le dimanche   



 

 

la messe dominicale

 

Les trois lettres suivantes nous instruisent sur la vie des paroisse au cours du XIX°.

-         la demande qu’une deuxième messe puisse être célébrée (l’autorisation de biner - c'est-à-dire célébrer 2 messes le même jour- demandée à Mgr l’archevêque) pour que les personnes puissent assister à la messe. faute de quoi il n’est pas possible d’ y aller du fait des taches cf le bétail, les enfants et les vieillards.

Alors il n’ y a  ordinairement qu’une messe :  la « messe de paroisse ». les règlements diocésains prévoient les horaires d’hiver et d’été [cf en notes, le tituel de Toulouse de 1825].

-          Encore faut-il, si l’autorisation de biner est accordée,  que l’heure des 2 messes soit convenable pour permettre aux uns de revenir chez eux et aux autres se rendre à l’église à leur tour. On mentionne souvent l’habitat éloigné, le temps qu’il faut pour se rendre à l’église.

-         Enfin le prêches trop longs font de temps en temps l’objet de plainte comme ici, à Layrac en 1865.

 

 

6 juillet 1865

 

De Teysseyre, maire de Layrac à M. le vicaire général.

 

A la fin du mois de décembre dernier, M. le curé doyen de Villemur eut la complaisance de vous transmettre les réclamations que quelques habitants de la paroisse de Layrac lui avaient formulées, au nom de tous, contre certaines habitudes de M. Bonnes, curé de cette paroisse dans l’exercice de son ministère, habitudes nuisibles au bien des âmes ou abusives.

Vous m’avez fait l’honneur de me dire il y a peu de jours, que ces réclamations ayant été prises en considération, M. Bonnes avait été invité à changer ou à modifier ces habitudes dont ses paroissiens se plaignaient.

 

Malheureusement, M. Bonnes n’en a rien fait et je me suis obligé dans l’intérêt de mes administrés des vous informer officiellement en vous priant de mettre les réclamations dont il s’agit sous les yeux de Mgr l’archevêque afin qu’il avise.

La paroisse de Layrac comme presque toutes celles de la campagne a des habitations éparses et très éloignées de l’église. La distance ou des nécessités particulières ne permettent pas que les membres des familles qui les occupent et qui ne peuvent aller aux offices, s’absentent tous à la fois.

 

Les jours de dimanche et de fêtes, les familles se divisent en deux portions dont l’une va assister à la première messe et l’autre à la seconde. Mais M. le curé de Layrac qui dit ces deux messes, prêchant très longuement à chacune, il y si peu d’intervalles entre elles dans la saisons d’hiver, que les membres des familles dont je parle qui vont assister à la première ne peuvent être rendus chez eux assez tôt pour que les autres puissent aller entendre la seconde, ce qui fait que le plus souvent ces derniers manquent à ce saint devoir.

En été pendant les grands travaux de la campagne, les personnes qui les font sont accablées de fatigues. Aussi MM les curés sont (sic) dans l’usage de prêcher très peu ou même de ne prêcher du tout dans cette saison, vu que ce n’est que le dimanche que ces personnes peuvent réellement prendre un peu de repos. M. Bonnes ne les invite pas au contraire il prêche selon sa coutume à ses deux messes un peu moins longtemps, il est vrai qu’en hiver, mais fort longuement encore et si quelqu’un s’endort, ne pouvant résister au besoin de sommeil, ou ne comprenant pas les paroles qu’il prononce, car ayant perdu presque toutes ses dents, il articule fort mal, aussitôt il le fait réveiller.

 

M. le curé Bonnes est curé de Layrac depuis plus de 36 ans. Jamais à ma connaissance, il n’a reçu aucune insulte, aucune offense d’aucun de ses paroissiens, qui je dois le dire à leur louange, tous sont incapables de se porter envers lui à des pareils excès, et sont à peu près, sans exception, de braves gens. Et cependant il arrive souvent à M. Bonnes de les traiter très durement en chaire jusqu’à les qualifier de mauvais sujets, de vauriens ; un tel procédé irrite naturellement les esprits et les lui aliènent.


