le duc de Montmorency   



 

 

Cf Baluze n 255, t 5 col 320

Tome 12 p 53-63 ; t12 : p 1504

 

 

 

LETTRE DU DUC DE MONTMORENCY AU ROY

 TOUCHANT LA DE­FAITE ET LA MORT

DU DUC DE JOYEUSE DEVANT VILLEMUR.

 

Extrait de l'Histoire Générale du Languedoc

LXIX.

Dom Vic  et Dpm Vaissette

Histoire Générale du Languedoc

 

 25 octobre 1592

 

Sire. J'ay par mes précédentes fait entendre à vostre majesté, que sur l’appréhen-ion du siège que M.. de Joyeuse voulait remettre devant Vil­lemur au bas diocèse de Montauban , sollicité de ceulx de Toulouse, et avec l'aide de M. le marquis de Villars, j' avais offert pour le secours de la place toutes les troupes de cheval et de pied que vostre majesté a en cette province, avec ma personne propre, et celle de mon fils; et cependant je mandai à messieurs de Chambaud et de Montoison, qui se trouvaient ez diocèses de Castres et de Lavaur avec quelques forces, d'y jeter les hommes qu'ils cognoistroient nécessaires, comme ils firent; mais pour estre les préparatifs de ce siége grands, qui le faisait tirer en longueur, cela nous mit tous en incertitude de l'intention et des desseings dudit sieur de Joyeuse, et donna oc­casion à ceulx du haut pays de Languedoc, de contremander par deux fois les gens de guerre qu’ils m'avoient demandés, et qui estoient ja advancés en chemin- Enfin ledit sieur de Joyeuse avant investi ledit Villemur et commencé à le battre avec dix pièces, au premier advis que j'en eus, je feis telle diligence d'assembler les forces de cheval et de pied, que j'ay entretenues en ce  pays , et de les augmenter des gentilshommes volontaires, et autres serviteurs de vostre ma­jesté et de mes amis jusques à y employer tous ceulx de ma maison et mes domestiques, sans avoir retenu qu’une seule compagnie de chevaux légers pour servir de frntière du diocèse de Narbonne, que je feis un gros de 600 chevaux et 2500 hommes de pied, desquels je donnay charge à messieurs de Montoyson, de Lecques, et de Chambaud, pour ne n’y pouvoir acheminer en personne, à cause de la tenue des estats gé­néraulx de ce pays, laquelle se rencontrait à mesme temps, et me contraignit d'arrester; et à l'approche de mes forces , et par le bon devoir que feirent ceulx qui étaient dedans Villemur, où M. de Themines sénéchal de Quercy et gouver­neur de Montauban s'estoit jeté, avec une troupe des siens, et avoient tous soustenu un assault, la batterie fut discontinuée depuis, les canons reculés, et l’armée des ennemis mise en ung dans le bois qui est prez dudit Villemur, sans toutes fois que led. sieur de Joyeuse se départit de sa résolution du siége, qu’il faisoit estat de reprendre et presser plus qu'auparavant avec le renfort qu'il attendoit d’Auvergnne et de Gevaudan , qui luy arriva deux jours après, et plus grand nombre de pièces et de munitions.

 

Cependant il avait tellement accommodé son camp, par le moyen des forts et retranchements qu'il y avait faits, et la multitude des piques qui y estoient, qu’il ne pensait pas devoir rien craindre. Aussi mes troupes se trouvons si Inégales en nombre, furent contraintes d'attendre, mais inutilement toutesfois, quelque secours de M. le mareschal de Matignon, M. d’Aubeterre et autres, et occupèrent cependant à assiéger le lieu de S. Nauffary prez de Montauban qui fut battu et pris, et certains autres; mais voulant mener le canon à ung autre appellé Belmont, ledit sieur de Joyeuse, qui en fut adverti à l'advence les premiers jours, se mettant entre la place et la rivière, engagea  ceux qui le conduisaient au combat, qui estoient en petit nombre, et rendi­rent néanmoings un si grand devoir, qu’il arres­tèrent ledit sieur de Joyeuse et donnèrent le loisir de retirer les pièces, qui à la vérité coururent fortune, avec perte du guidon de la com­pagnie dudit sieur de Joyeuse, et de quelques autres; et il n'y eut que deux hommes d'armes, dont l'un estoit de ma compagnie de thues.

                       

Depuis M. de Massillas arriva très-à-propos avec une bonne troupe de gens à cheval, et M. le vicomte de Gourdon avec quelques ungs de ses amis pour tout renfort.  Ils résolurent ensemble parlement, avec lesdits sieurs de Chambaud, de Lecques et de Montoyson d’assaillir les ennemis, comme ils feirent, le XIX du présent sur le matin et à la levée des gardes, et les pressèrent tellement, qu'aprez un grand et long combat opiniâtre, et les premiers forts et retranchemens gaignés, la victoire s’en ensuivit entière et fort heureuse pour estre demeuré sur le champ trois mille hommes des ennemis. Le chef, qui estoit M. de Joyeuse, noyé, se voulant sauver. Six gros ca­nons gaignés, avec une grande quantité de mu­nitions, et la cornette blanche, avec vingt-sept drappeaulx  que j'espère envoyer bientost à vostre majesté et pour deux cents mil escus de butin, outre un bon nombre de prisonniers ; et le sieur de Murles , qui aura l’honneur de rendre la présente à vostre majesté, lequel s’est trouvé à tout et a si dignement et  vaillement fait, qu’il en a rapporté une grande réputation, et mérite bien d’estre recogneu, en discourera plus particluièrement à votre majesté et de ceukx qui ont fait le mieux, comme les chefs, n’ont rien obmis ,ny oublié de ce qui appartient à de très bons et suffisants capitaines, etc…

le XXV octobre MDXCII

 

 

 


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