la Maison JOYEUSE   



 

 

La Maison Joyeuse

 

La fratrie ligueuse des Joyeuse

 

 

q       Anne de  Joyeuse était le fils aîné de Guillaume lieutenant général pour le roi  en Languedoc, et plus  tard maréchal de France. Ce jeune seigneur d’abord appelé le sieur d’Arques[1]. En sa faveur Henri III érigea la vicomte de Joyeuse en duché pairie, lui fit cadeau de la terre de Limours, le maria avec Marguerite de Vaudemont, sœur de la reine.. Amiral de France (à la place du duc  de Mayenne). Vaincu à Coutras le 20 octobre 1587, froidement et lâchement assassiné avec son jeune frère Claude après la bataille

q        le roi maria aussi son frère Henri comte du Bouchage à Catherine Nogaret de la Valette, sœur du duc d’Epernon

q       Scipion de Joyeuse est fait grand prieur du Languedoc. « ainsi finit ses jours Scipion de Joyeuse, dont les mœurs  étaient fort déréglées, si l’on doit s’en rapporter à des vers qui furent faits à son sujet après sa mort ». Hist Générale du Languedoc 460. (Hist capucins p 34). Proclamation solennelle par M. Montberault devant le clergé et par M. de Sallustre devant le conseil des la ville de Toulouse

q       François de Joyeuse reçut l’archevêché de Narbonne. Il passe ensuite à Toulouse, puis envoyé en qualité d’ambassadeur de France à Rome (âgé de 25 ans)

q       Georges  fut marié à Mlle de Moui, mourut à 17 ans avant que cette union soit consommée.

q   Claude, vicomte de Saint-Sauveur

 



[1] Arques était une baronie situé dans le comté de Rasez et dans le dsiocèse d’Alet. Elle était échue aux Joyeuse, avec nombre seigneuries voisines, par le mariage de Jean de Joyeuse, aïeul d’Anne, avec Françoise de Voisins, fille unique et héritière de Jean de Voisins, baron d’Arques.

 

 

                                                   cardinal François de Joyeuse

 

Histoire de famille

Qui est qui ?

Le frère Ange de Joyeuse (= Henri ) est le beau frère du duc d’Epernon

Jean-Louis de Nogaret de la Valette qui est beau-frère de Anne de Joyeuses puisque tous deux ont pour femme des sœurs de la reine. Ils sont aussi parednts de Henri de Navarre beau-frère et cousin du Roi Henri III.

2 mignons d’Henri III : Anne de Joyeuse et Epernon (sujets au service des amusements du roi).

 

 

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La mort de Scipion de Joyeuse

 

 La mort de Scipion de Joyeuse a lieu le 19 octobre 1592

 Le duc de Montmorency écrit au roi  le 25 octobre 1592

 Henri IV l’apprend le 7 novembre d’un courrier du sr de Thémines

           cf lettre au duc de Nevers

 

Lettre du Roi Henri  IV du 7 novembre 1592 au duc de Nevers

Mon cousin

Comme je commençais à m’endormir, on m’est venu réveiller d’une très bonne nouvelle, de quoi aussi soudain je vous ai voulu faire part. C’est un gentilhomme que m’en envoyé le sieur de Thémines qui m’ a apporté la défaite de M. de Joyeuse devant Villemur où il est mort ; 2000 hommes aussi de morts et 5 canons de pris et 26 enseignes. Je vous prie d’en faire chanter le te Deum et tirer le canon. Je voudrais tous les soirs être réveillé par d’aussi bonnes nouvelles en peine de ne dormir point. Bonsoir mon cousin. 

