ses curés, biographies   



Ses curés - biographies

 

VILLEMUR

ses curés

biographies

 

Jean Pierre Pascal ROBERT

On nous écrit de Villemur -

 

« La mort frappe à coups redoublés sur les vétérans du sacerdoce. Voici encore un digne prêtredu diocèse, qui vient de mourir. M. l'abbé Robert, curé-doyen de Villemur, s'est éteint samedi, 18 mars, dans le sein de sa famille, à Villefranche, où la maladie l'avait forcé de se retirer.

 

« M. Robert (Jean- Pierre-Pascal) était né à Villefranche- Lauragais en 1844. Après avoir fait de brillantes études au séminaire et s'être fait remarquer de ses maîtres par son intelligence autant que par ses vertus, il fut ordonné prêtre en 1841. Ses condisciples n'ont jamais oublié l'application qu'il mettait à l'étude.

 

« Après son ordination, il remplit successivement les fonctions du saint ministère dans les paroisses de Caraman, de Vieillevigne, de la Dalbade à Toulouse et de Montgeard.

 

« M. l'abbé Robert était vicaire de la Dalbade, lorsque M. l'abbé David, aujourd'hui évêque de Saint-Brieuc, prêchait le Carême dans cette église. L'orateur lyonnais était l'ami de Mgr Mioland, qui, récemment nommé coadjuteur de Toulouse, le pria de profiler de son séjour dans notre ville pour lui choisir un bon secrétaire particulier. L'attention de M. David se porta sur M. Robert, dont il avait apprécié les belles qualités, mais que des circonstances imprévues empêchèrent de profiter de cette haute confiance.

 

Nommé curé-doyen de Villemur en 1860, le zèle qu'il déploya à la construction de la belle église que son prédécesseur, M. l'abbé Fieuzet, de sainte mémoire, avait commencée, lui causa une cruelle maladie. Obligé, à regret de quitter sa chère paroisse, il se retira dans sa famille ; mais les soins les plus assidus et les plus intelligents ne purent le rendre à la santé. Pendant plus de quinze ans il a vécu dans des souffrances aussi tristes que douloureuses, parce qu'il en avait conscience. Jamais, cependant, la piété sacerdotale ne lui fit défaut : la patience et la résignation, étaient également à la hauteur de son mal. Un seul désir le préoccupait : c'était de recouvrer bientôt les forces nécessaires pour travailler de nouveau au salut du troupeau dont il n'avait pas cessé d'être le pasteur, Dieu n'a pas exaucé sa prière, mais il l'a reçu dans le ciel.

 

Ses obsèques ont été célébrées lundi dernier à Villefranche, sous la présidence de M. l'archiprêtre de cette ville. Conformément à ses désirs, sa dépouille mortelle a été transportée à Villemur, et là, entouré de ses bons prêtres du doyenné et au milieu de ses paroissiens profondément émus et attristés, il a été enseveli dans le tombeau qu'il avait fait élever à la mémoire de son prédécesseur ».

 

M. l'abbé Robert appartenait à l'Association de prières pour le soulagement des prêtres défunts.

Semaine Catholique de Toulouse – 1882, p.320

 

 

Bernard DAVID

L'abbé Bernard David, curé-doyen de Villemur, est mort le 16 mars. A quatre-vingt-trois ans, sous l'envolement rebelle des cheveux blancs, la vivacité du regard, les lignes fortement accentuées du visage exprimaient encore la caractéristique de son âme : l'énergie. En soixante années de ministère à Saint-Exupère, au Burgaud, à Beaumont, à Villemur, il avait pu constater la désagrégation progressive des croyances et des mœurs  chrétiennes. Il réagit sans relâche, avec une vigueur que certains jugeaient parfois excessive. Mais quand un homme fuite contre des courants qui menace-nt de tout détruire, faut-il s'étonner qu'il y déploie quelque raideur? Et quand l'abbé David défendit opiniâtrement, il y a une douzaine d'années, les écoles libres de Villemur, partisans et adversaires durent rendre justice a l'intrépidité pastorale de son attitude.

