lecture critique - Dom Vic et Dom Vaissette   



 

Lecture critique des sources par Dom Vic et Dom Vaissette

Extrait de Dom Vic et Dom Vaissette : Histoire Générale du Languedoc

 

Dom Vic et Dom Vaissette,  

 

NOTE VI.  

Sur quelques circonstances de l'expédition d'Antoine Scipion duc de  Joyeuse, aux environs de Montauban, du siège et de la bataille de Villemur, et du la mort de ce seigneur.

 

I. [prise de Lautrec]   

                                                                                                                                              Divers  historiens contemporains parlent au long de ces événements : mais ils ne sont pas d'accord entre eux sur quelques circonstances. Gâches s'étend d'abord sur l'entreprise téméraire que firent les royalistes le 25mai 1592. pour se saisir de la ville de Lautrec, qui  tenait le parti de la ligue, trompés par une fausse intelligence , et sur le combat, que le duc de  Joyeuse qui survint, leur livra auprès du château  de Trape situé aux environs de Lautrec, où les royalistes qu'il défît, s'étaient réfugiés,  après avoir manqué leur entreprise sur Lautrec.

On doit s'en rapporter à son témoignage , puisqu'il écrivait alors sur les lieux ; et il faut corriger  par conséquent M. de Thou [1], qui parle de celte affaire en deux mots, en disant au sujet d'Antoine Scipion duc de Joyeuse « Is ad Lautrecum  in Albigensi agro astu, mox el vi Trapa expúgnala mense Marlio proximo afflixerat »  paroles obscures que les traducteurs de M. de Thou rendent de la manière suivante. « Après avoir manqué son coup au mois de Mars sur Lautrec en Albigeois, il s'empara de Trape par force et par artifice» .

 

Mais 1°. on vient de voir que cette affaire se passa au mois de mai  et non au mois de mars. 2°.Il est certain que la ville de Lautrec tenait alors le parti de la ligue :  par conséquent le duc de Joyeuse n'avait garde de faire aucune entreprise sur cette ville.

 

Ce furent au contraire les royalistes qui firent une entreprise sur Lautrec, qu'ils avaient dessein de surprendre, et qui manquèrent leur coup.

 

II. [date du premier siège  de Villemur] 

                                                                                                                                                     Le duc de Joyeuse conduisit ensuite son  armée aux environs de Montauban, où il prit  diverses places. La Faille[2]  en fait monter le nombre à quinze ou vingt : il aurait eu bien de la peine à en faire l'énumération. Joyeuse mit  peu de temps après le siège devant Villemur, petite ville du diocèse de Montauban située sur le Tarn. Nous trouvons l'époque de son arrivée aux environs de Montauban, dans la relation de son expédition[3], écrite dans cette ville par un contemporain ; et il y est marqué que le duc de Joyeuse se présenta devant Montauban le 22 de Juin ; qu'il prit ensuite les diverses places dont  on a parlé , et qu'il mil enfin le siège devant Villemur, qu'il leva à l'approche de Themines, lequel aidé des forces du duc d'Epernon , s'était mis en marche pour l'attaquer. « Ensuite Joyeuse  ayant appris, que les arquebusiers du duc » d'Epernon marchaient en désordre, fondit sur eux, disent les traducteurs de M. de Thou »  dans le temps qu'ils s'y attendaient le moins ; ce fut vers le milieu de la nuit du 18 de Juin, etc. »  ou suivant le texte latin de M. de Thou xiv.  Kal quintilis, ce qui répond au 18 de juin, mais il faut lire sextilis au lieu de quintilis, et c’est une faute évidente de M. de Thou, à laquelle ses traducteurs n’ont pas fait attention,
 puisque Joyeuse n'étant arrivé aux environs de Montauban que le 22 de Juin, et ayant entrepris postérieurement le siège de Villemur, il ne put l'avoir levé le 18. de ce mois. Cette action se passa donc au mois de Juillet , et en lisant dans M. de Thou ¡rit;. Kal. Sextilis au lieu de Quintilis, comme on l'a déjà dit, tout s'accorderait ; et l'action se serait passée le 19 de Juillet, comme il est marqué dans
Cayet
[4], si nous n'avions des raisons plus fortes de croire que ce fut le 8 de juillet que le duc de Joyeuse leva le siège de Villemur.