 

Le corps de l’infortuné duc de Joyeuse, reconnu grâce à un diamant qu’il avait au doigt, fut placé d’abord dans l’église de Villemur et ensuite mis en dépôt chez les Minimes de Toulouse. On le transféra dans le chœur de Saint-Etienne en 1598

« le 2° du mois de février 1598 – disent les registres paroissiaux de cette église – jour de mardi, les honneurs funèbres ont été faits en l’Eglise Saint Etienne, de feu Monseigneur Antoine-Scipion duc de Joyeuse, faisant office illustrissime et Révére,ndissime Cardinal duc de Joyeuse, archevêque de Toulouse portant le deuil. Au convoi, Mgr le maréchal de Joyeuse avec la noblesse et la cour [du Parlement], Messieurs les capitouls, Messieurs les Evêques présents, audit convoi étaient l’Evêque de Lodève, l’Evêque de Castres l’Evêque d’Aure, coadjuteur de l’Evêque de Lombez et prévôt de ladite Eglise ; aussi toutes les paroisses et couvents de Toulouse, depuis sa mort au siège de Villemur pour la Foi et la Religion chrétienne, catholique, apostolique et Romaine, après avoir pris plusieurs villes, défait nombre infini d’ennemis de la Foi etc… ».

Bulletin de la Société archéologique du Midi, 1903, p.282

 

Henri de Joyeuse (frère Ange)

 

 

P 38  Villemur étant à 4 lieus de Toulouse, la nouvelle de la mort et de la déroute du duc  Scipion de Joyeuse y fut rapportée dans peu d’heures, le même jour lundi 19 octobre 1592.

En ce même jour arrivaient les dignitaires et les membres du clergé convoqués pour le synode qui devait s’ouvrir le lendemain. La noblesse des environs et celle qui avait échappé au désastre accourut aussi, appelée à la métropole par un sentiment instinctif, qui surgit uniformément chez tous, sans aucune préalable.2insi se trouvèrent réunis tous ces braves gentilshommes qui, après leur pères, demeuraient  dévoués jusqu’à la mort à leur foi catholique, et depuis un ½ siècle collaboraient avec la maison de Joyeuse. C’étaient Clermont de Lodève, Montberault, Ciornusson, Chalabres, Ambres, Aunoux, Apchier, Hauterive, Moussolens, Cons, Aintraigues, Planerer, Cambiac, La Terrasse, Caravelles, Puiserguier, Fourquevaulx, Blagnac, et autres sortis sains et saufs de la déroute parce que la cavalerie qu’ils commandaient était malheureusement arrivé trop tard  sur le lieu du désastre.

Tous ces arrivants trouvèrent la population, les magistrats de la ville et ceux du Parlement en proie  à la même consternation qu’eux, et chose singulière, une pensée identique, née d’elle-même dans les esprits, les obsédait tous. C’était que la conduite de l’armée passa aux mains d’Henri de Joyeuse, précédemment comte du Bouchage, devenu le P. Ange capucin, actuellement présent au couvent de son ordre à Toulouse et sur le point d’effectuer son retour à celui d’Arles, en Provence dont il était supérieur.

Le lendemain mardi 20 octobre, le cardinal appela auprès e lui la noblesse. « Et là après avoir consulté des affaires plus pressées, on dépêcha de tous côtés apr toutes les bonnes villes et places du gouvernement, et principalement à celles qui pourraient plus aisément se laisser emporter à l’étonnement, pour les avertir de tout ce qui s’était passé et inviter de demeurer fermes en ce parti sous l’obéissance de leurs gouverneurs, jusqu’à ce qu’il eut plu à Dieu leur envoyer un agréable successeur audit sieur duc, et tenir l’œil ouvert à ce que l’ennemi n’entreprit, à la faveur de cette nouvelle occasion, duquel on s’assurait bien qu’il n’y oublierait rien pour l’employer toute et faire réussir à son avantage. Leur offrant cependant, ledit sieur cardinal, toute l’assistance qui pouvait se promettre de lui, et les priant de ne l’épargner en rien …

 

Pendant que tout ceci se passait, les seigneurs susnommés et autres gentilshommes  trouvaient un  grand nombre à Toulouse, prévoyant qu’il ne se pouvait maintenir sans un chef qui monta à cheval et les conduisit à la guerre, et qu’il n’y avait point d’entre eux à qui les autres voulussent déférer ce commandement, supplièrent ledit cardinal de se vouloir résoudre à cela, et que tant il en resterait de la maison de Joyeuse, ils n’en voulaient emprunter d’ailleurs, à la quelle ils reconnaissaient que tout le pays était obligé, après Dieu, de sa concervation. De quoi ledit seigneur les ayant fort remerciés, il les pria instamment de l’en excuser leur mettant en avant sa profession, qui contredisait du tout à cela, et l’inexpérience, pour n’ya voir jalais été nourri ; mais qu’ils s’assurassent   qu’en toute autre chose, il les servirait très volontiers, pour le désir qu’il avait de procurer l’avancement de cette cause. Alors tous d’une seule voix commencèrent à lui dire :

