récit dit du témoin oculaire BN   



récit dit du témmoin oculaire

 

la bataille de Villemur

 

Bibliothèque nationale Volume 20784 témoin oculaire

Bataille de Villemur

Récit  présente par Joseph  Roman (résumé CT)

Tome 12 – Histoire générale du Languedoc p 827

« Il existe un récit très long et très circonstancié de ces évènements – manuscrit de la BN mss p. 20784 p 347 sq

Le conseiller de Fenoilhet écrit dans ses mémoires que ce désastre ne le surprit pas car il avait vu le peu de soin qu’on prenait de se garder dans l’armée de Joyeuse - BN mss lat. 13116 (tome 12 448A) »- Joseph Ronan

 

Note de Joseph Roman :

Il existe de la bataille de Villemur 2 récits

L’un imprimé, l’autre inédit :

-         le 1er signé Lagrange est inséré dans les Mémoire de la Ligue (tome 5 p 157-168). Il est assez court, peu explicité, très partial et peut-être rédigé par une personne qui n’avait pas assisté à l’événement.

-         Le 2° est contenu dans le volume 20784 des manuscrits français de la Bibliothèque Nationale (p. 347). Il est très circonstancié et rédigé évidemment par un témoin oculaire.

note additionnelle ajoutée par les nouveaux éditeurs à la note X -  Histoire Générale du Languedoc Tome 12 page 60 à 63. Joseph Roman donne le résumé de ce deuxième récit. Nous présentons tout d'abord  une synthèse du déroulemennt

 

synthèse du récit donné par Roman

 

-         le premier siège de Villemur sans succès, de Joyeuse part en Albigeois, prend Lagupéie brûle Verfeil, veut une nouvelle tentative contre Villemur.
Joyeuse revient à Toulouse en laissant son artillerie et lanquenets à Rabastens.

 

-         Reyniès (de) demande des secours à Montmorency  et l’autorise de  disposer des deniers royaux des diocèses du Bas-Montauban [mais sans suite]

o       Il emprunte à Thémines 2 compagnies : Chambert et le Chayse

o       Il écrit à Deyme (de) de se jeter dans Villemur

o       Va à Montauban, laissant le commandement à son fils le baron de Mausac

-         Deyme arrive avec 50 arquebusiers (capitaine Arnault), 10 pièces de canon.

-         La garnison comporte 200 soldats, 250 habitants capables de porter les armes.

 

-         Joyeuse arrive avec 2 canons, prend quelques places autour de Villemur ; quelques résistances devant Monclar.

 

-         Joyeuse fait son camp entre Montauban et Villemur, il fait un pont au dessous de Villemur avec les bateaux qui lui avaient amené des vivres.

 

-         Les assaillants ont leur  batterie constituée de 10 pièces à la porte Saint Jean, plus 7 du côté de la rivière. Les 18 et 19 septembre, le tir est de 200 coups

 

-         Les assiégés ont une batterie sur le toit de la maison de la Ville

 

-         Joyeuse change la batterie de place

 

-         Le 18 Thémines arrive à Montauban avec Arpajon, Sénéchal du Rouergue : «  il voulut faire un coup de soldat (au lieu que d’autres vont au service du roi que d’une fesse  il y va de cul et de teste ). Il va sur Villemur avec 100 cavaliers , avec Antraigues, La Magdelaine, Delmur de Bariniac, de la Bouillerie, de Magat, de Bellegarde, de Bonnecoste, de Cros, Montsaber et 200 arquebusiers avec Burc, Megre, Peyrusse, Cabassut

 

-      à une lieue de Villemur ils renvoient leurs chevaux et vont à pied – et entrent ainsi dans Villemur sans être inquiétés alors que Deyme est blessé et Mauzac malade.

 

-         Le 20 canonnade, 600 ou 700 coups ; assaut ou reconnaissance infructueuse.

