la paroisse rurale avant la Révolution   



 

 

La paroisse rurale avant la révolution

décrite par le curé de Layrac 

 (Jean-Marie-Exupère Bacalerie) 

1888

 

L’église paroissiale

 

L’église ayant une destination moitié civile, moitié religieuse, elle réparée aux frais des habitants et des gros décimateurs, c’est à dire des personnes et corps constitués qui percevaient les grosses dîmes, ainsi a^pêlées parce qu’elles se levaient sur les principaux revenus du pays.

En général, cependant la nef était à la charge des habitants, le chœur à la charge des décimateurs.

 

La nef lieu ordinaire de la prière servait aussi pour les assemblées communales  (élections ; transactions) Quelquefois, elle servait de magasin, d’asile et de refuge protégeant les habitants, leur mobilier, leur bétail (cardinal de Joyeuse – Mgr de Montchal). Il y eut parfois des abus dans l’utilisation des églises.


Elle renferme quelques bancs d’honneur , celui des marguillers ou bncs d’œuvre ; celui du patron – c’est-à-dire celui qui l’a fondée, dotée ou bâtie ; du juge, du seigneur, des consuls ou syndics de la commune, des diverses confréries.

 

Le chœur, ou sanctuaire ou presbytère était exclusivement réservé à l’action cultuelle : aucun banc pour les laïques. Il devait être fermé à clef (barrière, balustre, jubé), la clef gardé par le curé. Il était interdit aux femmes d’ y pénétrer.

L’Eglise était quelquefois construite et réparée aux frais du seigneur  ou des patrons (cf supra), sous la surveillance de l’évêque. D’autres fois la chapelle seigneuriale servait d’église paroissiale.

 

L’église était aussi un lieu de sépulture : à part certaines personnes à qui leur qualité ou une possession légitime permettaient d’y être ensevelies, chacun moyennant certaines redevances, pouvait avoir un tombeau de famille dans quelqu’une de ses parties. A dater du XV°, la sépulture dans les églises n’était plus de droit commun.  Le évêques de Toulouse [1470-1530]  interdirent qu’on ensevelisse dans l’église sans leur permission, à moins qu’il s’agisse du curé de la paroisse ou de quelque personne de distinction. Mais plus tard vers 1670, il était reçu d’ensevelir dans les églises sans autres formalités. Mgr de Brienne [1763-1788], par une ordonnance qu’il fit appuyer par e Parlement, interdit absolument les sépultures dans les églises de son diocèse, et ordonna le tranfert des cimetières en dehors des villes, bourgs et villages.

 

Les cloches célèbrent les évènements de la communauté.
Dans plus d’un village, il y eut d’énergiques protestations, des émeutes lorsqu’en 1794, on voulut en faire des canons.

Pendant 4 jours, elle sonnaient le glas pour leurs parrains et marraines.

C’était un privilège des églises paroissiales d’avoir 3 ou au moins 2 cloches bien accordées. Les autres églises ou chapelles ne pouvaient n’en avoir qu’une.. La prescription de sonner l’angélus le soir est du 3° quart du XV° (la sonnerie du matin existait déjà, mais pas encore celle de midi). En 1632 est attestée la sonnerie du glas, pendant une heure, le soir de la Toussaint.

Un arrêt du Parlement de Paris du 21 mars 1665 décide que les cloches d’une paroisse ne pourront sonner que sur l’ordre et d’après le consentement du curé (contre la pression des seigneurs et les ordres que ceux-ci étaient tentés de donner aux curés).

 

La messe paroissiale constituait un devoir pour tout paroissien. Le prône assurait une fonction de communication (informations administratives et judiciaires)

[La Semaine Catholique de Toulouse, 1988, page 836-840]

 

 

Marguilliers  (matricularii)

 

Les marguilliers étaient élus au suffrage universel. Ils devaient payer un minimum de charge.  Recueillant les offrandes des fidèles (le bassin). Ces bassins furent réduits à la fin du XVI° à 4 : celui du Saint-Sacrement, de la Sainte Vierge, du Patron de la paroisse,  et du Purgatoire.

Les dons souvent en nature portaient le nom d’ offertes et de vœux

Les autres recettes venaient des rentes ou fondations…

 

Les marguilliers administrent les biens de l’église. Ils sont responsables des dépenses et des travaux à effectuer

 

La présentation et la distribution du pain bénit était aussi une fonction des marguilliers. Tous les paroissiens, à tour de rôle, offraient le pain

 

Comme récompense des soins qu’ils donnaient aux affaires temporelles de leur église, les marguilliers, qui remplissaient cette fonction ordinairent bénévolement, sans rétribution, jouissaient de quelques privilèges : ils avaient dans l’église au banc d’œuvre, une place distinguée, les premiers ils allaient à l’offrande et recevaient la pain bénit ; à la procession, ils marchaient après es officiers de justice ; ils présidaient les assemblées paroissiales et celles du bureau des pauvres. Ils portaient le dais au-dessus de l’évêque lorsque celui-ci visitait la paroisse.