- il faut donc, Monsieur,, que vous nous donniez monsieur du Bouchage, votre frère qui est jeune et vaillant, et auquel ne peut servir l’excuse que vous nous avez maintenant proposée, n’étant point apprenti à notre métier. Nous vous assurons que s’il vous plait employer en ceci le crédit et autorité que vous avez sur lui, nous obtiendrons de lui ce dont nous vous supplions très humblement.

- Messieurs, ce que vous me proposez est bien de plus grande difficulté que je vois que vous ne le faites. Je connais mon frère si content et résolu  en la profession que Dieu lui a fait la grâce de choisir, que je ne pense pas qu’il soit en la puissance de tous les  humains du monde de l’en pourvoir divertir pour quelque chose que ce puisse être. C’est ce qui me fait vous  prier de me vouloir dispenser de lui faire cette harangue, ne voyant aucune apparence de vous pouvoir complaire en ceci.

Eux, au contraire, s’opiniâtrèrent davantage. De sorte que ledit sieur fut contraint leur promettre de s’y employer et lui en parler, comme il le fit ; mais il le trouva aussi éloigné de le vouloir faire, que ces messieurs-là étaient opiniâtres, à le demander, mais au contraire directement bandé contre leur désir, et jusque à supplier ledit sieur cardinal de ne lui en parler jamais…et plusieurs autres propos que je laisserai, de peur d’être trop long. Mais tout cela ne servit de guère car ces seigneurs commencèrent à presser plus fort que devant ledit sieur cardinal, et ne cessèrent de l’importuner  jusqu’à lui dire, enfin, qu’ils étaient résolus de ne se

départir point de leur entreprise qu’ils n’eussent ce qu’ils demandaient.

Quoi voyant ledit sieur cardinal, et même étant averti que ce bruit commençait à s’étendre parmi le peuple, désirant prévenir l’inconvénient qu’il en pourrait arriver, et connaissant très bien l’humeur de ce peuple pressa plus fort le sieur du Bouchage , lui représenta la grande nécessité des affaires, et le pria de lui dire de quelles considérations et scrupules il pouvait être retenu en sa conscience ; qu’il s’efforcerait, par l’avis des théologiens, de l’en éclaircir entièrement, ce qu’il fit le mercredi suivant[1]. »

 

Tout ceci dut se passer dans la première partie du mardi 20 octobre, et il paraît certain que le cardinal, au même instant, fut pressenti et supplié par d’autres ordres puisque toutes les réponses qu’il fit dans la suite de ce jour furent identiques, disant que pareille décision appartenait exclusivement au pape, mais que vu l’urgence de la situation, il consulterait les théologiens, puisque tous les ordres de la ville l’en priaient.
Ainsi fut-il répondu aux membres du synode, qui se réunirent au palais de l’archevêché à une heure de l’après-midi,  délibérèrent et portèrent la même demande à Son Eminence ; ainsi encore à la députation des capitouls, qui réunis à trois heures de l’après-midi, envoyèrent quatre des leurs lui porter les mêmes supplications.

Le lendemain 21 octobre, 19 professeurs de théologie et de droit canon de l’université de Toulouse furent convoqués à l’archevêché  sous la présidence de l’Evêque de Lodève. Tandis qu’ils étaient en séance, les membres du synode se présentèrent, et maître Jean Daffis, Prévôt et vicaire général, prit la parole, traitant avec clarté la question sous divers points de vue, et requérant au sujet du P. Ange de Joyeuse, une décisions conforme aux désirs du clergé « auxquelles réquisitions Mgr l’Evêque de Lodève, au nom de toute ladite congrégation, aurait répondu qu’ils étaient rassemblés à ces fins », et de part et d’autre acte fut donné de ce qui venait d’être dit.