 

 III. [attaque du duc de Jiyeuse contre le duc d’Epernon]

 

L'auteur de la relation dont on a déjà parlé, de Thou, Cayet et Faurin dans son journal , disent que lorsque Joyeuse attaqua les troupes du duc d'Epernon, occupées au siège de la Cour, il avait levé celui de Villemur.               

 

 Gâches, suivi par la Faille, prétend au contraire, que ce fut pendant le siège même de Villemur, que Joyeuse ayant laissé une partie de son armée pour le continuer, attaqua à l'improviste avec sa cavalerie les troupes du duc d'Epernon, qui ne s'attendaient à rien moins , et qu'après les avoir défaites , il retourna a Villemur, dont il poussa le siège avec vigueur , jusqu'à ce que le duc d'Epernon et Themines l'obligèrent enfin de le lever.  

 Mais le baron d'Ambres, qui servait actuellement dans l'armée du duc de Joyeuse, contredit Gâches dans ses mémoires manuscrites qui nous ont été communiqués par M. le marquis d'Aubays.                                                                                              

 

« Le duc de Joyeuse ayant assiégé Villemur, dit le baron d'Ambres, apprit  que le duc d'Epernon était à huit lieues dé-là avec cinq cens chevaux et quatre mille hommes de pied , que son dessein était de venir à  Montauban à trois lieues de Villemur , et de faire lever le siège : le duc de Joyeuse ne jugeant pas à propos de l'attendre, décampa le  lendemain, et retira son canon qu'il laissa à Gaillac avec une partie de la cavalerie et un » régiment. Comme il avait une coulevrine de l'autre côté du Tarn, qu'il avait fait venir pour battre le moulin de Villemur, il commanda le soir de la conduire à un fort nommé la Bornerie ; mais la pluie qui était tombée en abondance pendant toute la nuit , empêcha d'exécuter cet ordre, et les troupes du duc d'Epernon qui n'étaient qu'à mille pas , s'en saisirent,  et la jetèrent sur le bord de l'eau. Le duc d’Epernon s'étant ensuite rendu à Villemur, se mit à la poursuite du duc de Joyeuse campé sur les bords de la forêt de Villemur. Il y eut là une escarmouche, que la nuit qui survint termina : chacun se relira ensuite dans son camp. M. d'Epernon alla loger à S. Naufari , où ceux de Montauban vinrent le supplier d'aller prendre quelques peut lieux du coté de Montels avec promesse de fournir des vivres et des moyens pour cette entreprise ; mais il refusa d'y aller : il leur prêta deux régiments , dont l'un était celui du baron de Bourdeillc et quelque cavalerie , qu'ils joignirent aux troupes du pays. Le duc de Joyeuse , après avoir fait un voyage à Toulouse, ayant appris qu'ils avoient investi un fort près du dit Montels, y alla de nuit, tailla en pièces le régiment de Bourdeille mit le reste en fuite , et prit deux moyennes coulevrines en revanche de celle que le duc d'Epernon avait prise , et qu'il mena à M. de Montmorency. Le 8 de juillet 1592 ce dessus fait et dit, de Joyeuse s'en retourna en Albigeois, et alla assiéger le lieu de la Guepie, etc. »

Ce témoignage [NDLR le baron d'Ambres] est si précis, que nous avons cru devoir le suivre.

IV. [débat topographique : La Cour et Monteils]

 

La Faille[5]  assure que le château de la Cour, où Joyeuse défit une partie des troupes du
duc d'Epernon , était une petite place auprès de Montauban. Faurin auteur contemporain dit aussi que la Cour était situé près de Montauban ; et suivant
Cayet
[6] , la Cour était une maison champêtre dans la plaine de Montauban. Gâches ne marque pas la situation de ce château; et on n'en  connaît aucun de ce nom aux environs de Montauban.
Mais nous trouvons sa véritable situation dans tes mémoires du baron d'Ambres, dont
on vient de donner l'extrait, que dans
d'Aubigné
[7], qui dit qu'il était situé près de Monteils. Or Monteils est un autre château auprès de la petite rivière de Vère en Albigeois, situé à six ou sept lieues de Montauban, et à quatre ou cinq de Villemur.


V. [calendrier – 2° siège de Villemur]

 

Joyeuse , après la levée du siège de Villemur, mena ses troupes en Albigeois, où il entreprit  le siège de la Guepie qu'il soumit le premier  août, suivant le journal de Faurin ; ce qui convient très-bien. Il revint ensuite remettre le siège devant Villemur, et suivant l'auteur de la relation  qui est dans les mémoires de la ligue, il campa devant celle place le 10 de septembre. Faurin dit que ce fut le 12 de ce mois, et qu'il commença à battre en brèche le mercredi 16 du même mois. M. de Thou prétend qu'il ouvrit la tranchée le 10 de septembre , et Gâches assure qu'il ne commença à l'attaquer que le 17 de ce mois ; mais tout cela revient à peu près au même.

