récit de Gaches   



récit de Gaches

La bataille de Villemur

 

 Un témoin san doute proche des évènements ; en tout cas un homme informé, présentant le plus objectivement les faits tels qu'ils lui sont connus : Jacques Gaches, protestant de Castres

 

…les ligueurs qui furent matés par la mort du duc de Joyeuse qui arriva au temps prédit par l’avocat du Roi, lorsqu’il le fit pendre à Carcassonne…[428]

 

[pages 429 à  438 édition Charles Pradel]

 

Le duc de Joyeuse après la défaite de Lautrec, au lieu de poursuivre sa victoire dans le pays fort ébranlé, s’en va  avec son armée composée de 4000 fantassins et 600 maîtres bien aguerris, aux environs de Montauban où il ravagea tout le pays, se rendit maître de Montbartier, Monbéqui et Montbeton, et assiégea La Barthe, où ayant perdu 80 soldats en un assaut, il donna capitulation ; et après contre la foi promise, en fit mourir la plus grande partie. Perfidie qui sera bientôt vengée sur sa personne et ses troupes. Il prit encore Saint Maurice et Meauzac. Tous ses heureux succès le portèrent à entreprendre le siège Villemur où il campa à la fin de juin[1]. Il y avait dedans 250 soldats commandés par Reyniès, seigneur et gouverneur de cette place, que le sieur de Thémines, sénéchal du Quercy, renforça de 46 cuirasses commandés par le baron de Meauzac et Pedouë. Il ne resterait pas d’espérance de oiuvoir conserver cette place attaquée d’une armée vigoureuse, n’ayant pas moyen de la secourir au besoin.  Mais dans cette conjoncture, il arriva que le duc d’Espernon survint avec divers régiments qu’il emmenait en Provence pour prendre possession du gouvernement vaquant par le décès de son frère La valette[2]. Thémines le prit de lui donner de ses troupes pour faire quelque diversion. Le duc lui envoya le régiment de Bourdeille qu’il joignit avec les forces de Montauban, et avec 2 coulevrines, alla attaquer La Court, où les ligueurs tenaient garnison. Le Duc de Joyeuse averti de cela , prend toute la cavalerie et s’y en va en diligence ; étant arrivé près du siège, il donne une troupe pour coureurs à Louis-Roger de Cumenge, vicomte de Bruniquel, son lieutenant avec ordre de donner et qu’il le suivait de près, ce qui fut exécuté incontinent ; et ayant trouvé les gens de Thémines en négligence, faisant mauvaise garde, ils les enfoncent et mettent tout en déroute, en tuent 400 ou 500, se rendent maîtres de leurs retranchements, bagage et coulevrines, et eussent taillé en pièces le reste sans le grand devoir de Thémines qui, ne perdant pas courage ni le sens de ce malheur, rallie et ramasse ce qu’il peut, et se met en retraite vers Montauban en combattant et tournant visage de temps en temps à l’ennemi qui le poursuit presque jusqu’aux portes. En cette attaque fut tué le vicomte et plusieurs autres des ligueurs. Après cet heureux succès, le duc de Joyeuse s’en retourna triomphant à Villemur, laissant Montauban et les autres villes royales  dans une grande consternation. Le sénéchal ne voyant d’autre moyen pour servir Villemur que les forces du duc d’Espernon, s’y emploie avec tant d’empressement envers lui que, quelque désir qu’il eut d’avancer son voyage, il lui accorda ses troupes et sa personne.

 

Le duc d’Espernon étant arrivé, ayant joint ses forces à celle du Vicomte de Gourdon et de Montauban conduite par Thémines, reprit Meauzac et la plupart des lieux occupés par les ligueurs, et, se résolvant d’aller lever le siège de Villemur, il écrivit secrètement un billet au duc de Joyeuse, lui donnat avis que son honneur et don devoir l’obligeant d’aller délivrer Villemur, il l’en avait voulu avertir pour lui donner le temps de ses retirer ou de s’excuser envers lui. L’autre se moque de cela et presse le siège plus que jamais. Le Duc d’Espernon et les troupes du Quercy vont donner sur son camp, et l’obligeant de se retirer à la hâte avec perte, ayant même laissé une fort belle coulevrine que le duc d’Espernon prit et emmena en Bas-Languedoc où il la donna au duc de Montmorency qu’il vit en passant, lequel la fit conduire au fort de Brescou.

