récit d'Aubigné   



récit d'Aubigné

Extrait de l'Histoire universelle

Théodore Agrippa d’Aubigné est un protestant engagé, militant et militaire . Il le sera  encore mais amer, lorsque Henri IV  sera devenu catholique. Son récit est d’une belle langue. La pensée est consice, le récit alerte. Il y a une attention à l’art de la guerre (dispositifs, statégie et art militaire). Il présente des détails inédits qu’on ne trouve que dans son récit.

 

 

Chapitre 18 - Commencement du voyage du duc d’Epernon

Divers combats au milieu de la France

cf Tome 8 André Thierry p 252 à 256

 

L'Auvergne et le Quercy étant contigus, bous achèverons ce chapitre de ce qui se passa à Villemur, pour à quoi venir faut premièrement savoir que dés le printemps de l’année que nous courrons, ceux de Toulouse voulurent accompagner leurs violents arrêts d’effets de guerre qui répondissent à leurs paroles. Ils épuisent donc leurs moyens pour mettre entre les mains du second fils de Joyeuse [Antoine Scipion] une armée de 2500 hommes de pied français, 200 lanskenets, de 600 à 700 lances et 5 pièces de batterie.  Cette armée ayant fait ses magasins à Rabastens et à Castelsarrasin t pour dépouiller Montauban des petites places qui la nourrissaient : elle prit avec résistance Monbéqui,  Montbartier, Montbeton [en juin 1592 – Thierry citant de Thou tome 8], laissa en garnison gens de cheval et de pied qui pouvaient compter ce qui sortait de la ville, et puis elle attaque la Barthe où on trouva des opiniâtres qui débattirent les jardins, les haies, le fonds du fossé et qui encore repoussèrent  les plus hâtifs des ruines de la brèche : par cela, ayant mérité une capitulation, elle fut faite à la vie sauve et entièrement faussée, car presque tout ce qui sortit  fut égorgé.

 

Joyeuse ayant encore fait quitter  le fort Saint Maurice, ceux de Toulouse le pressèrent d’assiéger Villemur, place très mauvaise et d’assiette et d’étoffe, comme étant commandée à la mousquetade[1] et ayant en plusieurs lieux ses parapets de torchis.  Cela fut au temps que le duc d’Espernon, appelé en Provence sur la mort de son aîné[2] prit son chemin vers Montauban ; et pour ce qu’à son approche une partie des bicoques qui gourmandaient cette ville lui firent place, il lui fut permis de passer au travers à plusieurs relais : cette confiance entre gens de diverses religion convia Joyeuse à lever le premier siège, où s’était enfermé Reniers  [Jean de la Tour, seigneur de Reyniès] et depuis entré Padoue avec 50 hommes. Le duc d’Espernon après reprit Moissac [il faut lire Meuzac –Thierry citant de Thou] par capitulation, ayant 2 canons de Montauban.

 

Au sortir du siège, les toulousains font une grande traite avec leur cavalerie et harquebuserie à cheval et viennent fondre sur les régiments du baron de Matha[3] et de de Bonouvrier et poursuivaient leur pointe pour enlever les 2 canons de Montauban qu’ils eussent eus sans 40 soldats de la ville menés par le Breuil , qui se résolurent et poussés par les chemins creux, feignaient de mettre le feu à leur canon, qui n’était pas chargé, et ainsi attendirent quelque cavalerie.

 

Nous lairrons (sic) [laissons ?] le duc d’Espernon, espérant le rencontrer aux affaires de Provence, pour voir comment Joyeuse ayant remis ensemble son armée, vint à bon escient assiéger Villemur [Joyeuse investit une 2° fois Villemur le 10 septembre 1592 – note Thierry] où étaient le baron de Mausac [Guyon Bar, baron de Meauzac] Chambret et le Chesne. Resniers y conduisit depuis d’Aime [Roger de Durfort, seigneur de Deyme]  et Pedoue, et passant sur le ventre d’un corps de garde renforça de 60 hommes la garnison, outre quelque peu d’hommes que les capitaines Calvet et La Magdelaine y firent entrer de nuit.

De là à 2 jours8 canons et 2 coulevrines eut commencé, Thémines, [Pons de Lauzières, signeur de Thémines] lieutenant de Roi en Quercy se trouve au point du jour à vu de la batterie avec 300 hommes, ½ cuirasses, ½ harquebusiers.

Il avait amené force goujats[4], auxquels chacun sachant ce qu’il avait en charge, il fit donner les chevaux pour les emmener à Montauban ; et puis mettant ses hommes armés, ½ devant, ½ derrière, ils donnent entre 2 corps de garde, à chacun desquels ils présentent un front de sa bonne grâce qu’ils leur firent place ; et lui entra si à propos, que le lendemain 20 septembre, il se donne un assaut général où les assaillants, ayant tâté 150 hommes armés, se contentèrent de l’essai : et sur leur retraite, Thémines fait sortie et par la brèche et par la porte ; le bruit qu’il fit faire par 4 trompettes qu’il avait amenées fut pris pour celui d’un secours.

