Portraits et traces   



 

PORTRAITS & TRACES

 

 

Théodore TEYSSEYRE

 

 

 

 

Jean-Baptiste, Ernest, Théodore

 

 

Naissance :  5 août 1869 Villemur-Sayrac

Baptême :7 août1879 – Sayrac

Décédé le 20 ami  1918 à Gournay-sur-Aronde , Oise à 38 ans

messe à Sayrac le 23 mai 1918

Inhumation le 21 mars 1921 à Sayrac

distinctions

lauréat de l’ « Escolo Carsinolo »,société félibréenne - Montauban

Félibrée de Beaumont de Lomagne[1]

« trobos » : medalhe de brounze (pichou emmole)

il écrivit un certain nombre de poésies en langue d'oc (le quercynol).

                                                                                                          

A votre fenêtre 

 

Quand je vous vis à la fenêtre                                                                

Où vous vîntes me voir passer

Mon pauvre cœur battit peut-être

Au reçu de votre baiser.

 

Et depuis, cruelle torture

Mon cœur, mon âme tour à tour

Pleurent depuis cette aventure

Rêvant de vous le rendre un jour.

 

O supplice de tout mon être

Supplice fou d’un amoureux

Ce baiser de votre fenêtre

Va me rendre bien malheureux.

 

Hélas qu’est-elle devenue

Ma folle lyre des beaux jours

Depuis qu’en vous j’ai reconnu

L’envie des plus pures amours.

 

Je me trompe et vous calomnie

Car, depuis que je l’ai reçu

De moi la tristesse est bannie

Oh ! je m’en suis bien aperçu !

 

Cher baiser que votre innocence

Daigna lancer sans un soupir

Tu vins soulager ma souffrance

Sur l’aile du plus doux zéphyr

 

Un jour finira la bataille

Pour me voir chez vous revenir

Ey votre baiser qui me raille

Pour moi, voudra-t-il s’attendrir ?

 

Envoi :

Alors, daignerez-vous descendre

Du haut d’où planent vos faveurs

Me permettant de vous le rendre

Dans un frisson de nos deux cœurs.

 

Première poésie en français

Ecrit pour son camarade de chambrée  Marchand

Toulouse octobre 1914

 

                

                                                        théodore au centre, portant béret

 



[1] Coupure du  journal « le télégramme » daté du 2 octobre (année non indiquée) commentant la félibrée du dimanche précédent.

 

  

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Discours de réception

de Monseigneur Guy TERRANCLE

à l’Académie du Languedoc - Toulouse

13 novembre 2003

 

Monsieur le Député-Maire,

Monsieur le Secrétaire Perpétuel,

Monsieur le Vicaire Général,

Chers collègues,

Mesdames,

Messieurs,                                               

 

Permettez-moi tout d'abord de remercier M. le Chanoine François Jugla pour les paroles élogieuses qu'il vient de prononcer en m'accueillant en votre nom à l'Académie du Languedoc. Si j'en crois la sagesse toujours un peu ironique de La Rochefoucauld "le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois". Je reçois donc ces paroles, simplement, comme un témoignage fraternel et amical.

 

Laissez-moi vous exprimer ma gratitude pour m'avoir accueilli dans votre Académie qui réunit en son sein des hommes et des femmes dont la culture, les qualités humaines et morales, les responsabilités et les charges qu'ils exercent dans la Cité ou dans la société honorent votre compagnie.

 

Vous m'accueillez parmi vous l'année même où vous célébrez vos 40 années d'existence.

40 ans, l'âge de la maturité rayonnante - j'allais dire triomphante l'âge de toutes les entreprises - l'âge où l'on est déjà riche d'une grande expérience et où l'amertume et les désillusions n'ont pas encore corrodé la passion et le goût d'entreprendre.

 

Merci de me recevoir dans votre Académie en cet anniversaire qui ouvre vers des initiatives nouvelles et un enthousiasme renouvelé dans l'action que vous menez pour la défense et l'illustration du Patrimoine Culturel du Languedoc, celui d'hier et celui d'aujourd'hui.