 

On finit toujours par reconnaître la droiture de ceux qui n'obéissent qu'à leur conscience. L'abbé David était de ceux-là, qui disait naguère : « Je n'ai jamais voulu faire de la peine à mes paroissiens, ou si je l'ai voulu. c'est que je v-oulais leur bien, malgré eux. » Parce qu il était vraiment prêtre, son intransigeance ne devint jamais de la misanthropie; inflexible sur les principes, il savait se montrer cordial avec les personnes. Au fond, - et ses confrères l'ont maintes fois expérimenté, - ce volontaire était très affable. Pour parler aux enfants du catéchisme, sa voix prenait des inflexions paternelles, révélant, sous ces apparences de roc, une bonté, qui coulait dans l'àme avec des fraîcheurs de source cachée. Sa patience inaltérable dans certaines épreuves, - des notes intimes l'ont dévoilé, - ne s'explique chez lui que par la vertu, une vertu d'autant plus incontestable, qu'il la laisse méconnaître plutôt que de la découvrir.

 

Il avait de l’esprit. et du meilleur, de la verve abondamment, et souvent, dans la 'salle du Cercle d'ouvriers qu'il avait fondé à Villemur les joueurs jetaient cartes sur table pour écouter leur curé contant des anecdotes exhilarantes avec un brio tout méridional. On écoutait aussi, le dimanche, ses prônes substantiels, d'une doctrine sûre, et que sa mâle parole animait d'une éloquence classique. Il se plaisait dans son église, sévère et robuste comme lui ; il aimait ardemment les chants liturgiques, et si long temps il a chanté au lutrin. que les voûtes semblent plus muettes depuis que leurs échos ne s'éveillent plus à sa voix sonore. .

 

ci Si l'on peut juger le cœur  d'un homme par les amitiés qu'il sus, te, l'abbé David fut un fidèle et noble cœur. Il aima d'une amitié que la mort seule a pu desceller sur la terre, l'abbé Dabrin et Mgr Goux, - et il en fut aimé. Mais la mort ne sépare les chrétiens que pour les réunir éternellement - l'abbé David a retrouvé au ciel ses amis, car, après eux, il est mort comme meurent les saints prêtres; on peut même dire, qu 1 énergique jusqu'à la fin, il est mort debout. Il a voulu que toute la paroisse fût avertie de l'heure où il recevrait les derniers sacrements; il a répondu pieusement aux prières; très calme, ;1 a détaillé ses recommandations suprêmes, et il s'est endormi en Dieu, le lundi soir, avec la sérénité du bon serviteur qui répond sans appréhension à l'appel du Maître, parce qu'il a consciencieusement accomplit tout le labeur de la journée.

 

            Sous la présidence de M. Delpech, archiprêtre de la Métropole, assisté des doyens de Montastruc, du Fousseret, de Caraman, de Fronton, de Villebrumier, et d'une vingtaine de prêtres, enfants du pays, anciens vicaires ou curés du canton, les paroissiens de Ville­mur ont fait comme il convenait, de funérailles solennelles et graves à ce curé de profil droit et ferme, qui leur donna pendant quarante ans un haut exemple de dignité morale et d'attachement indéfectible au devoir sacerdotal.            J. M.

 

Semaine Catholique de Toulouse - 1908, p. 310-311

 

 

Joseph Maurette

 

son installation

 

Le 10 mai [NDLR 1908], tandis que Toulouse célébrait magnifiquement Jeanne d'Arc, Villemur, avec une joie visible, recevait son nouveau pasteur, M l'abbé Joseph Maurette. Pareille cérémonie n'y avait pas été vue depuis quarante ans. Aussi les paroissiens remplissaient-ils la vaste nef dont le demi-jour mystérieux s'éclairait, de-ci de-là, du bleu et du blanc mouvants des oriflammes. Déjà, le matin, l’antique confrérie et société de secours mutuel, dont les membres, par spécial privilège, remplissent leur devoir pascal le jour du Patronage de Saint-Joseph. avait eu sa fête traditionnelle.    C’est pour lie rien

enlever à cette pieuse réunion de sa saveur originale que M.. l'abbé Maurette avait spontanément retardé jusqu au soir - le désir de Mgr l’Archevêque étant qu'on ne dépassât point cette date – sa prise de possession officielle.

 

En une harangue chaleureuse et distinguée, M.. A. Brusson, en son nom et au nom du Conseil paroissial, souhaite la bienvenue au nouvel envoyé de Dieu. Celui-ci, en termes d'un à-propos remarqué, le remercie.