 

VI. [Messillac à Bellegarde]

 

Suivant M. de Thou, Messillac gouverneur d'Auvergne pour le roi, ayant marché au secours des royalistes, et s'étant joint à Lecques, Chambaud et Montoison, se rendit à Bellegarde, (château situé en Quercy , à une lieue de Montauban vers le Levant, et à trois lieues au Nord de Villemur ) où Joyeuse, après avoir laissé une partie de son armée pour la continuation du siège, alla les attaquer à la tète de sa cavalerie et de ses arquebusiers.Tous les autres historiens, Cayet et d'Aubigné[8] en particulier , assurent , que Messillac n'était pas encore arrivé, lorsque Joyeuse alla attaquer Chambaud et Lecques à Bellegarde: ils ajoutent, que le dessein de Joyeuse était de combattre ces derniers , avant que Messillac les eût joints. Nous nous en rapportons à leur autorité.

 

VII. [état des forces en présence]

 

M. de Thou dit qu'on comptait 1500 cuirassiers à cheval  et trois mille arquebusiers dans l'armée des royalistes, lorsqu'elle attaqua le duc de Joyeuse devant Villemur, et que celle de ce duc était composée de quinze cens chevaux et de quatre mille hommes d'infanterie , y compris quinze cens Aliénions. L'armée des royalistes n'était pas si nombreuse, suivant l'auteur de la relation, Cayet et Gâches, qui ne leur donnent en tout que cinq cens maures et deux mille cinq cens arquebusiers : mais la Faille a tort de réduire leur armée à deux mille six cens hommes en fout, tant de pied que de cheval. Quant aux ligueurs, l'auteur de la relation, Cayet et Gâches, ne leur donnent que six cens maîtres, et quatre mille hommes de pied, y compris quatorze cens Lansquenets.

 

VIII.  [date du jour de la bataille fatidique]

 

Il est certain que l'action se passa le lundi 19. d'octobre de l'an 1592. ce qui s'accorde fort bien avec la lettre dominicale. M. de Thou s'est donc trompé, ou plutôt il y a une faute dans son texte, où il est marqué, que ce fut xiv Kal. decembris qui in luna diem incidebat , ou le lundi 20 d'octobre, comme le disent les traducteurs de cet historien.

 

 IX. [récit des circonstances de la débacle, son déroulement, topographie des condomines]

 

 Les circonstances de la mort du duc de Joyeuse sont rapportées différemment par les mêmes historiens. M. de Thou dit , suivant la traduction Française, « qu'il  retirait en bon ordre, avec un petit nombre de gentilshommes, à Condamines, où il avait mis son artillerie et que se trouvant qu'on avait rompu le pont de bateaux , qu'on avait jeté sur le Tarn, il poussa son cheval dans celle rivière , malgré les efforts de Courtete et de Ridonnet, et s'y noya ».

 

Voici le texte Latin de M. de Thou :
 « Jousa ad Condominas , ubi tormenta deposuerat, cum servato ordine cum paucis è nobilitate se reciperet , rupto ponte , quem ex navigiis in Tarni straverat, frustra Cúrteto et Bidoneto eum retinentibus, rapiditate fluminis haustus est ».

On croirait , en lisant la traduction Françoise de M. de  Thou, que Contamines est un village ou un hameau : mais ce n'était rien moins que cela , et condamine ou condomine, dans le langage du pays, est  un champ qui appartient au seigneur : en sorte qu'il fallait traduire à la Condamine, et  non à Condamines , ou aux Condamines,  comme le rapporte Cayet.

