Souvenirs d\'antan - la vie domestique   



 

Souvenirs d'antan

Laurent TEYSSEYRE

 

II La vie domestique

 

 

En parcourant la partie qui relate les principales « étapes de la vie » nous avons pu découvrir des évènements qui se déroulaient baignés dans la simplicité et avec une certaine harmonie. Jeunes et anciens chacun avait sa place au sein de la famille. Dès lors il faut évoquer ce que fut la vie domestique durant cette période.

 

De tout temps l'habitat a été le centre de la vie domestique. En milieu rural ; comme de nos jours, l'habitat pouvait être une maison dans un village, ou bien un ferme entourée de champs.

 

Au village les habitations étaient plus ou moins vastes, avec ou sans étage suivant l'importance et les moyens de la famille. Les plus belles et les plus importantes étaient généralement celles des notables. Les fermes appartenaient en grande majorité à de petits exploitants cultivant des surfaces de faibles importances. Certaines, parfois plus importantes étaient l'objet de contrat de métayage (sorte de bail capital/travail) entre le cultivateur et le propriétaire foncier résidant souvent en ville. L'habitat d'une ferme n'était pas en général très important se composant d'une cuisine, deux chambres tout au plus, un coin débarras, maison sans étage avec un grenier peu accessible. Toutefois y était accolé le bâtiment « professionnel » : étable hangar, chai.

 

La cuisine, au village comme à la ferme, a toujours été le lieu le plus important de la maison, c'est là que la famille se rassemble parfois devant une cheminée qui est généralement de grande taille munie de son « cramail » sorte de trépied ou de crémaillère pouvant supporter le « païrol », chaudron en cuivre ou autres récipients.

 

Son utilisation est multiple, elle va du chauffage à la cuisson du repas et sert aussi pour les lessives. Dans cette pièce commune peu de meubles, au centre une grande table, un buffet vaisselier, la grande pendule à balancier y avait une place réservée. Dans un coin de la cuisine, à moins que ce ne fût dans la pièce servant de débarras il y avait toujours un évier assez rudimentaire qui toutefois permettait de loger à c6té un seau, un broc ou une grosse cruche pour assurer les réserves d'eau pour les besoins ménagers.

 

Parler d'eau aujourd'hui n'est pas un problème, dans le temps c'était une corvée. Pour avoir de l'eau il fallait avoir un puits chez soi, ce qui était généralement le cas à la compagne aussi près que possible de la maison et se présentant avec une nappe d'eau plus ou moins profonde et suffisante. De plus il fallait puiser l'eau, initialement, c'était à l'aide d'un seau attaché à une chaîne ou à une corde qu'on remontait à l'aide d'un tour, sorte de tambour en bois muni de sortes de poignées

 

D'autres utilisaient une roue fixée sur un axe, ce puits prenait alors le nom de « Pouts roudiè » (le puits de la roue). Par Ici suite vinrent les pompes à piston avec leur balancier ou moins répandues les pompes à godets dites à « chapelets ». Toutefois la corvée résidait dans le transport de l'eau à la maison pour les besoins domestiques mais aussi pour remplir bassins et auges pour faire boire vaches et chevaux et encore arroser parcimonieusement le jardin sans parler d'autres besoins.

 

Dans certains villages, faute de pouvoir disposer d'un puits personnel, les particuliers avaient recours au puits communal, parfois il y en avait plusieurs en fonction des sources accessibles. Les villages qui avaient un lavoir étaient rares car ils ne pouvaient être alimentés que par une source coulant faiblement dans un bassin situé en contrebas utilisé pour le rinçage de la lessive (la ruscado).

 

Au sujet de l'habitat mention a été faite de la cheminée, de l'importance de sa place dans Ici maison. Sans doute faut-il aussi décrire, outre les idylliques flambées qui réjouissaient toute la famille réunie autour, ce qui était nécessaire à son alimentation. Il est évident que le combustible employé à son alimentation ne pouvait être que le bois, principalement des bûches. Chacun devait assurer sa provision de bois. Si on possédait un bois sur l'exploitation ou des bordures de champs avec des arbres importants on pouvait procéder à l'abattage de certains...

 

...pour constituer la réserve de bûches, les branches, mises en fagot avait moins d'utilité. Dans le cas où l'exploitation était peu boisée il y avait la possibilité de trouver auprès d'un propriétaire de grandes surfaces boisées de quoi satisfaire les besoins de la maison. Suivant accord, après avoir procédé au nettoyage des ronces, aubépines et autres plantes arbustives, l'abattage de certains arbres étaient admis pour faire du bois de chauffage mis en tas et partagé à moitié entre le propriétaire et le bûcheron. A noter que lors de l'abattage on conservait toujours un petit nombre de gros arbres bien droits, chênes ou autres espèces pouvant éventuellement être utilisés si besoin comme poutres ou chevrons pour réparer les toitures.