Il se félicite de voir à l'a tête de ses collaborateurs laïques le représentant « d’une famille qui s’est élevée au premier rang par son labeur » et « de pouvoir compter sur un concours si précieux pour travailler au renouveau religieux » de sa grande paroisse. Les fêtes de Jeanne d'Arc retenant à la métropole M.. l'Archiprêtre, c'est un enfant du pays M l'abbé Ricard, directeur au Grand Séminaire que Mgr l’ Archevêque  avait spécialement délégué comme installateur. 

 

Il accueille l’élu, l'introduit. revêtu des insignes de sa dignité, dans l’Eglise où se déroulent les ordinaires cérémonies  d'un si touchant et si expressif symbolisme ; puis, dans un vibrant discours, vrai modèle du genre, il « présente Villemur au doyen et le doyen à Villernur ». Il faudrait citer  en entier cette double page d’histoire.

 

S’inspirant des armes de la ville, l’orateur montre que Villemur fut une « citadelle de la foi » : foi vigilante, foi persévérante, foi courageuse, foi que le «  soleil de la grâce et la sueur de ses curés, les Fieuzet, les Robert, les David rendirent féconde. Villemur sut les comprendre … Si leurs portraits vont être expulsés du presbytère , ce n’est pas le cœur du « vrai Villemur, fait de noblesse, d’enthousiasme et de sens religieux », qui les chasse…Le vrai Villemur saura se ressaisir et réparer.

 

 

 Puis l’orateur caractérise, d’un trait sobre et rapide, les diverses étapes de la vie et du ministère de M. l’abbé Maurette : la « Succursale », où se rvèle sa vive et originale intelligence ; le grand Séminaire, où son passage laisse le souvenir d’un esprit ouvert et d’un caractère conciliant ; Revel où les œuvres paroissiales se ressentent encore de l’impulsion décisive que sut, au milieu des circonstances difficiles, leur imprimer le jeune vicaire ; Saint-Sernin, où pendant 9 ans il se perfectionne à l’école de Mgr Albouy, qui écrivait de lui, à son départ de la Basilique, cet éloge flatteur : » je n’ai pas eu de meilleur collaboratuer, notamment pour les œuvres d’hommes » ; Noë, où surmontant bien des obstacles, il fonde aidé par une noble et et chrétienne famille, une école libre, œuvre solide qui ne croula, avec tant d’autres, que sous les coups de la Loi Combes, œuvre prudente au témoignage même de ses supérieurs. Son passage y fut rapide mais suffisant pour lui attirer une sympathie presque générale et durable, fortifiée d’un patronnage, l’école chrétienne de filles.

 

C’est à Lardennes que M. l’abbé Maurette entreprit la rédaction du Messager de la Vérité, destine, dans sa pensée, à devenir le fonds commun des bulletins paroissiaux du Sud-Ouest. Cette œuvre longtemps anonyme, reçut les éloges et les encouragements les plus flatteurs, notamment de membres éminents de l’épiscopat et connue et utilisée aujourd’hui dans presque toute la France.

 

Le nouveau doyen succède, en chaire à l’installateur. Son langage simple, sans apprêt, va du cœur au cœur. Il y a entre Villemur et lui des relations mystérieuses que sa piété se plaît à souligner : un enfant de Villemur, mort curé-doyen de Grenade, M. Durand,, le baptise à Beaumont ; jeune enfant de chœur, il sert à l’autel tous les jours celui dont il sera à Villemur le successeur ; un ancien vicaire de Villemur, M. l’abbé Justrobe, le prépare à la première communion et discerne sa vocation. M. l’abbé Maurette rend un hommage ému et sincère à l’œuvre  de ses prédécesseurs ; à sa paroisse, « pépinière de prêtres et de religieuses ». Son programme sera l’Evangile, son modèle Notre Seigneur Jésus-Christ et les saints, son guide la sainte Eglise. Il est tout à tous ; il compte sur la docilité de tous ; il a l’espoir que Villemur aura à cœur de reconquérir sa vieille réputation de cité chrétienne entre toutes.

Le bonheur et la sympathie se peignent sur tous les visages quand, sous la bénédiction divine, cette belle et consolante journée s’achève.

Elle eut, le soir, un charmant couronnement dans la salle du cercle catholique. Là hommes et jeunes gens firent un cordial et chaleureux accueil à leur curé, dont la bonté, la simplicité et l’entrain achevèrent de les conquérir. Ad multos Annos. – L.A

 

Semaine Catholique de Toulouse 1908, page 511

 

 

              

                 M. le curé Maurette sur son lit de mort

 

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