 

Nous avons dit ci-dessus, que le duc de Montmorency avait nommé le sieur de Chambaud pour gouverneur de Castres et Haut-Languedoc. Il s’en vint en diligence, avec sa compagnie de gendarmes et une de fantassins, et arriva le 14 juillet, au contentement de tout le monde. Ayant assemblé toutes les villes au 24° [de juillet] il fit voir sa commission et fut reconnu de tous. Il fit établir un bon conseil pour pourvoir aux occurrences, envoya des troupes à Lombers, Briatexte et Mas-Saintes-Puelles comme p^laces plus exposées aux ligueurs, assurant tout le monde de n’appréhender point de voir bientôt échouer l’insolence des ligueurs qui  qui parlaient de lui avec paroles de mépris et de railleries, particulièrement à Lautrec d’où Lacam et La Ginié écrivirent à leurs amis des billets pleins de gausseries, méprisant fort ce gouverneur et ses gendarmes qu’ils disaient être sergents et caporaux réformés. La Ginié ne le porta pas loin, car quelques jours après, ayant couru sur le chemin de Fiac, il rencontra la sieur de la Verne [Jean de Bonvilar] gouverneur de Briatexe, qui l’ayant chargé, le fit prisonnier ayant une blessure aux reins dont il mourut, et Lacam périt à Villemur. Après la retraite de Villemur, les ligueurs pour  se venger, allèrent attaquer La Guépie qui seule tenait pour le roi en ce  pays là. La ville, sans fortification fut bientôt prise : d’abord le duc fit faire une furieuse batterie au château, qui fit une grande brèche. Le baron de La Guépie voyant qu’il n’ y avait rien  à craindre pourvu que les ennemis ne s’approchassent pas de la brèche, y laissa un soldat pour voir s’ils ne bougeaient point et s’en alla dîner avec les autres pour les avoir tous prêts à la faction. Ce malheureux soldat, voyant apparemment que les ennemis ne voulaient pas pousser la brèche, se laissa saisir par le sommeil ; de quoi les ennemis s’étant pris garde, montent, tuent le soldat, et se rendent maître de la brèche. La baron accourt au bruit avec ses soldats qui firent merveille à se défendre ; mais enfin accablés de lassitude et de nombre, ils furent taillés en pièces, et le baron prisonnier, tué de sang froid par le commandant du duc aigri de la perte qu’il avait faite en ce siège, notamment d’un des principaux chefs des Tudesques.

C’était en cette conjoncture que le duc de Joyeuse, couvert de lauriers pour tant de victoires gagnées sur les royaux devait pendre épée au croc et faire la paix avec son roi, comme il était pressé et conseillé de ses amis, mais l’affront reçu à Villemur l’emporta « il faut dit-il, périr ou le réparer par la prise ». Dieu le voulant faire servir d’exemple de sa justice, pour le punir de tant de ravages qu’il avait faits, des cruautés, barbaries et perfidies par lui exercées contre ses concitoyens, serviteurs du roi, et particulièrement sur ceux de la religion, lui donna cette fureur de vouloir encore     assouvir sa rage contre ce pauvre lieu au mépris des dernières instructions du feu duc son père, décédé quelque temps auparavant, qui lui avait recommandé de prendre garde à n’entreprendre point de sièges des villes de la religion ‘’qui se défendent en désespérés pour leurs biens, pour leur religion et pour leurs vies’’ ; mais de s’en prendre aux politiques qui, étant de même religion qu’eux, sont plus faciles à composer après quelque résistance pour leur honneur. Il entreprit ce siège sans ses souvenir de tous ces avis, et puisqu’il est écrit dans l’histoire assez long, nous n’en dirons en abrégé que quelques choses qui ont été omises.

 

Il le commença le 10 septembre, peu de jours après que Reyniès, gouverneur en fut sorti, à cause de l’extrémité de ses gouttes, y ayant laissé dedans le baron de Meauzac , assisté du capitaine Lachaise et quelques autres. Sur ce temps, le sieur de Deyme ayant été attiré à Montauban sur le bruit de ce siège, s’y jeta dedans avec une bonne troupe de volontaires, à la faveur de la nuit. Les sieurs Donoux[3] et Montberaud[4] principaux conseillers du duc, lui avaient si bien disposé l’assiette de sin camp, qu’on en sut rien remarquer qui ne donna témoignage de leur bon sens et suffisance au fait de guerre. Une partie de l’armée fut campée au delà du Tarn avec les 2 coulevrines gagnées sur Montauban pour battre la ville en ruine ; tout le reste fut placé du côté de Montauban avec 8 canons et 2 coulevrines. Pour la communication des quartiers et recouvrer les commodités de Toulouse, il fit un pont de bateaux de cordes sur la rivière ; ensuite il fit commencer sa batterie contre la ville, s’assurant après sa prise de celle du château.