En vous rappelant M. le vicaire  général ces sujets de mécontentement des habitants de la paroisse de Layrac, ce n’est pas une dénonciation que je porte contre M. Bonnes. J’ai voulu seulement les exposer d’une manière exacte et précise pour que Mgr l’archevêque et vous même, les connaissant bien, vous veuillez en empêcher la continuation.

Ce n’est pas à des intentions mauvaises que j’impute ce zèle à M. le curé de Layrac, je l’attribue à un acte d’agir qui lui fait croire qu’il fait bien quand dans la réalité il fait mal, et j’espère, et les paroissiens de Layrac que, des avertissements réitérés de Mgr l’archevêque ou de vous-même, parviendront à lui faire voir qu’il se trompe et qu’il doit  suivre la conduite louable de ses dignes confrères des communes limitrophes qui l’environnent. J’ai l’honneur

 

  voici  ce qu'en dit le curé doyen Robert de Villemur :

14 décembre 1864 lettre du curé Robert de Villemur à l’archevêque

A Layrac, ce n’est pas la longueur de M. Bonnes à dire la messe qui indispose les paroissiens, mais la longueur et la multiplicité de ses prônes. Deux personnages très importants et consciencieux, M. le maire de Layrac et M. le notaire sont venus dans l’intérêt de M. le curé me prier de l’avertir d’abréger se prônes et d’en supprimer un sur deux le dimanche, vu que chaque messe durant environ deux heures et quelques fois plus... Que pour ce motif, des pourparlers, des entrevues, des réunions avaient eu lieu et qu’on se proposait de faire une manifestation publique en sortant de l’église à la première occasion. Que si cette voie ne réussissait pas, on aurait recours à une protestation écrite, signée et envoyée à votre Grandeur. Cette disposition d’esprit fâcheuse à tous points de vue et qui prend des proportions grandioses, pourrait être facilement changée par un peu plus de brièveté et de rareté de langage chez M. Bonnes. Les paroissiens et le pasteur y gagneraient sous tous les rapports ; les uns et les autres seraient moins fatigués. Ce que j’ai l’honneur d’exposer  votre Grandeur est vraiment curieux et je me serai bien gardé de vous l’écrire, Monseigneur, si par l’expérience que j’ai du pays je n’étais sûr que la prédication trop longue et trop multipliée de M. le curé de Layrac, finira par exaspérer les esprits au point que la paroisse de Layrac qui est excellente pourrait bien se livrer à des manifestations qu’on déplorerait plus tard .

J’ai répondu aux personnages sérieux qui sont venus me trouver dans l’intérêt de leur pasteur qu’il était fâcheux qu’on appréciât si mal le zèle de leur curé, que c’était le grand désir de leur être utile qui le faisait prolonger ses instructions. Ils m’ont répondu que j’avais raison, mais que c’était très fâcheux de passer toute la matinée à l’église, qu’on demanderait seulement une messe raisonnablement courte, afin qu’il y eut assez d’intervalles entre les deux messes pour atteindre un peu à tout, que sans cela les messes dont on commençait à s’absenter seraient bientôt désertées. Avertir M. le curé de Layrac, je ne le dois pas. Vous écrire Monseigneur, les réclamations extravagantes et excentriques moins sérieuses qui m’ont été faites, c’est mon devoir. Peu de chose suffirait aujourd’hui pour tout calmer. Ordonnez à M. le curé de Layrac de ménager son éloquence et ses poumons . Je crois qu’une demi-heure de prédication à une seule messe suffirait pour le moment, tandis qu’on compte – c’est exagéré  je crois – une heure et demie à chaque messe. Au reste il y a longtemps  que cet état de chose dure et je pense que les paroissiens de Layrac en grande partie sont à bout de patience – bien peu chrétienne, sans doute, et surtout bien peu indulgente pour un pasteur qui mérite à tous égards respect, vénération et amour.

L’exemple de Mirepoix devient contagieux. Une concession de brièveté, concession facile arrêtera tout. Céder devant une manifestation est une chose toujours fâcheuse. Voilà pourquoi M. le curé de Layrac qui est un excellent prêtre sous tous les rapports, pourrait mettre ordre à tout, en prenant de lui-même en apparence l’initiative d’une petite réforme qui deviendrait gracieuse à tous. Disons que méconnaissant mes démarches et vos avertissements, les paroissiens ne la regarderaient pas comme un impôt. Daignez...