L’escart[5] tomba sur un régiment de Toulouse arrivé tout fraîchement, à quoi ceux de la ville perdirent force enfants de bonne maison. Le siège se convertissait en lenteur, durant laquelle le maréchal de Montmorency [Henri de Montmorency gouverneur du Languedoc] envoye Leques et Chambaud avec l’aide de 400 à 500 hommes pour commencer à faire corps, pour le secours de Villemur ; ceux-là sachant que Joyeuse avait reçu nouvelles forces de Rouergue et d’Albigeois, ne s’avancent point plus avant que Bellegarde [à 9 km au SE de Montauban – Thierry] où ils retranche leurs logis. Joyeuse voulut  se depester (sic) de ces forces avant qu’elles eussent joint Messillac [Raymond Chapt de Rastignac, seigneur de Messillac, gouverneur de la Haute-Auvergne] qui amenait 700 ou 800 auvergnats : il les va donc attaquer au logis et d’abordée (sic) emporte les premières barricades, mais ces gens étant r’alliés (sic) combattent à pied et à cheval, mêlent à coups d’épée, font ressauter la barrière, suivent leur pointe 400 pas et laissent 100 hommes sur le pavé ; et sans que Aunoux [Jean de Saint-Jean, seigneur d’Aunoux, lieutenant de Joyeuse]  fit la retraite, les attaquants se mettaient en déroute : ceux-ci pour montrer qu’ils avaient défait le 1er secours, avec force cris d’allégresse chantent leur victoire à ceux de Villemur, et même allument des feux de joie ; mais les assiégés se moquèrent d’eux.

 

Toutes les troupes du secours arrivées à Montauban, ils se résolvent à marcher vers l’armée, lors mêmes (sic) qu’une partie de la cavalerie s’était éloignée pour donner sur la queue de Messillac. Ils partagent ainsi : que Messillac avec ses troupes et quelques arquebusiers de Sevennes (sic) [Cévennes] qu’on lui donna, s’en irait droit au retranchement pour le forcer ; que Chambaud avec la plupart de la cavalerie irait attaquer tout ce qu’il trouverait à cheval, et que Leques avec le reste fournirait aux occasions.

Ce fut le 19 octobre que Messillac, poussant devant soi les régiments de Glousel (sic) [on lit ordinairement Cluzel CT] et de Montoison [Antoine de Clermont , baron de Montoison] donne au premier retranchement des liguez (sic) [ligués] où il n’y avait que 200 hommes au commencement, mais ceux-là furent renforcés de 400 autres, de façon qu’il n’y eut plus d’une heure de combat ; et puis ce retranchement forcé, ils suivent leur pointe jusqu’à un autre, où les harquebusiers de la courtine défavorisaient les ligués en quelque façon.

 

Chambaud et Leques étant aux mains partout , Thémines baille ces enfants perdus à Pedouë et sort à cheval ; puis Joyeuse  voyant venir la charge à dos, ne voulut point combattre avec ce désavantage, et aux arquebusades des assiégés, il il change de camp, et s’éloignant aux condomnes[6] [en fait condomines] où était son artillerie, quelque cavalerie des siens ayant pris sa démarche pour fuite, la prennent et donnent l’épouvantement à toute l’infanterie, de telle façon que ce fut à qui gagnerait la rivière.


La foule fut si grande sur le pont de bateaux qu’elle l’enfonce, si bien que n’ayant plus espoir qu’à la nage, il s’en perdit grand nombre dans l’eau ; de ce nombre en fin fut Joyeuse, qui sauta du chantier dans le Tarn et s’y noya. Ceux de Montauban qui savaient le gué, le prirent pour aller poursuivre les premiers passés.

 

Le meurtre fut de 3000 hommes, et le nombre de prisonniers ne fut que de 43 ; l’artillerie et 22 enseignes furent menées à Montauban.

 

On dit chose étrange qu’à tout ce jeu ne se perdit que 10 royaux et encore4 de ceux-là, tués par la faute de marque[7] Au siège de Villemur, où il fut tiré 2200 coups de canon, ne se perdit que 17 des assiégés.

 

Chapitre 18

Commencement du voyage du duc d’Epernon

Divers combats au milieu de la France

cf Tome 8 André Thierry p 252 à 256



[1] Thierry : les coups de mousquet tirés des hauteurs dominant la place pouvaient l’atteindre.

[2] Id : Bernard de Nogaret, seigneur de La Valette, avait été tué au siège de Roquebrune en janvier 1592.

[3] Id : Claude de Bourdeille, baron de Matha et Pépin de Bonnuvrier. Ils commandaient chacun un régiment de pied du duc d’Epernon.

[4] Id : valets d’armée.

[5] Id : grand fracas ou ouverture qui se fait dans quelque corps – ex : un coup de canon tité dans un bataillon fait une grande escarre.

[6] Id : ce lieu dit est ainsi nommé par les traducteurs de Thou , Condommes par P. Matthieu.

[7] Id : parce qu’ils ne portaient pas de signes distinctifs.

 


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