 

Le sieur de Thémines se rendit le même jour à Montauban, et, ayant conféré avec le Conseil, ne sachant quel secours ni temps qu’on lui pourrait donner, il [Thémines] résolut de s’y jeter dedans avec une troupe qui put suppléer à la faiblesse du lieu, et la même nuit du 29, à 9 h, il y entra avec un merveilleux silence et renforça les assiégés de 120 maîtres dont il avait renvoyé les chevaux et de 200 arquebusiers. Le duc ayant continué de foudroyer ces mauvaises murailles, voyant une si grande brèche, donne l’ordre pour aller à l’assaut. Thémines se prépare pour le recevoir, les attend de pied ferme, et pour les étonner, fait sonner les trompettes, donne si furieusement sur ceux qui étaient montés et montaient, qu’il les repoussa, les battant avec grand meurtre, au delà du fossé. Le duc sans se rebuter, redouble sa

batterie le jour suivant sans grand avantage.

 

Ceux de Toulouse, qui désiraient fort la prise du lieu et y avait engagé le duc, pour lui donner courage, lui envoyèrent des poudres, boulets et autres munitions, escortées d’un beau régiment levé dans leur ville ; auquel on n’eut pas plutôt donné quartier au plus près des murailles, que Thémines sortit hors de la ville et chargea ce régiment avec tant de fureur qu’il en mot la plus grande partie en pièces ; le reste s’enfuit vers le camp.

Le duc de Montmorency qui avait été averti par le sieur de Chambaud de l’état de Villemur, envoya à Castres les sieurs de Leques et de Montoison avec de belles troupes et ordre d’aller lever le siège de Villemur, auquel effet le sieur Chambaud partit incontinent ; et étant arrivé à Montauban, confère avec le sieur de Reyniès et les autres qui attendaient là. Les avis furent divers ; presque tous concluaient qu’il fallait donner sur le camp sans remise, mais Leques des plus vieux et des plus considérables, dit qu’il fallait aller solide et ne mener pas si brusquement des troupes ramassées et qui ne connaissaient pas encore, contre une armée victorieuse ; qu’il fallait les renforcer de tous les voisins qu’ils pourraient recouvrer et tacher de faire venir le sieur de Messilac, gouverneur de Haut-Auvergne pour faire de tout cela un corps d’armée qui put donner quelque autorité aux armes royales. Ce conseil fut exécuté utilement, bien que la jeunesse traitât cela de lâcheté et de rêverie.

Cependant pour donner quelque occupation aux fougueux, on part de Montauban avec 2 canons  pour aller battre Belmontel et faire diversion. La cavalerie avait pris le devant et l’infanterie, commandée par Leques, suivait le petit pas avec les canons. La cavalerier ayant un peu poussé pour découvrir s’il y avait des ennemis en campagne, fut surpise de se voir attaquée par le duc qui, sur un avis du dessein sur Belmontel et du départ de Montauban, était parti avec toute sa cavalerie faisant suivre en queue 1200 Tudesques qui chargèrent si brusquement les royaux que d’abord la cavalerie tourna le dos, et tout allait à une déroute sans la résistance du sr de Chambaud et Saint-Rome, qui faisant ferme en combattant  donnèrent loisir de se reconnaître.

 

Le baron de Pujol  qui survint leur aida aussi, avec une compagnie, à arrêter le désordre qui fut grand avec petite perte parce que Leques arrivait avec son infanterie qu’il avait rangée en bataille et ses canons qu’il fit  jouer contre l’ennemi, ayant fait avancer le régiment de Clusel pour les aller arrêter par leurs salves, qui en tuèrent plusieurs, entre autres Barrudel lieutenant du duc, le plus déterminé de tous les ligueurs ; ce qui obligea le duc de se retirer avec ses Tudesques avec lesquels il s’en retourna au camp faisant grand bruit comme s’il avait défait ses ennemis.

Par le conseil des Srs Donoux et de Montberaud, il fit faire de grands feux pour étonner les assiégés. Les Royaux de leur côté s’en retournèrent à Montauban, bien aise de s’en être quittés à un si bon marché, dans un si grand désordre. Ils perdirent fort peu des leurs.