 

-         Le 21 : la batterie fait une brèche de 250 pas, mais non praticable ; la nuit les murailles sont réparées

 

-         Le 24 à 24 h sortie de Villemur :

 

o       perte de 20 hommes, 1 drapeau et 2 tambours chez Joyeuse.

o       Et perte de quelques soldats chez les villemuriens, tués par une décharge de leurs propre camarades.

o        le secours est envoyé cherché. Il a 400 maîtres, 2000 arquebusiers (Leques et Chmabaud, Clermont-Montoison)

 

-         Le  27 au matin , l’armée est à St-Nauphary (le 25 à Négrepelisse)

-         Le 29 ; faux avis, ils repartent sur Montauban

 

-         Joyeuse s’inquiète des renforts : il reçoit 12 compagnies d’arquebusiers, 700 lansquenets

M. de Montbéraud l’invite à lever le camp trouvant la situation dangereuse

Tentative d’incendie du moulin de Villemur avec une coulevrine

 

-         Le 3 octobre : les capitaines Bournazel et Rampoux de Villemur vont à Montauban, délégués par Thémines.

-         Ambres (d’) est blessé

-         Joyeuse divise son armée en 2 – dont Clermont d’Apcher, d’Auterive et d’Aunoux contre l’armée de secours

o       Le 5 octobre l’infanterie de l’armée de secours arrive à Bellegarde

o       Le 6 octobre la cavalerie et l’artillerie arrivent à leur tout de Bellegarde

 

-         Le 6 octobre Joyeuse attaque sur Belmontel

-         Les ligueurs sont obligés de battre en retraite (en tête Cornusson)

-         Joyeuse retourne à Villemur, fait faire des feux de joie, voulant tromper les villemuriens

 

-         or ceux-ci avaient  fait un prisonnier qui dit la vérité –

 

o       la perte royale est de 3 cavaliers , d’1 valet

o       la perte de la ligue est de 10-12  tués, dont le guidon de Joyeuse.

 

-         L’armée de secours revient sur Montauban et trouve vivres

 

-         Le 9 octobre : Chambaud vers Villemur tue 30 à 35 lanquenets ;

-         Arpajon se retire, Matignon refuse de donner des renforts

 

-         Le 18 octobre : Messillac arrive à 200 gentilhommes, malgré l’attente de Joyeuse

 

-         Le 19 octobre : Joyeuse fait aller chercher des canons à Carcassonne et des munitions en vue su siège d’hiver.

 

-          L’armée de secours se prépare à arriver, avance à ½ heure de la forêt de Villemur.

-         Les vedettes de Joyeuse dans la forêt furent prises par Cruzel

-         qui prend ensuite la première barricade après une petite escarmouche

-         2 assauts à la deuxième barricade ne suffisent pas pour la prendre – alors toute l’armée royale s’y met ;

-         alors les ligueurs abandonnent la 2° barricade ; avec fougue ils franchissent le pont de bateaux

-         Chambaud et Clermont-Montoison sont maîtres des portes du camp – charge , la cavalerie et l’infanterie des ligueurs n’y tiennent pas. Le capitaine Labia d’Avigon est tué.

-         Joyeuse trouve son camp en départ, se précipite au pont en fait couper les amarres, demande aux cavaliers de se rallier autour du canon pour protéger sa etraite : « songez à vous sauver, lui fut-il répondu, et non les canons ; on peut trouver d’autres canons, mais non une autre vie, si on la perd »

-         Mais échec.

-         Les pages avaient pris les chevaux de bataille pour s’enfuir. Il prit un bidet sans bride et non sanglé que lui présenta son homme de chambre. Il conjurait chacun de mourir avec lui au canon. Mais tous s’enfuyaient. Il embrasse un canon en disant : « je vous perds, je perds aujourd’hui tout l’honneur que j’avais acquis. Ah misérable fortune que je cours aujourd’hui, mes amis m’ont abandonné ».

-         Les ponts s’effondrent. Il rentre dans l’eau avec Moussoulens.  en selle mal attaché, tourna ; d’autres ont dit que le bidet tomba.

-         Moussoulens lui tend la main, mais il ne put la prendre, et fut jeté contre une des cordes qui attachait le pont, il s’y accrocha, mais il finit par la lâcher.

-         Il fut porté par le courant vers le bord opposé à Villemur (on dit qu’il avait voulu mourir, refusant les piques que lui tendaient les soldats).

-         La sortie des assiégés et l’entrée de Chambaud et Clermont-Montoison hâtent la fuite des ligueurs

 

-         1200 soldats, 200 ou 300 hommes, valet ou vivardiers périssent

(il y avait 2 gués plus haut et plus bas où ils eussent pu passer, mais les ligueurs furent aveuglés)

il y eut 1600 morts dont 500 tués.