Ensuite se présenta la noblesse, pour qui le comte de Montberault porta la parole avec une éloquence aussi touchante que remarquable, développant plus  spécialement les raisons et les motifs de la compétence des hommes de guerre » pour lesquelles considérations disent les actes inchangés, ledit sieur de Montberault, avec grandes acclamations de tout le reste de la noblesse, accompagnés de larmes, assuréz  témoins de leur zèle et ardeur, aurait prié ladite compagnie de vouloir promptement et présentement délibérer sur ledit fait. A quoi, pour toute ladite compagnie, Monsieur l’Evêque de Lodève aurait répondu que présentement ils délibèreront mûrement ».

Le conseil général de la ville se réunit en présence des capitouls, sous la présidence de Marie-Anne de Saluste, docteur ès droit, avocat à la cour, et chef du consistoire de la maison de ville, qui, après un long et éloquent discours, demanda l’avis de tous les membres. Cet avis fut unanime et conforme à celui de tous les autres ordres :

«  sur quoi lesdits sieurs capitouls, bourgeois et habitants se seraient acheminés vers la chambre des congrégations, où étaient assemblées lesdits sieurs docteurs théologiens et canonistes, auxquels ledit sieur de Saluste aurait fait entendre ce qu’il avait été arrêté audit conseil …priant la dite congrégation vouloir promptement délibérer sur ledit fait et en résoudre ce qu’ils trouveront, en leurs consciences être selon Dieu. Pour toute laquelle congrégation Mgr l’évêque de Lodève, y présidant, aurait répondu qu’ils étaient assemblés à cet effet, et rapporteraient à mondit seigneur le cardinal la résolution par eux prise, laquelle aussi ils leur ferait entendre au sortir de la congrégation ».

Le récit des autres évènements de cette mémorable journée nous est fournie en sa très grande partie par le P. Anselme de Cava, gardien du couvent des capucins

Nous en extrayons ce qui suit, en le traduisant du latin :

« Au nom de Dieu. Amen. L’an de l’incarnation du Seigneur 1592 et le jour 21° du mois d’octobre, l’illustrissime et Révérendissime Cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse, demanda, comme il avait fait d’autres fois,, que nous envoyions au palais archiépiscopal  deux religieux de notre couvent, à l’effet de leur demander conseil. Ce pourquoi, nous Anselme de Cava, gardien du monastère des frères capucins de Toulouse, nous y fîmes aller, munis de notre bénédiction, le frère Etienne d’Acqs et le frère François de Lyon ; A leur retour en présence de plusieurs des principaux religieux de notre maison, ils nous ont rapporté ceci :

‘’Une nombreuses réunion de docteurs en sainte  théologie et en saints canons, tant séculiers que réguliers, avaient été convoqués par l’illustrissime cardinal et s’était mise en séance sous la présidence deu Révérendissime Père l’évêque de Lodève ; Tout le clergé, toute la noblesse de la province, les magistrats de la cité et une incroyance affluence de citoyens, tous les ordres en un mot, étaient accourus avec zèle et ardeur autour de cette congrégation. Il fut très sérieusement et consciencieusement reconnu que, par la regrettable et inopinée mort de l’Illustrissime et Excellentissime duc de Joyeuse, pair et maréchal de France, gouverneur de cette province, et la blessure qui par elle était ouverte, les forces des catholiques s’y trouvaient abattues, le salut de la religion et celui du peuple en péril , et la Sainte Union des catholiques puissamment menacée de ruine, à te point que,  en telle nécessité  de guerre  et certitude de ruine inévitable, tant de la religion catholique que de cette province et des voisines, et surtout dee la ville de Toulouse, il n’est pas possible de venir en aide à cette religion ébranlée et à la chose publique en perdition, par autre moyen que si le révérendissime Père frère Ange de joyeuse, frère du défunt duc, qui a fait profession de l’ordre de Saint-François et de notre règle des capucins  , dépose l’habit monastique, se met à la tête de l’armée et de la noblesse, conduit la guerre et gouverne la province.

« Ceci bien établi et tout autre sujet de discussion rejeté,  le révérendissime évêque de Lodève a posé les questions suivantes aux vénérables et religieux personnages les docteurs en théologie et en saints canons :

-         le R.P. frère Ange peut-il en sûreté de conscience sortir du monastère, dépouiller l’habit monastique et prendre les armes pour la défense de la religion catholique  en péril ?

-          Peut-il, en sûreté de  conscience le refuser ?