 

Peu de jours après arrivaient d’un côté le vicomte de Gourdon et le sr de Giscard avec leurs compagnies de cavaleries, et de l’autre le sieur de Messillac avec 100 maîtres et une bonne troupe d’arquebusiers à cheval. Incontinent, qu’ils fussent  arrivés, le conseil de guerre assemblé, il fut résolu, sans différer, d’aller combattre et donner sur l’ennemi. Ils se mettent aux champs avec 2 canons. L’avant-garde est donnée aux Srs de Messilac, la bataille aux Srs de Chambaud et l’arrière-garde au Srt de Leques. Ils marchent donc avec cet ordre, et étant arrivé à Saint Néofary (sic), ils laissent les canons pour aller plus vite à la faveur de la nuit. On remarqua qu’ayant trouvé des lauriers à Saint Néofary, tout le monde fut curieux d’en prendre, ce qu’on prit de  à bonne augure, mais ils furent incontinent troublés de quelque signe qui apparut au ciel, qui commençait à faire impression en l’esprit de plusieurs, lorsque un vieux huguenot, de Nîmes, se mit à crier : ‘’Courage compagnons ! Voici le signe de notre victoire. Il me souvient que nous en eûmes un pareil lorsque nous nous rendîmes maîtres de Nîmes, l’an 1569’’ce qui effaça tous les scrupules et donna du courage à ceux qui s’en étaient laissés toucher.

 

L’armée ligueuse était composée de 600 maîtres et de 4000 hommes de pied, français ou tudesques[5] : bonnes troupes aguerries et enflées de divers avantages obtenus sur les royaux. La royale était de 500 maîtres et de 2500 fantassins qui cédaient en nombre et en l’exercice des armes à leurs ennemis.

 

Comme les royaux approchaient de Villemur, ils firent avancer le régiment de Clusel pour se saisir de la forêt, afin de se servir de cet avantage pour loger leur armée  plus commodément, attaquer les tranchées des ennemis et les forcer de quitter le siège.
Etant donc parvenus au borde de la forêt, ils eurent divers avis : les uns que le duc s’était rangé en bataille hors de son camp pour les combattre, les autres au contraire, qu’il les attendait de pied ferme derrière ces retranchements. Sur quoi il y eut divers sentiments entre les chefs et commandants, qui eussent pu causer quelque désordre si Chambaud n’eut fait le hola en leur disant sans entrer en plus long raisonnement ‘’ il faut vaincre ou mourir’’. Après quoi, ils s’avancent pour prendre le terrain qui leur était le plus commode.

Cependant le duc n’oubliait rien à presser le siège, ne craignant pas l’approche de ses ennemis à cette heure-là et se confiant à ses espions qui ne manqueraient pas de l’avertir, mais Dieu permit qu’ils ne le pussent faire que les royaux ne leur fussent déjà sur les bras. Quelques jours avant son désastre, était venu son frère, la capucin pour lui persuader de lever le siège, lui présentant ce grand attroupement qu’il se faisait de tous côtés ; mais lui, plein d’orgueil, lui répondit qu’il ne quitterait jamais Villemur sans le prendre, quand il saurait d’y vieillir autant que son père l’était à son décès ; que ses troupes ne lui faisaient pas grand peine puisque la plus grande partie était du Bas-Languedoc qu’il était en possession de battre ; ce qui obligea son frère de se retirer après avoir dit la messe pour sa conservation.

 

 Les royaux ayant fait leur ordre, commandèrent à Clusel et à Montoison d’attaquer le premier retranchement opposé à la forêt où le duc avait mis 200 soldats commandés par Caravelles et Lacam, de Lautrec.

A l’abord Caravelle crie :’’qui va la. A moi mes amis, faisons ferme’’.  Les assaillants répondent par une furieuse décharge dont ils blessent Lacam et en tuèrent plusieurs qui portèrent l’effroi aux autres, fuyant vite au second retranchement où les assaillants les suivent de près et commencent un grand combat avec 400 arquebusiers, du meilleur de l’armée, qui y avaient été laissés pour la défendre.

Après une ½ heure de combat Chambaud s’impatientant de cette résistance commande à son neveu qui portait l’enseigne colonelle de la jeter dans le retranchement, et après ajoute :’’ voyons un peu si on sera si lâche d’abandonner le drapeau aux ennemis’’. A cette semonce, le colonel Clusel, les capitaines Dumas de Lunel et Marennes de Montpellier avec ceux qui le suivent, franchirent le retranchement et poussent ceux qui le défendaient jusqu’au gros de l’armée où était le duc de Joyeuse, ses canons et les lans-kenets (sic) qu’il exhortait de faire ferme avec leurs piques croisées soutenues de mousqueterie ; mais les royaux s’étant ramassés à un, attaquèrent si fièrement le duc, qu’après avoir fait un grand fracas, ils renversèrent son gros vers la rivière du Tarn.