La cavalerie souffrit peu, mais perdit beaucoup d’officiers

-         moururent : Estrondeillan, le conseiller d’ouvrier, Pradel, sergent de bataille, le colonel Labia

-         furent prisonniers : le vicomte d’Apcher, Saint-Gery, parcéhal de camp, de Bidon, idem, de Roussillias, de Doumas, de la Mothe, de Moumeton, le capitaine Clavenart

-         peu de prisonniers – 26 drapeaux, 5 canons toutes les munitions et tout le bagage.

 

-          Le corps de Joyeuse fut trouvé 4 jours après la bataille, sans aucune blessure (vêtu d’un pourpoint de satin blanc avec des bizettes d’or et de chausses de canelle avec du  clinquant)

-         Il fut enseveli à Villemur, y resta 6 semaines et fut rendu ensuite sur l'ordre de Montmorency.

 

 

 

Cette défaite fut d’ importance.

 

****************

 

Récit Roman

 

 

Résumé du témoin oculaire – Histoire Générale du Languedoc- tome 12 p.60 – Joseph Roman.

 

Après le siège de Villemur qui n’avait pas été couronné de succès, Joyeuse encouragé par les Toulousains, parcourut l’Albigeois, remâchant des menaces contre la ville devant laquelle il avait échoué. Il prit La Guépie, brûla Verfeil et résolut enfin de faire une tentative nouvelle contre Villemur.

 

Dans ce but, il retourna à Toulouse, y ramassa des vivres, des munitions et fit de grands préparatifs, après avoir laissé ses lansquenets et son artillerie à Rabastens ;

Reyniès gouverneur de Villemur, averti de ces préparatifs, dépêcha promptement au duc de Montmorency et, en son nom et en celui des habitants, lui demanda un secours immédiat. Le duc le lui promit, et en attendant l’autorisa à disposer des deniers royaux du bas-diocèse des Montauban. Malheureusement les caisses étaient vides, et  Reyniès fut obligé d’user de son crédit pour avoir l’argent dont il avait besoin ; il emprunta à Thémines 2 compagnies commandées par les capitaines Chambert et la Chaize, et écrit à D’Eyme, excellent officier, de se jeter dans Villemur. Lui-même crut plus utile d’en sortir et il se retira à Montauban en laissant le commandement à son fils le baron de Mausac. D’Eyme arriva bientôt à Villemur avec 50 arquebusiers, capitaine Arnault et la promesse de Montmorency et de Chambaud de le secourir bientôt. Il parvint à faire entrer dans la place 10 pièces de canon venant de Montauban. La garnison de Villemur se composait alors de 200 soldats et de 250 habitants capables de porter les armes.

 

Au commencement de septembre, Joyeuse se mit aux champs avec 2 canons et prit sans grandes difficultés quelques forts autour de Villemur ; il n’éprouva de résistance que devant Monclar ; il y perdit bien du monde et la garnison, réduite de 40 hommes à 18, fut pendue. Les défenseurs de Villemur, de leur côté, firent une sortie et prirent à Joyeuse 12 prisonniers et du bétail.

 

Joyeuse choisit l’emplacement de son camp entre Montauban et Villemur ; de grands bateaux lui amenèrent des munitions de Toulouse. Il garda ces bateaux et les utilisa pour établir un pont au-dessous de Villemur ; afin d’investir la ville de toutes parts. Dés lors les assiégés, quoi qu’ils ne fussent pas encore entièrement bloqués, ne s’écartèrent plus de leurs murailles.

 

Les assaillants dressèrent près de la porte de St Jean une batterie de 10 pièces. Ils en placèrent 7 autres du côté de la rivière pour battre la brèche.

 

La batterie commença le 18 septembre.

 

Le 19 (septembre) elle tira 200 coups. A leur tour les assiégés dressèrent une batterie sur le toit de la maison de la Ville.

Bientôt Joyeuse ayant appris l’arrivée à Montauban du secours annoncé aux assiégés, changea de place sa batterie qui ne lui parut plus en sûreté ; ce changement eut lieu avec beaucoup de perte.