Au reste, il paraîtrait par-là,  que cette condamine où était le parc de l'artillerie, aurait été située à la gauche du Tarn; car  l'action se passa à la droite de celle rivière. X. M.
de Thou
a pris celle circonstance, ainsi que plusieurs autres, de la relation imprimée
dans les mémoires de la ligue, dont on a parlé. Il  y est marqué que Themines qui commandait  dans Villemur , ayant fait une sortie pendant l'action, Joyeuse ne pouvant plus résister, voulut se retirer aux Condomines, où était son camp et son artillerie

« que le pont qu'il avait bâti sur le Tarn étant coupé, causa la morí de presque tous ceux, qui avoient quitté la terre,  pour réfugier à  l'eau. De ce pas , continue cet auteur, il s'achemina au Tarn Les sieurs de la Courtete et de Bidon le tindrent  quelque temps par la main mais le Tarn par le violent de son randon, le ravit d'entre les mains de ceux qui le tenaient, etc. »

 

 II paraît  par-là , que Courtete et Bidon soutenaient le duc de Joyeuse, pour l'aider à passer la rivière, au  lieu que suivant M. de Thou et ses traducleurs, il se précipita dans la rivière, malgré ces deux officiers, qui voulaient l'en empêcher.

Le baron d'Ambres, qui était dans l'armée de Joyeuse, et qui dans ses mémoires manuscrits[9] dit que ce duc avait fait rompre le pont sur le Tarn, afin d'ôter l'espérance de fuir, raconte
sa mort de la manière suivante. « Le duc de Joyeuse , dit d'Ambres , voyant ses troupes en désordre, met la main à l'épée, fait divers efforts pour les rallier :  mais il lui fut  impossible , et se trouve avec trois gentils-hommes , qu'étaient M. de Mossolens (François de S. Jean) maréchal de camp, M. de S. Geri, fils du sieur de la Roquebouillac et M. de...
[10]Rouergue.

-         Mossolens dit à Joyeuse : «  il faut se sauver ».

-          Joyeuse lui répondit : « il faut  mourir ».

-         Mossolens répliqua : « l'on ne meurt pas  quand l'on veut ; vous seriez prisonnier et  mené à Béziers ; tachez de vous sauver, et  demain nous les battrons ».

 Cela les fit résoudre eux quatre d'aller au pont, et au bord d'icelui, ils se désarmèrent au préalable : et d'autant que le pont était rompu, ils voulurent aller du long de la corde en nageant, et allèrent jusque au dernier bâteau , que une pièce de bois tomba sur ce jeune seigneur, qui le fit noyer.  Mossolens se sauva à nager ; les autres deux gentilshommes demeurèrent qui ne savaient nager. Ils furent pris prisonniers. Il y eut deux cents hommes de morts, etc.

 

X. [la mort du duc de Joyeuse, ses circonstances]

 

D'Aubigné[11] fait entendre que le duc de Joyeuse se précipita dans le Tarn pour se sauver.

« Joyeuse dit cet historien, se voyant venir la charge à dos, ne voulut pas combattre avec ce désavantage , el aux harquebusadcs des assiégés ; il change de camp , en s'éloignant aux Condomines où était son artillerie. Quelques cavalerie des siens ayant pris sa démarche pour fuite, la prennent, et donnent l'espouvantement à toute l'infanterie ; de telle façon que ce fut à qui gagnerait la rivière : la foule fut si grande sur le pont de bateaux qu'elle l'enfonce, si bien que n'ayant plus espoir qu'à la nage, il s'en perdit grand nombre dans l'eau : de ce nombre enfin fut Joyeuse, qui sauta du chantier dans le Tarn et s'y noya ».

 

 Ce qu'il y a de vrai, c'est que le duc de Joyeuse se noya dans le Tarn, en voulant se sauver, comme le témoigne le duc de Montmorency. dans la lettre qu'il écrivit quelques jours après au roi, pour lui rendre compte de cet événement. (NDLR voir autre page CLIC )

 

 XI. [faits et interprétations de la noyade]

 

Gâches raconte d'une manière toute différente les circonstances de la mort du duc de Joyeuse. Il dit que les royalistes ayant poussé le gros de l'armée des ligueurs vers la rivière de Tarn, le duc de Joyeuse ne pouvant arrêter la déroule ; et ayant demandé à un officier nommé S. Martin le Roux, ce qu'il y avait à faire, celui- ci lui avait répondu qu'il fallait aller mourir au canon.

« Comme il y allait, ajoute-t-il, avec cent vingt hommes d'armes pour s'y rendre, ils s'évanouirent tous en marchant, sans combat et Joyeuse demeura avec Moussoulens et Villegli. Il prit le chemin du pont qu'il trouva rompu. Dans ce grand désordre, ils lui présentèrent la croupe de leurs chevaux pour passer à la nage ; mais n'y ayant jamais pu monter, et étant –fort troublé , il se jeta dans le Tarn où il se noya bientôt, n'ayant ni force pour résister, ni adresse pour se sauver ».