Le duc criait incesamment :’’ferme ! ferme !’’sans pouvoir arrêter la déroute. Ce qui l’obligea à demander à Saint-Martin le Roux ’hélas ! que deviendrais-je ? – il faut, dit l’autre, aller mourir au canon – Allons donc !’’ dit il, à la tête de 120 hommes armés de toutes pièces ; mais en marchant tout cela s’évanouit sans combat, le duc demeura avec Moussoulens et Villegly, et prit le chemin du pont qu’il trouva rompu.

Dans ce grand désordre, ils lui présentèrent la croupe de leurs chevaux pour psser à la nage ; mais il ne put jamais monter, tant il était troublé. Voyant tout perdu, de désespoir il se jeta dans le Tarn où il fût bientôt noyé, n’ayant ni force pour résister à ce grand effroi, ni adresse pour se sauver.

Les assiégeants du quartier du côté de Toulouse voyant le désordre jetèrent les 2 coulevrines dans l’eau et se sauvèrent à la fuite. Toute la rive droite était couverte de morts pu de gens qui noyaient. La cavalerie royale étant allé e passer au gué, fit un grand fracs de ces fuyards.

Le sieur de Thémines au commencement de l’attaque, demeure coy, croyant quelque fausse amorce, mais quand il vit qu’ils quittaient le retranchement, il sortit avec ses gens et prit part à l’honneur de la victoire.

 

En cette défaite moururent le duc, la plupart des chefs, et plus de 2000 soldats ; la canon pris, les 2 coulevrines recouvrées, quantité de drapeaux, 43 prisonniers ; tout le pillage du camp, qui était très riche, demeure aux vainqueurs qui ne perdirent en tout que 10 soldats.

Les assigés avaient souffert 2000 coups de canon et ne perdirent que 17 soldats.

Lacam trouvé blessé mourut de ses plaies, et le corps du duc péché avec grand soin, fut changé avec le capitaine Portal que le vieux duc de Joyeuse avait défendu de laisser sortir de prison depuis la défaite de Lautrec.

 

Ainsi vécut, ainsi mourut Antoine Scipion duc de Joyeuse, enseveli aux Roquets à Toulouse [NDLR St Roch – église des religieux minimes]. Seigneur brave, courageux, vaillant et actif en ses expéditions militaires, très bon capitaine, mais extrêmement ambitieux , ennemi du Roi et de l’Etat dont il souhaitait le changement ; un flambeau qui eut entièrement embrasé le Languedoc si la rivière du Tarn ne l’eut éteint. Il ne fut point regretté de son parti, mais des gens de guerre.

En sa personne finit la faction de la Ligue en  Languedoc, qui fut bientôt réduite à la raison.

 

Le 28 octobre la nouvelle de cette défaite fut portée à Castres où on fit des remerciements à Dieu  par des prières  publiques et on l’envoya au duc de Montmorency par un de ses gendarmes italiens qui fit une extrême diligence et ne reçut autre récompense de ses offices sinon :  ’allez vous reposer, car vous avez bien pris de peine’’. N’ayant témoigné aucune joie de cet important succès, on crut qu’il regrettait le chef qu’il avait destiné pour mari à sa puînée.

Les chefs de l’armée royale acquirent de l’honneur et ceux qui les avaient suivis eurent leur bonne part.

Au grand combat, fut blessé le baron de la Nougarède d’une arquebuse au genou qui l’estropia pour toute sa vie.



[1] Charles Pradel éditeur en 1894 renvoie ici aux Annales de Toulouse.

[2] Bernard de La Valette, amiral de France, tué au siège de Roquebrune en Provence le 1er février 1592. Son frère puîné, Jean-Louis, duc d’Espernon, colonel général de l’infanterie française, lui succéda dans le gouvernement de la Provence.(Pradel)

[3] Jean de Saint-Jean de Thurin, seigneur d’Aunous était lieutenant de Joyeuse.

[4] Jean de Tersac, seigneur de Montbéraud, commandant aussi en l’absence du duc.

[5] Pradel renvoie au récit d’ Ambres


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