 

Vous m'avez attribué le 37ème fauteuil qui fut celui de l'abbé Georges Rey tout récemment disparu (ses funérailles avaient été célébrées par Monseigneur COLLINI qui fut membre-né de votre Académie en sa qualité d'Archevêque de Toulouse, et qu'on est en train, à cette heure même, d'ensevelir dans la crypte de la cathédrale.).

Né en 1911 à Lombez, Georges REY vient très tôt s'établir à Toulouse avec ses parents. Se sentant appelé au sacerdoce il suivit le cursus habituel à cette époque: le petit séminaire de Malaret et le Grand séminaire diocésain de la rue des Teinturiers. Ordonné prêtre en 1932, il accomplira la totalité de son ministère à Toulouse: de la cathédrale au faubourg Bonnefoy, en passant par quelques autres postes qui le gardèrent dans sa ville.

 

Mais l'œuvre  (j'allais dire le chef-d'œuvre) de l'abbé REY sera la fondation en 1936 de la manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix Potencée qui recevra le statut d'œuvre  de jeunesse et d'éducation populaire (et j'ajouterai d'éducation chrétienne). Cette oeuvre sera la passion de l'abbé, ces jeunes seront sa famille. Il leur consacrera sa vie et leur donnera le meilleur de lui-même. Cet homme tout à la fois prêtre, technicien de la musique, artiste et pédagogue, aura le souci, non seulement d'apprendre le chant et la musique, de porter sa manécanterie aux plus hauts niveaux de la qualité, mais d'aider ces jeunes à devenir des adultes responsables, par le biais du scoutisme et de mille autres activités. Aux heures sombres de l'occupation, dans l'esprit des courageuses initiatives du Cardinal Saliège, il protègera "ses enfants" et sauvera des enfants juifs, des poursuites barbares de la Gestapo.

 

Vous avez fait le bon choix en le recevant dans votre Académie, car l'abbé REY a, sans nul doute, brillamment contribué au rayonnement de la culture languedocienne dont il a porté la réputation bien au-delà de nos frontières. L'Etat lui-même lui a manifesté sa reconnaissance en lui attribuant la Croix de Chevalier de l'Ordre National du Mérite.

 

Quant à l'Académie du Languedoc, en accueillant l'abbé REY, elle s'est honorée en l'honorant.

 

Traditionnellement, et à juste titre, vous appelez des prêtres à siéger dans votre Compagnie. Qui dira l'immense apport à notre culture que représentent ces hommes de Dieu, aussi bien curés de campagne que professeurs à l’Institut Catholique. Leur connaissance de l'âme et de la nature humaine, leur proximité avec les hommes et les femmes de leur temps, les recherches minutieuses, l'attention aux lieux et aux personnes, leur capacité d'écoute, constituent, à n'en pas douter, une contribution sans égale à la conservation et à la diffusion de notre culture, de nos traditions, de tout ce qui constitue l'âme de notre Languedoc. Parmi eux, certains sont poètes, d'autres musiciens, d'autres encore sont capables de déchiffrer les vieux grimoires et les bibliothèques ecclésiastiques regorgent de monographies qui sont une aide inestimable pour les historiens et les chercheurs.

 

Pour ma part j'ai le privilège d'appartenir, tant du côté paternel que du côté maternel (la partie la plus "toulousaine" de ma famille, à laquelle je dois tant) à une véritable "caste sacerdotale". Aussi loin que je puisse remonter dans la mémoire familiale, je trouve des prêtres, missionnaires, curés de campagne ou professeurs. Ils sont nombreux et les derniers (ou les plus récents) sont dans cette salle. L'abbé Christian TEYSSEYRE, Chancelier de l'Archevêché, et mon oncle, Laurent TEYSSEYRE, Diacre permanent du diocèse de Toulouse.

 

De cette "dynastie" ecclésiastique, je ne retiendrais que trois personnages.