 

En définitive le chauffage de la maison était médiocre, la cuisine étant, en définitive, la seule pièce chauffée. A noter toutefois que bien des ménages disposaient de « fourneaux » souvent batis dans le prolongement de l'évier, c'était des précurseurs des barbecues actuels, permettant d'utiliser braises ou charbon de bois pour maintenir la chaleur aux casseroles (en terre cuites) et faire mijoter quelques plats. Les marmites (les oules) étaient dans les débuts dans la même matière, on avait aussi des chaudrons en fonte ou en cuivre pour leur usage particulier.

 

L'éclairage n'était pas formidable, pour la lumière venant du jour, les ouvertures n'étant pas alors de la taille des grandes baies actuelles, les intérieurs étaient relativement sombres. Le soir venu, on recourait à la lampe à pétrole, avec son verre cylindrique, placée à une suspension accrochée à un chevron situé auprès du centre de Ici table familiale. Pores étaient ceux qui utilisaient les lampes à carbure pourtant donnant une meilleure clarté, mais nécessitant parait-il plus d'entretien. Pour se rendre dans les chambres ou autre pièce il fallait recourir à la bougie fixée sur son bougeoir ou à la petite lampe à pétrole dite « lampe Pigeon » (nom de son inventeur). Si on devait se rendre à l'étable ou à la grange, on utilisait une lampe particulière dénommée « lampe tempête » bénéficiant d'un verre et d'une grille de protection. Dans ces conditions pour les besoins en éclairage chacun avait intérêt à avoir une réserve de pétrole lampant.

 

Dans la majorité des cas la simplicité de l'habitat était bien connue. Toutes les chambres n'étaient pas plafonnées et se présentaient comme la cuisine avec poutres et chevrons apparents. Si quelques murs étaient enduits de plâitre, beaucoup étaient blanchis à la chaux. D'ailleurs tout l'édifice était réalisé en briques liées par une sorte de mortier fait de terre et de chaux. Parfois même trouvait-on en alternance une rangée de briques lui succédant une rangée de gros pavés et ainsi de suite.

 

Le mobilier était simple et surtout pratique, nous avons eu l'occasion d'en faire mention, peut-être faut-il ajouter les chaises en bois avec siège en paille, mais certains ménages utilisaient un simple banc en bois de chaque c6ti de la table. Parfois dans la cuisine il avait aussi un égouttoir à Vaisselle monté sur quatre pieds. Dans la chambre, outre le lit il y avait généralement une commode et une armoire assez étroite de dimension (peut-être à cause de cela, chez nous était-elle appelée « limande »). Le lit de la chambre, parfois y en avait-il un aussi dans la cuisine, était toujours placé contre le mur, un lit en bois dont la partie pieds avait la même hauteur que celle de la tête.

 

Il comprenait un genre d'échelle de planches sur laquelle reposait une sorte de matelas, grande poche de forte toile remplie de barbes séchées d'épis de maïs. Plus tard furent utilisés sommiers et matelas garnis de laines.

 

Ceci étant, comment vivait-on et de quoi vivait-on ? A cette question, on ne peut qu'affirmer : de son travail, bien sûr. Il était alors une époque où on ne plaignait pas sa peine et où on se contentait de ce dont on disposait. Aussi faut-il citer l'importance de l'apport représenté par les produits du jardinage, on consommait beaucoup de légumes, des haricots blancs, mais la pomme de terre était la base de l'alimentation. Ne négligeons pas non plus ce que représentait l'élevage, si on n'allait guère chez le boucher, les diverses volailles, lapins ne coâtaient que l'effort de les élever. Ne parlons pas du porc, comme on dit en Aveyron « dans le cochon tout est bon ».

 

La participation aux foires faisait partie de la vie du monde rural. Les plus importantes, du Nord-Toulousain, étaient celles de Verfeil, Bessières, Fronton, Grenade, Cadours avec à cette époque : gros bétai 1-porcs-volail les.

 

On y allait pour vendre des produits de la ferme ou acheter pour les besoins de la maison. Les anciens en cette occasion revêtaient la « biaoudo », blouse noire surtout pour aller au foirail, parmi les bêtes. De toute façon, 142 foire était la seule sortie de l'époque, une occasion de rencontre et d'échange de nouvelles.

 

Dans la famille, l'ancien conservait la « direction » pratiquement jusqu'à la fin dirigeant le travail détenant les finances. Les successions, lorsqu'il y avait plusieurs enfants, n'étaient pas toujours très simples et on arrivait à tout partager y compris le mobilier sans parler des champs ce qui conduisit au morcellement des propriétés et à des brouilles.

 

Voilà donc brièvement relatées quelques touches de ce que représentait la vie domestique durant cette période.

 

 


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