 

En effet le 18 (septembre) Thémines arriva à Montauban avec Arpajon, sénéchal de Rouergue. Entendant le bruit de la batterie de Villemur et pensant que la réunion de secours promis serait longue à préparer, il voulut faire un coup de soldat ; car au lieu que d’autres ne vont au service du roi que d’une fesse, il y va de cul et de tête. Il prit donc 100 cavaliers parmi lesquels Entraigues, lieutenant d’Arpajon, La Madeleine, gouverneur de Négrepelisse, Montolac, gouverneur de Saint-Ciré, Delmur de Bariniac, de la Bouillerie, de Magat, de Borjade, de Bonnecorte, de Cros, Montsaber et 200 arquebusiers auxquels commandaient Burc de Montauban, Megre, Peyrusse, Cabassut.

 

A une lieue de Villemur, ils renvoyèrent leur chevaux à Montauban et armés de « leurs longs bois » ils s’avancèrent à pied et purent entrer assiégés sans être inquiétés. Ce secours vint à propos car d’Eyme était blessé et Mausac malade.

 

Le 20 la canonnade redoubla ; on tira – 600 ou 700 coups de canon, puis les assaillants tentèrent un assaut  ou une reconnaissance, mais sans succès.

 

Le 21 la batterie continua aussi furieuse et fit une brèche de 250 pas, mais non praticable. Pendant la nuit, les assiégés réparent leurs murailles font des casemates  et terrassent les remparts.

 

Les jours suivants Joyeuse cherche à compléter l’investissement.

 

Le 24 à minuit, les assiégés font une sortie, chassent le régiment de Cosse qui perd 80 hommes, un drapeau et 2 tambours. Quelques soldats de la ville qont tués alors, par une décharge de leurs propres camarades.
Cependant Reyniès pressait l’arrivée du secours annoncée. Il envoie dans ce but le sieur de Giraud qui rencontre l’avant-garde de l’armée royale près de Lombez. Elle rebroussait chemin , et le bruit courant que Villemur s’était rendu et se composait de 400 maîtres et de 2000 arquebusiers commandés par Lecques, Chambaud, et Clermon-Montoison. Les compagnies d’ordonnance Montmorency père et fils en faisaient partie.

 

Le 25 l’armée de secours arrive à Négrepelisse

 

Le 27 elle assiège Saint-Nauphary dont la garnison se rendit, mais fut en partie tuée

 

Le 29 sur un faux avis, au lieu de marcher à l’ennemi, qu’on disait très augmenté, elle rebroussa chemin sur Montauban.

 

Cependant Joyeuse à l’annonce de l’approche des secours aux assiégés et fit retirer tous ses canons sauf 5 et envoya partout chercher des renforts ; et il reçut 12 compagnies d’arquebusiers et 700 lansquenets.

M. de Montbérault, capitaine expérimenté, trouvant la position dangereuse, l’engagea à ne pas s’obstiner et à lever encore une fois les siège, mais il n’y voulut pas consentir et se contenta de faire fortifier son camp. Ayant appris la retraite du secours sur Montauban, il fit remettre ses canons en position, puis tenta avec des artifices cachés dans un bateau, d’incendier le moulin de Villemur. Cette tentative n’ayant pas réussi, il le battit, mais également sans succès avec une coulevrine.

 

Thémines qui commandait à Villemur demandait cependant instamment du secours. Les capitaines Rampoux et Bournazels arrivent à Montauban le 3 octobre et voyant l’armée royale indécise, si elle marcherait en avant, ils se décident à entrer avec leurs compagnies dans Villemur, ce qu’ils exécutent avec de grandes difficultés. Les assiégés harcèlent continuellement les ligueurs. Le baron d’Ambres est blessé dans une sortie.

 

Joyeuse ne voulut pas abandonner le siège se décide à diviser son armée en 2 troupes et met les sieurs de Clermont d’Apchier, d’Auterive, d’Aunoux, etc… à la tête des forces destinées à être opposées à l’armée de secours, si elle se présente

 

Le 5 octobre, l’infanterie de l’armée  de secours fit un pas en avant et vint coucher à Bellegarde.

 

Le 6, la cavalerie et l’artillerie vinrent l’y rejoindre et cette jonction fut annoncée par une volée de canon. Joyeuse monta aussitôt à cheval et fit dessiner une attaque sur Belmontel.

Lecques et Chambaud firent soutenir les troupes qui s’y trouvaient par de l’infanterie et du canon, de sorte que les ligueurs à la tête desquels était Cornusson n’ayant pu faire de progrès,

retournèrent vers Joyeuse et les gens de son armée. Il se produisit à cet endroit une furieuse escarmouche entre les enfants perdus des 2 parties, les royaux tirèrent le canon contre les ligueurs, mais la distance était trop grande et les coups ne portèrent pas.