 

Au XIXème siècle, deux prêtres et deux religieuses dans une famille de onze enfants. L'abbé Antoine TEYSSEYRE, mort en 1903, volontaire pour exercer son ministère en Algérie où il demeurera 20 ans, puis curé de La Madeleine "ami des humbles et des petits". Les chroniques de l'époque disent de lui, dans le style fleuri de ce temps, "c'était l'obliger que de lui demander un service dont il doublait le prix par son empressement à le rendre".

 

Son frère, l'abbé Jean TEYSSEYRE, mort en 1904, professeur et économe au Petit Séminaire de l'Esquille. Brillant esprit, intellectuel raffiné, prédicateur à la mode, capable tout à la fois d'enseigner les mathématiques et de rédiger une grammaire anglaise. Capable également d'obtenir de l'Impératrice Eugénie que le chemin de fer de Toulouse à Auch, alors en construction, fit une escale à Pibrac pour favoriser le pèlerinage à Sainte Germaine.

 

Enfin celui que la "vox populi" toulousaine et la tradition familiale n'appelait que "le Saint abbé BARON", le chanoine Bernard BARON, mort en 1912, curé de St Jérôme après avoir été curé de St Sylve, puis Supérieur du célèbre séminaire de l'Esquille. Ses funérailles suivies par toute la ville témoignèrent du niveau de sa réputation de saint pasteur. Car il fut un pasteur intrépide, multipliant les initiatives hardies en faveur de la vie spirituelle de ses paroissiens de tous âges et de toutes conditions, avec une prédilection pour les plus pauvres, sans oublier les oeuvres de charité, la diffusion de la presse catholique, sans parler des aménagements considérables apportés aux églises de St Sylve et de St Jérôme.

 

Tels sont ces hommes d'église - à qui je suis personnellement redevable, d'une manière mystérieuse, ce que je suis. A leur place et pour leur part, eux et tous les autres, ont contribué et contribuent encore au rayonnement de la culture languedocienne et de la sensibilité qui nous est propre.

 

Permettez-moi enfin, en terminant ce propos de redire mon attachement viscéral à Toulouse notre capitale 1 Ayant quitté notre région il y a bien longtemps, Toulouse et tout ce qu'elle représente à été, avec mes terres villemuriennes, mon point d'ancrage, mon enracinement, mon honneur et ma fierté.

 

Partout où j'ai vécu, la croix du Languedoc a accueilli mes hôtes. Les interrogations qu'elle provoquait me donnaient l'opportunité de dire mon amour pour une cité tellement complète, si profondément enracinée dans le passé, si adaptée aux temps présents et tout à la fois tournée vers l'avenir, qu'on ne peut qu'être partagé entre la tendresse et l'extase.

 

Arrivant à Rome il y a 25 ans, je fus saisi, sinon d'une impression de "déjà vu", mais d'un sentiment de puissantes affinités avec Toulouse. Je chassais bien vite de mon esprit ce que je pensais être un égarement dû à un excès d'affection, jusqu'au jour où je rencontrai un chercheur de l'Ecole Française de Rome qui faisait un travail sur les harmonies entre Toulouse et la Ville Eternelle.

 

J'aimerais avoir un jour le loisir d'approfondir une recherche sur ces mystérieuse affinités entre Rome et une cité qui fut la quatrième ville de l'occident romain.

 

Mesdames et messieurs, Germain LA FAILLE, Syndic des Capitouls à la fin du XVIlème siècle écrivait: "Des villes fatales où la Religion, la Vertu et la Doctrine aiment faire leur demeure... Toulouse est une de ces villes privilégiées et choisies du ciel: elle produira toujours des lumières à la France". Quelle prophétie ! Huit siècles d'histoire se sont acharnés à ôter à Toulouse la puissance, ils ne lui ont pas ôté la gloire.

 

Merci de m'avoir permis de siéger parmi vous pour collaborer à la mission que vous vous êtes donné d’illustrer  le passé et de travailler à un avenir où nos valeurs, notre sensibilité et notre culture seront présentes aux extraordinaires progrès d'un monde en pleine transformation.

     

                        

 


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