[NDLR ‘’Singulière’’, qualificatif affectionné de M . Robert, procédé de lettre et d’écriture pour soutenir un de ses curés]

en marge : écrire au curé de Layrac le 25 décembre

 

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les paroissiens de Sayrac : réclamation d’une seconde messe

[Brouillon sans date, Archives Diocésaines – Sayrac]

 

 

Pétition des habitants de Sayrac afin d’obtenir une seconde messe

Monseigneur

Les soussignés, tous habitants sur la paroisse de Saïrac, ont l’honneur d’exposer à votre grandeur que leur église n’est pas centrale, par conséquent plus de la moitié des habitants ont à parcourir 4 à 6 km pour s’y rendre.

S‘il leur faut aller à une autre paroisse pour entendre la messe, la distance est beaucoup plus longue, et pour un grand nombre, elle est au moins double ; d’où il arrive que ceux qui vont à une première messe ailleurs, ne sont jamais de retour quand l’heure de paroisse est arrivée, ce qui occasionne un retard considérable et trop souvent fait manquer la messe.

Au reste, Mgr, une seule messe et à 10 h en été et à 10 h et demi en hiver, et on ne peut plus changer cette heure sans multiplier les difficultés. C’est un grand dérangement pour toutes les familles, non seulement pour celles qui sont loin, mais encore pour celles qui sont proches de l’Eglise. C’est surtout aux jours de grande fête qu’un certain nombre de personnes se prépareraient pour faire leur communion, mais on est arrêté pour cette raison que les travailleurs de terre ne peuvent rester à jeun jusqu’à midi. Il est même arrivé que quelques uns  voulant attendre jusqu’à cette messe, n’ont pu faire leur communion, ils ont même manqué la messe. D’autres pour éviter cet inconvénient vont faire leur communion ailleurs. Il résulte de là que les habitants de Saïrac semblent avoir abandonné la Sainte-Table parce que les uns  vont faire la communion ailleurs, et les autres, ne pouvant attendre, sont obligés de la demander avant la messe s’ils le peuvent.

Les soussignés sont heureux, Monseigneur, de pouvoir assurer qu’ils paieront les sommes que votre Grandeur fixera pour les honoraires de cette messe.

Les raisons exposées et les sacrifices que nous pouvons nous imposer, et l’intérêt  surtout que votre Grandeur porte  au Salut de nos âmes nous font espérer  que vous accueillerez favorablement notre demande. Dans cette attente, nous sommes...

 

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NOTE

Rituel diocèse de Toulouse 1825 publié par le cardinal de Clermont-Tonnerre

page 120 ce qu’on doit observer pour la messe de paroisse

 

" On observera dans toutes les églises, tant paroissiales que succursales, de dire la messe de paroisse, conformément à la règle prescrite ci-après, sans jamais s’en départir, à moins qu’on ne fut obligé d’administrer quelque sacrement dans le cas de nécessité, afin que les peuples ne soient point surpris et en danger de perdre la messe.
En conséquence dans les paroisses où il n’y a q’une messe , on la dira à 9 h depuis Pâques jusqu’à la Toussaint et 0 10 h depuis la Toussaint jusqu’à Pâques.
Dans celles où il y en a deux, on dira la première à 6 heures en été et à sept heures et demie en hiver ; la seconde qui est proprement la messe de paroisse se chantera à 9 h en été, et à 10 heures en hiver. On aura une attention particulière à garder l’intervalle qu’il doit y avoir entre les deux Messes, afin que ceux qui auront assisté à la première aient tout le temps nécessaire pour retourner chez eux, et mettre ainsi en état de se rendre à la seconde ceux qui étaient restés à la maison. Dans les paroisses où pour quelque raison légitime on serait obligé de suivre un usage différent, on s’adressera à nous pour régler ce qui conviendra.
On sonnera trois coups pour la messe paroissiale, avec une distance suffisante pur donner lieu au peuple de se rendre à l’Eglise. Le dernier étant sonné pendant un temps raisonnable.

On chantera les vêpres à deux ou trois heures selon l’usage des lieux, la circonstance du temps, et le besoin des Peuples, mais on les dira avant midi pendant le Carême, aux jours de jeûne seulement ".

 

 


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