La Faille a peine à ajouter foi à cette circonstance, et à croire que le duc de Joyeuse fût à pied, à moins qu'il n'ait eu son cheval tué sous lui. Il supposa que Gâches a avancé qu'alors il se jeta de désespoir la tête la première dans le Tarn : mais il fait dire à Gâches ce que Gâches ne dit pas ; et cet auteur fait entendre au contraire, que Joyeuse voulant se sauver à la nage, n'eut pas assez de force pour résister à l'impétuosité des flots. Faurin dit d'un autre côté, que le duc de Joyeuse, pensant aller au gué , se noya. Enfin Cayet rapporte plus vraisemblablement « que tous les autres, que le duc de Joyeuse voyant tous les siens l'abandonner , et que les royaux avoient déjà gagné son camp et l'artillerie, pensant traverser le Tarn pour se sauver, accompagné de deux gentils-hommes, il fut entraîné parla violence de l'eau, et se noya au grand regret des siens, et de tous ceux de son parti » .

On doit conclure de ce que nous venons de dire, que l'auteur de la vie du père Ange de Joyeuse [12], ne mérite aucune créance , lorsqu'il dit que le duc de Joyeuse « rompit lui-même le pont qui traversait la rivière sur des bateaux, pour couper aux soldats le chemin de reculer, se mettant le premier en tète de l'infanterie , une picque à la main , jusqu'à ce que percé de deux coups , il tomba dans l'eau et y rendit l'esprit, dont le corps retiré par les ennemis, ne fut rendu que l'année ensuivant, sur la proposition de la trêve. »

XII. [retranchements]

 

Les traducteurs de M. de Thou changent en tranchées tout ce que les autres historiens appellent  retranchement. « II fallait d'abord, disent-ils, chasser deux cens hommes de la première tranchée, qui conduite depuis le bois jusqu'à la ville , fermait le chemin , etc. » Ils tombèrent avec tant d'impétuosité sur les troupes déjà effrayées, que la tranchée fut bientôt nettoyée , etc. Le duc de Joyeuse ne se démonta pas et distribua promptement des soldats pour défendre les retranchements élevés aux angles de la seconde tranchée ».

Toutes ces prétendues tranchées ne sont pas différentes des lignes de circonvallalion , ou des doubles retranchements que M. de Thou a exprimés par le mot : vallum dans son texte Latin. En effet, en voit dans la lettre que le duc de Montmorency écrivit au roi le 25 d'octobre, pour lui rendre compte de cet événement, que le duc de Joyeuse avait fait des retranchements dans son camp, pour se mettre hors d'insulte de la part des royalistes.

 

XIII. [morts]

 

M. de Thou ne fait monter qu'à mille le nombre des morts de la part des ligueurs dans cette action. Cayet en met deux mille. D'Aubigné en met trois mille, et ce dernier nombre est confirmé par la lettre du duc de Montmorency, dont on vient de parler. L'auteur contemporain de la relation imprimée dans les mémoires de la ligue, dit que les ligueurs eux- mêmes faisaient état d'avoir perdu trois mille hommes ; mais que du moins ils en avoient perdu deux mille. Gâches assure d'un autre côté, que deux mille soldats ligueurs restèrent sur la place, avec la plupart de leurs chefs; mais comme les deux derniers historiens, qui étaient presque témoins, faisaient profession de la religion prétendue réformée, ils peuvent avoir augmenté le nombre des morts du côté des ligueurs. Enfin un autre - historien religionnaire, dit que le pont sur le Tarn ayant été coulé à fond par la multitude des fuyards, il s'en noya plus de huit cens, sans quatre à cinq cens Tudesques qui furent tués.

 

 NOTE VI.  Dom Vic et Dom Vaissette,  pages 477-481



[1] Thou, Liv. 103.

[2] La Faille , annales de Toulouse. tome 2.

[3] Mémoire de la ligue tome. 5. p. 168.

[4] Cayet, chronique nov. Livre 4 p.63

[5] La Faille, annales de T. tome. 2. p. 459

[6] Chron. nov. ibid. p. 63

[7] Livre. 3. ch. 19

[8] D'Aubigné , torne. 3. liv. 3. c. 16.

[9] Mss d’Aubay

[10] Nom en blanc dans le manuscrit

[11] livre 3 chapitre 16

[12] Brousse, vue du Père Ange, page 25


© 2017 CT