obsèques et inhumation   



 

 

Inhumations et ensevelissements

 

 

 

L’inhumation se fait au cimetière près de l’église…. Tout le monde voisine, gens d’ici-bas, saints du ciel, défunts. Ces derniers, alors, environnent l’église. C’est là une idée chrétienne qui s’est imposée au Moyen-Age.

L’éloignement des cimetières et la fermeture de cimetières situés près des églises interviendront à la fin du XVIII°, mais ceci concerne d'abord la cité ; la  salubrité et l’hygiène en sont les premiers motifs. Dans les campagnes la situation perdurera. Ce n’est qu’au cours du XIX° que des mesures seront prises pour transférer les cimetières, les éloigner du cœur du village et des habitations.

 

Les cimetières et la proximité de l’église

- à Sayrac, Magnanac, Villematier, Layrac, Le Born le cimetière est tout près de l’église. A Villematier, on devait même selon une pratique fréquente alors en bien des leiux traverser le cimetière pour se rendre à l’église[1]. L’entrée actuelle sera mise en place au XIX°. A Magnanac l'église et le cimetière sont aujourd'hui voisins, mais qu'en était-il avant la reconstruction de l'église au XIX°, lorsque celle-ci se trouvait sur la place ?

- à La Magdelaine, le cimetière, situé initialement près de l’église - du moins au XIX°, est déplacé ensuite, au bord du Tarn. Il s’agit, aujourd'hui, du cimetière le plus éloigné  du village et de l’église - de nos 10 paroisses.

- Mirepoix a connu le déplacement de son église au XIX°, et s'est alors éloigné de son cimetière.

- Bondigoux constitue un cas de figure à part, avec des changements d’édifices et de lieux comme église paroissiale et également des déplacements de cimetières[2]. Avec 2 cimetières, le premier cimetière paroissial à l’église Saint-Orens (château de Vergnes), l’autre  lié au prieuré Saint-Pierre de Lobaresse (église actuelle de Bondigoux). Ce n’est qu’à la fin du XVII°, que le seul cimetière paroissial est celui qui se trouve près de l’église de l’actuel Bpndigoux, 150 ans environ après que l’église du prieuré Saint-Pierre de Lobaresse (église actuelle de Bondigoux) soit devenue l’unique église paroissiale., prenant d’abord le nom de Saint-Pierre de Bondigoux (attestée en 1538), puis de Saint-Orens de Bondigoux (attesté en 1619)

Les prêtres de la famille de Lestang   se succèdèrent à Bondigoux pendant plus d’un siècle ( 2 siècles dit la délibération du 26 03 1757

Ils n’habitent pas la maison curiale ; ils possèdent leur maison particulière.[3]

«  le presbytère inutilisé doit tomber en désuétude… et un beau jour , encouragés sûrement par le châtelain, M. de Blazy, alors en pleine construction de don château ‘’les habitants du lieu de Bondigoux vendent à M. de Blazy le cimetière du dit lieu et le transportent au terrain qui est , joignant l’église du dit lieu où était anciennement la maison curiale et ce, moyennant 5 sacs de blé de rente, 1 pour M. le curéet 4 pour la cure ‘’ ( délibér. Villemur 4 mai 171). 

 

 

 

L’inhumation dans les églises[4]

Lorsqu’on dépouille les registres paroissiaux on est surpris de constater que les pratiques ne sont pas identiques : la proportion des inhumations dans l’église n’est pas semblable, selon les paroisses, à même époque. Cette perception n serait à étudier méthodiquement. Mais, pour notre part, cette disparité a attiré notre attention. Pourquoi inhume-t-on plus souvent, à la même époque dans telle paroisse plutôt que dans telle autre. Usages ? tolérance du curé ?