-          Les supérieurs du couvent peuvent-ils refuser cela à tous les ordres de cette province et au salut du pays ?

La chose étant diligemment examinée, de nombreux exemples des temps anciens et du notre étant apportés, et puissantes et innombrables raisons pour et contre étant discutées, tous les sentiments se sont accordés sur ceci : que, étant donnée et certaine la nécessité présente, le frère Ange en cet état des choses et en présence de l’imminent et inévitable péril de la sainte religion, du pays et de la Sainte Union des catholiques, peut et doit sans aucun scrupule de conscience et sans hésitation, sans danger ou de péché ou crainte de violation de vœu, déposer l’habit monastique, prendre les armes et faire pour la religion catholique la plus juste des guerres. Que, s’il ne le fait pas, il pèche mortellement, abandonnant la défense de la religion catholique et de son prochain qu’il est obligé de prendre, et trahissant sa patrie. Que, en conséquence, le Gardien des capucins et l’Illustrissime cardinal archevêque de Toulouse doivent, à cet effet, munir le frère Ange  de leur bénédiction, et s’il refuse, user de la plénitude de leur pouvoir et de leur autorité pour le contraindre.. Que, du reste, le plutôt possible, , on écrive à N. S. P. le pape pour qu’il daigne accorder au frère Ange  les dispenses opportunes. Que tout retard augmentant le péril et ne pouvant que nuire, il faut que le frère Ange sorte du monastère, dépose l’habit monastique, se mette à la tête de l’armée et prenne soin de la défense publique à l’instant même.

Tels ont été les avis unanimement adoptés. Mais nos dits frères Etienne et François, bien que souvent sollicités, se sont entièrement abstenus d’émettre un sentiment ou un suffrage ; ce pourquoi, dans le désir de nous venir rapporter toute chose, à nous leur gardien, ils ont demandé la permission de se retirer, qui leur a été accordé par le Révérendissime évêque de Lodève

A peine avaient-ils terminé leur récit, qu’on nous annonçait l’arrivée au couvent de ce conseil de vénérables docteurs. Nous donnâmes l’ordre de les introduire en notre chambre, où nous étions retenus sur le grabat par une fièvre ancienne et grave. La sentence dudit conseil nous fut exposée, à nous et au R.P frère Ange, en présence de nos religieux, par l’estimable M. de Calmels, archidiacre-mage de l’Eglise métropolitaine de Toulouse et conseiller royal au parlement, les autres membres du conseil témoignant de sa vérité.

Un vaste murmure de voix, résonnant de toute part, nous donna lieu de comprendre que le clergé, la noblesse, les magistrats de la cité dits capitouls, les citoyens et une foule de peuple étaient là, en tel nombre, que les limites de notre monastère ne suffisaient pas à contenir pareille affluence. Ils venaient à nous avec un joyeux empressement, nous conjurant par d’instantes prières et des vœux très ardents, de leur donner frère Ange, unique salut, après Dieu, de la religion et de la patrie ébranlées et presque mourantes , sauvegarde et protection de la cité.

Immédiatement, nouds réunîmes nos frères en conseil, et après avoir d’abord imploré la grâce du Saint-Esprit , la chose mûrement et diligemment étudiée et délibérée, nous conclûmes unanimement à cet avis : ‘’ par les constantes et concordantes affirmations de tous les ordres, il conste suffisamment et de pleine foi, que la religion, la province, et surtout cette ville sont menacées d’une ruine imminente ; que, après Dieu, leur unique espoir de salut consiste en ce que le frère Ange, déposant immédiatement l’habit monastique, prenne les fonctions de  général et de gouverneur. Il conste encore que, du sentiment commun  des susdits docteurs en théologie et en saints canons, il n’encourra aucune tache de péché en le faisant ; bien plus, que, en s’y refusant, il se rendrait coupable d’un grand crime. Ce pourquoi, et autant que notre autorité le comporte, nous devions lui accorder notre bénédiction, sauf le bon plaisir des révérends Pères, nos supérieurs, et du Souverain Pontife. Ce que nous avons fait immédiatement au nom du Père, et du Fils  et du Saint Esprit’’.

