Particularités inédites   



 

 

Un témoignage allemand

 

 

 

particularités inédites du siège de Villemur

 

 

 

Joyeuse avait disposé ses hommes sur les 2 rives du Tarn, reliées par un pont de bateaux. Les toulousains impatients d’enlever la citadelle de Villemur aux religionnaires  et d’ouvrir un accès facile sur Montauban encourageaient Joyeuse, ne lui ménageant ni provisions de bouche, ni munitions de guerre. Malgré le conseil officieux de Thémines lui-même, et l’opposition de ses frères le capucin Ange  de Joyeuse et le cardinal François de Joyeuse, archevêque de Toulouse, le duc tenta un assaut définitif le 19 octobre 1582.

 

Prise entre deux corps de troupes,

-         l’un placé à l’orient de Villemur, près d’une forêt qui coupait le passage

-         l’autre commandé par Thémines, faisant irruption hors de la ville, l’armée des catholiques, imprudemment engagée se débanda et perdit environ 2.000 hommes.

La défaite fut désastreuse pour le parti ligueur toulousain dont Joyeuse, avec sa réputation de haute bravoure, était l’orgueil et l’espérance. Il succombait devant Thémines. Or selon le mot de Lafaille :  «  le siège de Villemur était devenu un siège de réputation ».

 

Un espace assez restreint se développe entre le Tarn et les coteaux, sur la rive droite, tout  près de la ville. C’est sur ce périmètre étroit que furent poussés pêle-mêle, dans le feu de l’action huguenots et catholiques. Ceux-ci, désemparés – et au milieu d’eux Joyeuse qui fut superbe de vaillance et de courage malheureux – essayèrent de passer sur la rive opposée, soit à l’aide du pont de bateaux, soit à la nage. Joyeuse et bon nombre de ses soldats furent noyés.

 

Cette dernière particularité et d’autres causes de la déroute des catholiques en cette rencontre se trouvent précisées dans deux pièces récemment trouvées aux archives des notaires de Toulouse. Voici ces documents :

            