 

La paroisse alors s’administrait de manière autonome sous le contrôle et la suprématie du curé.

[La Semaine Catholique de Toulouse, 1988, page 861-864]

 

Il pouvait être présenté à la nomination de l’Evêque par les patrons de l’église ou leur ayant droit. L’instiotution canonique appartient à l’évêque , collateur ordinaire de tous les bénéfices de son diocèse.

 

Le curé nommé prend solennellement possession de sa cure, assisté d’un notaire qui en dresse l’acte. S’il s’agit d’un bénéfice  n’obligeant pas à résidence, le titulaire envoie une procuration au curé qui en prend possession en son nom. IL fait qu’il ait un grade canonique pour les villes murées

 

Suivant le pays, il porte le nom de curé, celui de recteur (ritou), quelquefois celui plus modeste de chapelain (capela) ; son remplaçant est le vice-recteur ou vicaire. Quand sa cure est prieuré, on l’appelle prieur-curé ou plus simplement prieur (prieou).

 

Les prieurés-cures

 

Le prieur est le possesseur d’un prieuré Les prieurés n’étaient pour la plupart que de simples domaines acquis ou donnés aux abbayes. Lorsqu’une abbaye acquérait quelque domaine, elle envoyait, pour en surveiller l’exploitation et/ou prier sur les lieux pour les donateurs, quelques religieux sous la conduite d’un chef ou prieur (prior).

Ces religieux se construisaient pour eux et pour leurs familiers une simple chapelle. Il y faisaient le service divin (célébration des offices – messes, Liturgie des heures), et la domesticité y assistait les dimanches et les fêtes..
On permit au prieur d’administrer les sacrements à ceux qui demeuraient dans la ferme ou ‘’grange’’ (dénomination en usage chez lez Cisterciens). On étendit ensuite ce droit sur les familles qui s’établirent aux environs. On vit bientôt ces église prieurales devenir églises paroissiales  et les prieurs en devenir les curés.

Plus tard, les religieux se retirant dans leur abbaye (et es chanoines dans leur chapitre) ils demeurèrent  curés-primitifs et confièrent à un curé résident l’administration spirituelle de la paroisse qui s’était fondée autout de leur prieuré. C’est d’une certaine manière l’origine des prieurés-cures.

 

Depuis l’ordonnance de Villers-Coterets du er août 1539, le curé tenait les registres de baptême, de mariage et de décès ; officier ministériel, il put quelque temps, recevoir en présence de quelques témoins, les testaments de ses paroissiens. Le testament reçu, il en faisait le dépôt entre les mains d’un notaire. ?.

Il est aussi l’auxiliaire du pouvoir judiciaire… il veillait aussi à la salubrité publique

 

De concert avec les marguilliers et les syndics des communautés, les curés devaient veiller à l’entretien et clôture des cimetières, et parce que dans la plupart des églises on voyait le pavé rompu, à cause des sépultures, on n’en devait permettre aucune dans l’église sans que les héritiers n’aient mis en dépôt un bon gage,  jusqu’à ce qu’ils aient remis et accommodé le pavé du tombeau et qu’ils ne s’obligeassent  l’entretenir en bon état. Le tombeau ne devait être jamais plus haut que l’autel. Aucune sépulture ne pouvait se faire sans la présence du curé

 

Le curé a le droit d’assister aux assemblées de la communauté

 

Ils devaient  quelques honneurs aux seigneurs : l’encens et l’eau bénite par aspersion. Soumis aux seuls tribunaux ecclésiastiques, ils étaient ordinairement soustraits ainsi à la juridiction seigneuriale, qui leur aurait quelquefois fait payer cher leur fermeté et leur franc-parler.

On sait qu’il y eut quelque  relâchement au XVI° et une restauration de la discipline ecclésiastique au XVII°.

[La Semaine Catholique de Toulouse, 1988, page 885-888]

 

On appelle curé-primitif, tout ecclésiastique ou corps constitué ayant conservé et le titre et le revenu d’une cure, se faisait suppléer dans l’administration spirituelle de celle-ci moyennant certaines rétributions appelées portions congrues, par un curé résident, un vicaire perpétuel ou amovible. La cure devenait ainsi une commande au petit-pied.

[On sait la situation insatisfaisante de gros bénéficiaires et de pauvres curés assurant la tache ! Les règlements ecclésiastiques ou royaux essayèrent de moraliser et normaliser les pratiques en assurant un juste portion congrue. Sans trop de succès !].