 

Joyeuse renonçant à cette attaque, prit un champ de bataille et retourna le soir même à con camp de Villemur ; il fit faire des feux de joie pour tromper les assiégés et leur faire croire que le secours avait été défait. Heureusement ceux-ci firent prisonnier un soldat qui leur apprit la vérité. Cette journée coûta à l’armée royale 3 cavaliers et 1 valet ; à l’armée des ligueurs 10 ou 12 morts parmi lesquels le guidon de Joyeuse.

Cependant l’armée de secours rétrograda sur Montauban, prit la Motte-Dardier et Sarrebosc, où on trouva des vivres.

 

Le 9 octobre Chambaud avec 120 cavaliers fit une course du côté de Villemur et tua 30 ou 35 lansquenets.

 

3 semaines se passèrent ainsi à ne rien faire de décisif. L’armée royale commençait à se dissiper. Arpajon se retira. On demanda des renforts à Matignon qui refuse d’en donner, mais quelques gentils-hommes  arrivent isolément, amenant des soldats.

 

Le 18 (octobre)  Missiliac vient d’Auvergne à Montauban, avec 100 gentils-hommes, malgré la cavalerie de Joyeuse qui, averti de son arrivée, faisait battre tout le pays pour le surprendre.

 

Le 19 octobre, Joyeuse détache la plus grande partie de sa cavalerie pour aller fourrager et chercher à Carcassonne des canons et des munitions, dans l’intention de pousser vigoureusement le siège, l’hiver approchant.

 

Elle était partie depuis peu de temps, lorsqu’il eut avis que l’armée de secours s’ébranlait en masse ; il se fortifia et fit ranger ses troupes en bataille. Cependant Clermont-Montoison, Chambaud et Reyniès s’étaient avancés jusqu’au village de Born, à ½ lieue de la forêt de Villemur ; le sieur de Cruzèles craignant qu’elle ne fut occupée par les ligueurs s’avança avec précaution à la tête de quelques arquebusiers, qui n’essayèrent pas de lui disputer le terrain, et coururent avertir Joyeuse de ce qui se passait. Cette nouvelle ne l’alarma pas, et il tint conseil avec ses capitaines sur le parti à prendre. Pendant ce temps l’armée royale avait occupé la forêt et s’y était solidement établie.

 

Missillac envoie des enfants perdus reconnaître l’ennemi qui ne bouge pas dans son camp.

Cluzèles, avec sa compagnie, attaque la 1ère barricade et s’en empare sans difficulté après une petite escarmouche. Il tente alors d’emporter de même une 2° barricade ; mais les 2 assauts successifs sont repoussés avec force morts et blessés des 2 côtés. Un blessé rentrant au camp vit Joyeuse sur une éminence, l’assura que la situation était plus grave qu’il ne le pensait et l’engagea à envoyer des renforts.

 

Joyeuse examina le champ de bataille. A ce moment, les chefs de l’armée royale voyant Cluzèles 2 fois repoussé à la 2° barricade, et que le combat tirait en longueur., résolurent de faire un effort ; ils ordonnèrent aux tambourins et trompettes de sonner la charge, et toute l’armée royale, tête baissée, donna aux tranchées avec de grands cris, tandis que la cavalerie faisait un détour pour prendre le camp en flanc. Les ligueurs qui défendaient la 2° barricade, en entendant ces cris, lâchèrent pied sans combattre, et la plupart des soldats qui remplissaient le camp, et dont les capitaines étaient avec Joyeuse à délibérer, pris d’une terreur panique s’enfuirent vers le pont de bateaux.

 

Chambaud et Clermont-Montoison, maîtres des portes du camp, s’y jettent, chassant devant eux la cavalerie et l’infanterie  ennemie qui ne tint pas ; le capitaine Labia d’Avignon fut tué là.

 

Cependant Joyeuse voyant cette alarme se précipite en tête des fuyards, il trouve ses tentes déjà pliées et ses pages disparus avec ses grands chevaux, il courut au pont de bateaux et voulut même, dit-on, le faire rompre ; on commença à couper les câbles d’après son ordre, ce qui fut cause des grands malheurs qui arrivèrent. Il se multiplia, suppliant les cavaliers de se rallier autour du canon pour protéger sa retraite : «  songez à vous sauver, lui fut-il répondu, et non les canons ; on peut trouver d’autres canons, mais non autre vie si on la perd ».