 

- il y bien sûr des familles anciennes qui bénéficient d’une sépulture familiale : le curé de Bondigoux n’hésite pas à parler de « tombeau ». Ce sont bien souvent de vieilles familles qui ne sont pas obligatoirement parmi les plus riches. Il ne suffit pas d’être un notable pour avoir ‘’droit’’ à l’inhumation à l’église : le 2ème consul de Layrac en 1705, Blanc, est inhumé au cimetière. Par contre bien des membres de la famille Bories ou Brégail, Crubilhé, Teysseyre par exemple, sont ensevelis dans l’église, à Layrac à la fin du XVII°-début XVIII° (vers 1720).

 

- de fait certaines familles verront l’ensevelissement se faire dans l’église. Tel prêtres soucieux de précisions (cf Bondigoux) indiquera  le lieu. Précis de l’ensevelissement, ce qui ne veut pas dire un lieu attitré, quand les autres prêtres se contentent de dire que l’inhumation a eu lieu dans l’église.

 

- certaines notations nous ont permis de repérer quelques situations :

*les curés ensevelis dans le sanctuaire de l’église (nommé aussi presbytère, le choeur) – de même les clercs tonsurés habitant le village (cf Jean Bories, 51 ans à Layrac en 1709).

*des enfants mort-nés ou jeunes (tel enfant qui a le curé [Charles de Reynier] pour parrain est cependant enseveli au cimetière – Charles Gary),

*des personnes estimables pour leur vie chrétienne, ayant reçu les 3 sacrements requis : entendu en confession, ayant reçu  l’extrême onction et le viatique (communion des mourants),

*des personnes qui en ont fait la demande expressément. Le curé de Bondigoux   mentionne telle ou telle apportant cette précision, dans la mesure « où c’est sans conséquence » (formule qu’on aimerait mieux comprendre), mais cette formule est précisée dans un cas.

* un dernier cas fréquent nous est apparu à partir des mentions d’un des curés Lestang de Bondigoux : le mauvais temps. Sur plusieurs années, on trouve cette explication pour des inhumations déclarées dans l’église.

 

Les ensevelissements dans l’église se raréfient. Ainsi un des derniers relevés à Layrac, un fils Crubilhé, âgé de 17 ans en août 1729. Cette pratique ne concernait plus que quelque unité par an.

 

Si des modèles de rédaction d’actes sont imposés, on constate que les rédacteurs (généralement le curé lui-même) dressent l’acte son habitude – celle-ci pouvant changer au cours des longues années de son ministère. Quand les actes son tantôt rédigés par le curé tantôt pat le vicaire (cf registres communs de Layrac et de La Magdelaine avec couramment, vers 1700, 3 rédacteurs : le curé et le vicaire de la Magdelaine, et un autre pour Layrac lors de l’aggravation de la maladie du curé), on constate les variations. Il n’est pas rare que tel rédacteur prenne l’habitude de déclarer l’inhumation et le décès du même jour : or ce qui est assez courant pour des nouveaux-nés, l’est moins pour les adultes ; ordinairement l’inhumation a lieu le lendemain

 

Nous ne dirons rien des perplexités éprouvées devant une date de naissance postérieure au baptême, ou de décès postérieure à l’inhumation…surtout lorsque ces dates sont clairement données. Ces erreurs  se rencontrent de temps à autre, cependant de façon non négligeable, pour qu’elles retiennent l’attention. L’explication est-elle dans le changement du modèle de rédaction, avec inversion baptême/naissance ; inhumation/décès ? ou d’une autre cause ?

 

 

la pratique de l’inhumation selon la pensée et la pratique chrétienne

à cause de la mort de Jésus, l’Eglise  ne va connaître qu’un mode ordinaire et habituel : l’inhumation – ceci dans toutes les cultures et sociétés atteintes par le christianisme.

(mais on brûlera en temps de peste, etc…sans aucun problème).