 «  L’an mil cinq cent quatre vingt treize, et le vingt-deuxième jour du mois  de mai, au lieu de Roquemaure viguerie et sénéchaussée de Toulouse, par devant moi notaire royal soussigné et présents les témoins soussignés , après-midi, s’est présenté Jehan Geizcofler de Garlenbach forrier majeur [major] et capitaine alphier [à pied ] d’une des compagnies allemandes du régiment du seigneur de Ladron, lequel, tant en son nom que pour tous les capitaines et soldats dudit régiment dudit sieur comte  a tres que bien fait  son devoir de tout ce qui lui a été possible le jour de la déroute et perte de partie de l’armée étant au siège devant Villemur au mois d’octobre dernier 1592, ayant les allemans sur le chemin où l’ennemi arriva, combattu ces gens de bien et d’honneur, ne pouvant faire davantage qu’ils firent, parce qu’ils étaient trop peu de gens pour empêcher les ennemis qui arrivèrent en gros de cavalerie et en chemin fort favorable pour eux et non pour les gens de pied, à raison de quoi perdu de haut ; ceux qui étaient bas alentour dudit Villemur ne pouvaient rien faire, moins secourir les susdits à cause que les pièces d’artillerie  étaient séparées en 4 endroits, et par ce moyen privés de faire un gros ; d’ailleurs n’aurait-on eu ce moyen pouvoir combattre aux tranchées parce qu’elles n’étaient point fortes n’ayant été faites seulement de quadrilles mis l’un sur l’autre du côté de la ville, tellement que gagner le quartier du sieur de Bidon comme fut fait par lesdits ennemis, l’on pouvait tirer lesdites tranchées les soldats non seulement à coup d’arquebusades, mais aussi à coups de pierre. e nonobstant  ne quittèrent lesdits allemands les quartiers qui leur avaient été donnés jusqu’à la grande contrainte qu’ils eurent par la cavalerie de l’ennemi que les chargea à toute bride abattus et les contraignit au passage de la rivière, tant lesdits allemans que français et y vinrent tous mêlés avec les ennemis se combattant vaillamment, néanmoins comme ledit régiment d’allemans depuis leur entrée en Languedoc jusqu’à présent ont fait toujours de beaux exploits et leur devoir des armes partout où ils ont été employés, ayant assisté à feu Mgr le duc de Joyeuse en toutes les occurrences qui se sont présentées aux fins d’extirper l’hérésie des Huguenots et de leurs adhérents, et obéit au commandements du dit Sr duc, et son maréchal de camp, et autres ayant charge de son armée, et pour attestation et vérification de ce-dessus  a présenté en témoin noble Josse de Daymier et de Caravelles, baron de Roquemaure, capitaine d’une compagnie de 100 lances lequel interrogé et ouï sur ce que dit et moyennant serment par lui prêté sur les saints Evangiles de Notre Seigneur, a dit être chose véritable que feu Mgr le  duc  de Joyeuse assiégea la ville de Villemur l’année dernière et y étant son armée devant au mois d’octobre , arriva à celle-ci un grand accident et désastre tant sur lesdits allemans que français bien que  les allemands ou un petit nombre d’eux qu’étaient commandés sur le haut de la venue ?? de l’ennemi combattirent vaillamment en gens de bien et d’honneur, étant toujours mêlés avec l’ennemi qui venait à grand gros de cavalerie et d’infanterie au long d’un long et grand chemin fort favorable pour eux tellement que, à cause du peu des allemans et français qu’étaient audit quartier haut, l’ennemi ne resta de tout rompre, tant étaient en grande force et troupes, et si était ce aisé à faire à cause que lesdits allemans n’étaient que 200 ou 300 et 100 ou 120 français  à raison de quoi et ayant lesdits ennemis gagné le quartier de M. de Bidon qui était de ce côté, le reste de l’armée ne leur pouvait résister tant à cause que ne pouvaient faire aucun gros, étant les pièces de l’artillerie séparées en 4 endroits où chacun avait son quartier, que aussi pour n’avoir de tranchées ni barricades pour combattre ceux du dehors, n’ayant été faites que pour ceux qui étaient dans ledit Villemur, et encore étaient fort simples et de quadrille mis l’un sur l’autre, tellement que le quartier de M. de Bidon gagné, l’ennemi pouvait tirer desdites tranchées ceux qui y étaient non seulement à coups de arquebusades, mais bien aussi à coups de pierre. Mais ce nonobstant lesdits allemans combattirent de tout leur possible et firent ce que gens de bien devaient faire, se mêlant toujours avec l’ennemi  sans jamais quitter leurs quartiers que leur furent assignés par ceux qui avaient charge en ladite armée, jusque par la force de l’ennemi , celui-ci les contraignirent et mirent en déroute sur le passage d’une rivière.
Dire aussi que lesdits allemans depuis leur entrée en Languedoc ont fait ce que gens de bien devaient faire ayant toujours assisté à faire la guerre aux dits ennemis et volontiers employé leurs vies pour le service de  Dieu et soutien de la Religion catholique, obéissant aux commandements dudit Sr de Joyeuse en fut-il en assaut et prise de villes et lieux que en combat, n’ayant refusé aller en tous lieux que par ledit Sr duc  ou autres ayant charge  en son armée ont été commandés, ayant très que bien fait  leur devoir , comme le dit Sr Caracelles adit savoir pour l’avoir  vu comme commandant de laditre compagnie de cent lances et ayant là une partie de sa compagnie, de quoi ledit Geizcofler audit nom nous a requis acte lui être retenu.

Fait et récité, en présence de Jehan Daverano, Lizet de Cazeneuve et Seguin Yché, écuyers, étant de la compagnie dudit Caravelles qui ont dit et attesté aussi avoir vu ce-dessus, et la vérité être telle comme ledit Sr Caravelle a déposé.

Caravelles – d’Averano, Caseneuve, Ychier, du Vergier notaire royal de Toulouse[1]

 

Bulletin de la Société archéologique du Midi, 1903, p. 279-282



[1] Côte, attestatoire Geizcofler-Caravelles, 1593 – le même jour, à Fronton, J Geizcofler se fit délivrer une autre attestation semblable. Témoins : noble Arnaud de Fénelon, Sr dudit lieu, Sr de Laborel (ibid).


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