 

Ces portions congrues, payées par les gros décimateurs ou curés primitifs en quatre quartiers, tous les 3 mois et par avance, étaient de 120 livres sous Charles IX (roi de 1560 à 1574), 300 sous Louis XIII, à 700 en 1786. Elles n’étaient dues qu’aux curés dont les revenus fixe n’étaient pas au-dessus de la somme de 300 livres

«  A l’égard des vicaires, dit Mgr de Brienne aux gros décimateurs en faveur du clergé congruiste, il est inutile de s’occuper du sort de ceux qui sont payés par les curés, ceux-ci étant dans l’usage de leur faire un sort convenable, soit qu’ils demeurent dans les annexes où ils reçoivent un honoraire proportionné à leur service, soit qu’ils demeurent avec les curés, qui dans ce cas leur donnent presque toujours 120 livres à 150, outre la table et logement ».

 

La dîme qui n’était nécessairement le plus onéreux des impôts, même s’il était mal vécu et assez impopulaire     n’était pas  toujours le 10° comme on le croit communément. Il était recueilli, non par le curé résident , mais par le curé primitif, ou gros décimateur

On distinguait

- les petites dîmes, celles des paroisses de 20 à 30 habitants (estimées à 60 livres environ),

- les moyennes correspondant  peu près à la portion congrue (200 à 300 livres),

- les grosses, dépassant le traitement du curé  (400 à 6000 livres).

 

Le casuel (dons à l’occasion des célébrations : baptême, mariage, sépulture) participe au revenu des curés  et vicaires là où leur traitement est difficile à assurer.. Ainsi, à Toulouse en 1677,  une ordonnance  épiscopale prescrit : les publications de mariage (30 sols), sans certificat (20 sols), fulmination d’un monitoire (15 sols), sépulture dans la paroisses (7sols  deniers), hors paroisse (17 sols 6 deniers).

 

Il y a aussi les cantages, commémorations solennelles des défunts, comprenant plusieurs prêtres. On les nomme aussi revits, remémoires.

 On payait par ailleurs 5 sols pour un extrait de baptême

Le casuel surtout dans les pays pauvres se payait surtout en nature. Pour les mariages, on offrait une paire de gélines (poules) ; pour les sépultures un meuble ou des vêtements

 

Le curé avait par ailleurs ses propres charges. Il devait payer les décimes au roi et les quartiers à l’évêque, quelquefois une rente à la fabrique. S’il est décimateur, il est chargé de quelques réparations à l’église, de l’instruction, de l’assistance publique. Il a de plus, les frais de recouvrement des dîmes.

Il faut un service et un cheval si la paroisse est étendue

 

La construction et l’entretien des maisons presbytérales étaient à la charge des curés lorsqu’ils avaient des revenus suffisants. Les vicaires perpétuels à portion congrue avaient droit de les faire réparer par les curés primitifs, et ls décimateurs y étaient obligés lorsque la cure n’avait pas de fond. Au XV° , changement : les synodes chargent les évêques de faire construire et de faire réparer les logements des curés aux dépens des paroisses. L’édit de Melun obligea es paroissiens à la construction des maisons curiales (presbytères). Y sont obligés aussi, les marguilliers. Il était attendu que le presbytère soit aussi proche de l’église que faire se pourra.. Logement simple, proche des maisons de paysans, avec une cuisine, une chambre, quelques décharges. IL portait le nom de caminade de clastre

Un arrêt du Parlement mit les réparations à la charge des curés et des vicaires (alors que la construction était à la charge des communautés)

 

Quelque curés, dans les paroisses, les plus populeuses ou plus richement dotées étaient aidés, indépendamment de leurs vicaires, par des ecclésiastiques qui portaient le nom de prêtres obituaires, consorcistes, purgatoriens, habitués, chapelains. Ces prêtres vivaient sous la surveillance et l’autorité des curés, qui eux-mêmes étaient sous celles des archiprêtres et vicaires forains( ce que sont les doyens). Dans ces paroisses privilégiées ils concourraient à donner au culte l’éclat et la splendeur que l’on connaissait dans les grandes paroisses.

[La Semaine Catholique de Toulouse, 1988, page 933-936]

 

 

La paroisse rurale dans l’ancienne France et  en particulier dans le toulousain [à partir des Mandements, ordonnances des archevêques de Toulouse [XV° et XVIII°] et autres sources : Conciles, jurisprudence des Parlements, édits, ordonnances et déclarations royaux.

Abbé Jean-Marie-Exupère Bacalerie, curé de Layrac 

article écrit alors qu’il était curfé Layrac dont il fut curé de 1882 à 1892. Il a exercé son ministère dans plusieurs paroisses du nord-toulousain [Fronton, Villeneuve-lès-Bouloc].

 


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