[être avec le Christ , mis au tombeau, descendu aux enfers (séjour des morts) - être dans la mort avec lui, pour vivre avec lui - chemin baptismal : être mis au tombeau avec le Christ pour avec lui ressusciter. ; image du sommeil/ résurrection : s’éveiller (le cimetière : a pour étymologie : le dortoir, lieu où l’on dort, réunis, dans l’attente du réveil) ; symbolique du mourir et du renaître cf le grain de blé semé en terre : approche anthropologique : marquer  la valeur et le respect du corps humain.

 

Avec le Christianisme les cimetières vont se développer  et l’inhumation va être le mode ordinaire, exclusif de séparation. Les chrétiens vont se démarquer et ils vont le faire jusqu’à aujourd’hui là où les cultures avaient d’autres pratiques, notamment l’incinération. La communion au Christ mis au tombeau est ainsi signifiée comme elle le fut au commencement de la vie chrétienne par l’immersion baptismale, dans la pratique traditionnelle et la triple plongée [mourir/vivre].

 

Alors que dans l’antiquité les tombes se trouvaient  hors de la cité, le Moyen-Âge va mettre en œuvre dans l’organisation de l’espace une autre vision. Les morts sont au cœur de la cité, autour de l’église, bénéficiant des grâces des saints mystères qui y sont célébrés (eucharistie). Ils sont pris dans le rayonnement du lieu sacré et du saint patron à qui l’église est dédiée, protecteur et intercesseur. C’est l’image de la cité de Dieu, réunissant dans une même communion, les saints (les habitants du ciel), les défunts (dans l’espérance de la béatitude),  et ceux et celles qui sont encore sur cette terre, en marche vers la cité du ciel.. Cette communion se donne à voir dans une proximité. Il n’est pas rare de devoir traverser le cimetière pour accéder à l’église (cf Villematier avant le changement intervenu).

 

Le siècle des lumières voient de nouvelles approches  se faire jour, conduisant  à susciter de nouvelles pratiques (éloignement des cimetières d’une part,  possibilité de l’incinération d’autre part). Ceci prend corps dans un discours hygiéniste au cours du XVIII° (risques énoncés : les maladies, les épidémies – requête de salubrité) qui demande l’ éloignement des cimetières, éloignement des morts sans doute de la communauté des vivants [avec l’éventuelle translation des corps, celle-ci n’a pas pourtant nécessairement lieu], mais la raison principale de facto se trouve dans le côté bien trop exiguë des cimetières et l’indécence des ouvertures des tombes trop proches (espace trop restreint entre tombes et  espace  trop bref dans le temps, entre sépultures). cf au XVIII°, en 1776 : une ordonnance royale interdit d’inhumer dans les églises, interdit qui sera renouvelé lors du décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804).

© CT 2009

 

 



[1] Cf plan des lieux

[2] Cf Jeannette Lagarde : « raconte-moi Bondigoux », page 172 bis et .46-49

Il y a à l’origine 2 églises , l’une à Lobaresses, (premier habitat, château et prieuré proches du Bondigoux actuel, plus exactement à la Mouline puis s’étendant au bas de Saint-Martin) ; l’église du prieuré Saint-Pierre de Lobaresse se situait à l’emplacement de l’église actuelle et servait de chapelle, église donnée à l’abbaye de Moissac ; le prieuré avait aussi un petit cimetière près de l’église. Au XVI° cette église devient l’unique église paroissiale.

L’autre église, première église paroissiale, dite de Bondigoux (s’étendant sur les rives du Tarn, se regroupant sue le lieu-dit Pénavaire – l’actuel château de Vergnes) : là est la première église paroissiale Saint Orens, appartenant à l’abbaye de Conques  et le premier cimetière. [voir acte du 3 janvier 1645 Esteverim]

Seul le cimetière près  de l’actuelle église sera employé.

[3] Jeannette Lagarde – « Raconte-moi Bondigoux », page 57

[4] Il s’agit d’observations empiriques et non d’une étude statistique, méthodique.

 

 

 


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