers secteurs tel le Nord Toulousain dont nous relevons. Une jeunesse vivant dans la foi et l'espérance, çà laisse des traces.

 

Toutefois l'essentiel de la mise au jour de la vie, de la situation de cette époque, déjà lointaine, était de la présenter aux générations actuelles et de faire entrevoir que durant cette période, où le progrès n'était pas arrivé, la vie était pénible, certes, mais on n'était pas malheureux d'autant plus que tous subissaient assez uniformément le même sort.

 

En terminant, comme l'a dit un auteur inconnu, si on avait le pouvoir de donner la parole à nos dieux qui n'arrivant pas à comprendre nos comportements et notre mode vie, diraient :

 

« Nous sommes nés avant Ici télévision, avant la pénicilline, avant les produits surgelés, les photocopies, le plastique, les verres de contact, la vidéo et le magnétoscope, et avant la pilule. Nous étions là avant les radars, les cartes de crédit, la bombe atomique, le rayon laser, avant le stylo à bille, avant les lave-vaisselle, les congélateurs, les couvertures chauffantes, avant la climatisation, avant les chemises sans repassage, et avant que l'homme marche sur la lune.

 

Nous nous sommes mariés avant de vivre ensemble. La vie en communauté se passait au couvent. Le « fast-food », pour les Anglais était un menu de carême et un « big mac » était un grand manteau de pluie. Il n'y avait pas de mari au foyer, pas de congé parental, pas de télécopie, pas de courrier électronique.

 

Nous datons de l'ère d'avant les H.L.M. et d'avant les Pampers. Nous n'avions jamais entendu parler de la modulation de fréquence, de coeur artificiel, de transplant, de machine à écrire électrique, ni de Jeunes portant une boucle d'oreille.

 

Pour nous un ordinateur était quelqu'un qui conférait un ordre ecclésiastique, une puce était un parasite, une souris était de la nourriture pour chat. Les paraboles se trouvaient dans la Bible, pas sur les toits. Un site était un point de vue panoramique. Un CD-Rom nous aurait fait penser à une boisson jamaïcaine, un joint empêchait un robinet de goutter, l'herbe était pour les vaches et une cassette servait à ronger les bijoux. Un téléphone cellulaire aurait été installe dans un pénitencier. Le rock était une matière géologique, un gai (prononcé gay en anglais) était quelqu'un qui faisait rire et « made in Taïwan » était de l'exotisme »

 

 

 

 


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