 

Cependant quelques cavaliers firent ferme à sa prière, mais les assiégés ayant profité de ce moment pour faire une sortie, il ne fut plus possible de retenir qui que ce fut.

 

Joyeuse ne trouvant aucun de ses chevaux de bataille, car ses pages avaient traversé le pont avec eux, enfourcha in bidet sans bride et mal sanglé que lui présenta son homme de chambre. Il conjurait chacun de mourir avec lui au canon, mais tout le monde faisait la sourde oreille et les ennemis approchant, il dut déloger. Il embrassa un canon, dit-on, en disant : «  Adieu, mes canons je vous perds. Je perds aujourd’hui tout l’honneur que j’avais acquis. Il ajoute encore : Ah misérable fortune que je cours aujourd’hui, mes amis m’ont abandonné ».

 

Comme il allait passer le pont, les bateaux dont il était formé se séparèrent et il s’effondra, entraînant dans les flots tous ceux qu’il portait ; Joyeuse dut remonter le courant un peu au-dessus et entra dans l’eau accompagné de Moussoulens. Arrivé au milieu du fleuve, la selle mal attachée tourna, d’autres ont dit que le bidet avait bronché Joyeuse tomba ; Moussoulens lui tendit la main, mais il ne put la prendre et fut jeté contre une des cordes qui attachaient le pont ; il s’y accrocha, mais finit par la lâcher. Il fut porté par le courant vers le bord opposé à Villemur et quelques soldats entrèrent dans l’eau pour lui tendre leurs piques, mais il ne les prit pas et alla au fond – on a dit qu’il avait voulu mourir.

 

La sortie des assiégés, combinée avec l’entrée de Chambaud et de Clermont-Montoison dans le camp, eut pour résultat de précipiter la fuite des ligueurs. Le pont surchargé outre mesure se rompit et en entraîna une foule, d’autres se jetèrent éperdument dans l’eau et s’accrochèrent l’un à l’autre et se noyèrent.

 

1200 soldats 200 ou 300 femmes, valets ou vivandiers périrent ainsi.

La rivière sur une portée d’arquebuse était couverte de têtes et de bras s’agitant. Les autres qui avaient hésité à se jeter à l’eau furent tués comme des moutons.

 

Or il y avait 2 gués dans la rivière, non loin de là, auxquels on eut pu passer en sûreté, mais les ligueurs furent frappés d’aveuglement.

 

Thémines et la cavalerie royale passèrent l’eau sans difficulté au moyen de ces gués et dissipèrent les bataillons ligueurs qui voulaient se rallier ; la cavalerie ne les attendit pas.

 

Il y eut en tout 1600 morts dont 500 tués ; la cavalerie souffrit peu, mais perdit beaucoup d’officiers.

Moururent :

-  Espondeillan

-  Le conseiller Ouvrier

-  Pradel, sergent de bataille

-  Labia, colonel

Furent faits prisonniers :

-  le vicomte d’Apchier

-  Saint-Gery, maréchal de camp

-  de Bidon, maréchal de camp

-  de Roussilias

-  de Lagarde

-  de Poumas

-  de la Mothe

-  de Moumeton

-  le capitaine Clavenart

En somme on fit peu de prisonniers, mais on prit 26 drapeaux, 5 canons et toutes les munitions et tout le bagage.

 

Le corps de Joyeuse fut trouvé 4 jours après la bataille, sans aucune blessure, vêtu d’un pourpoint  de satin blanc avec des bisettes [NDLR dentelle] d’or et de chausses de cannelle avec du clinquant.

 

Il fut enseveli à Villemur, parce que ceux qui vinrent le réclamer de la part des ligueurs ne voulurent accorder la courtoisie qu’on leur demandé.

Il y resta 6 semaines et fut enfin rendu sur l’ordre de Montmorency

 

Ces évènements avaient été annoncés par une grande rougeur au ciel quelques jours auparavant. Leur importance fut si grande que toutes les villes des environs de Toulouse eurent peur d’être attaquées, mais faute d’artillerie et la saison étant mauvaise, on attendit pour le faire une meilleure occasion.

 

p.60-63

 

 


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