Ayant reçu notre bénédiction avec humilité, et profonde révérence, ils s’est déclaré fils d’obéissance, près à quitter sur notre ordre ce très désirable et très doux port de vie tranquille et bienheureuse ; à se jeter de nouveau sur le tempétueux et périlleux océan du monde  ; à y déployer ses voiles et à faire volontiers, si cela était nécessaire, le sacrifice de son sang et de sa vie pour l’honneur et la gloire de Dieu et la défense de la religion catholique.

Ayant donc ensuite congédié tous les ordres, après avoir satisfait à leurs vœux, nous avons anvoyé à l’illustrissime et révérendissime cardinal archevêque de Toulouse, le R.P. Ange de Joyeuse pour qu’il prit la fonction de gouverneur, et suivant l’habitude, nous l’avons fait accompagner par un des notres que bientôt, après deux de nos religieux sont allés chercher et ramener. A son retout, il nous a raconté que pendant le trajet le frère Ange était entouyré d’une innombrable multitude de citoyens de tout âge, sexe, et ordre, qui l’accueillaient avec des acclamations pleines de joie et d’heureux augure, et parfois le saluaient à haute vois du titre de duc[2].

Tout ceci étant fait, nous et noq frères en avons rendu à Dieu de souveraines actions de grâces, le priant, comme aussi tous les saints et spécialement le bienheureux françois, et formamnt des vœux pour le maintien de la religion, pour celui de la Sainte Union des Catholiques, pour le salut de la province, pour les pieuses intentions, entreprises et luttes dudit frère Ange, afin que Dieu très bon et très grand, lui demeurant favorable et propice, lui accorda^t en toute chose un heureux et fortuné succès. Et nous souhaitons que, dn toute l’étendue du monde chrétien, nos frères et tous les fidèles implorent de Dieu les mêmes biens par les plus ferventes prières.

Par la suite, au moyen de dépêches longuement développées, nous avons exposé tout ce qui venait de se passer au R.P. commissaire, alors résidant à Carcassonne[3], et à notre révérendissime Général, afin qu’ils eussent à interposer leur autorité suivant qu’ils trouveraient la chose bien faite. Et le jour suivant, nous envoyâmes au R.P. Commissaire, le susdit fr François. Par des lettres qu’il écrivit au R.P. Ange et qui lui furent remises le 27du même mois, alors que déjà le Parlement l’avait créé gouverneur, le P. Commissaire reconnaissait avec joie que tout avait été fait par le Seigneur et le confirmait dans sa solennelle bénédiction. Nous reçûmes d lui des lettres écrites dans le même sens .

Enfin, toutes ces choses, nous avons cru devoir les mettre par écrit, les signer de notre main, les faire signer par nos frères, et munir de notre sceau. Et de cet écrit, nous avons déposé un exemplaire aux mains de l’illustrissime et révérendissime cardinal et archevêque, les jours et ans que dessus.

Moi fr Anselme, gardien comme dessus

Fr Etienne, comme dessus

Fr. Simon de Rodez

Fr Illuminé de Cittaducale

 

*****

Jusqu’ici on n’a point vu la Parlement intervenir. Le cardinal de Joyeuse dans son procès-verbal, en donne la raison en ce qu’il ne siégeait jamais le mardi. Mais le mercredi 22, les 5 chambres réunies, il déclara le P. Ange gouverneur du Languedoc et députa vers lui à l’archevêché deux de ses conseillers MM. François de Gargas et Philippe Bertier, pour lui remettre ampliation de l’arrêt . « sur l’heure de midi ces messieurs vinrent jusque dans ma chambre où j’étais retenu par une indisposition, dit le cardinal ; là, au nom du Parlement, ils lui parlèrent avec les termes les plus honorables, lui annoncèrent sa nomination à la fonction de gouverneur de tout le Languedoc et, au nom du salut de la religion et de la patrie, le conjurèrent de na pas la refuser. Il réppondit qu’il priait Dieu par sa bonté de lui fournir le moyen de satisfaire les espérances que tous les ordres et surtout la cour de Parlement avaient formées à son sujet : il promit qu’il emploierait volontiers  à tous les travaux exigés par la gloire de Dieu, le salut de la religion et de la province, sa vie déjà vouée et consacrée au Seigneur : il les remercia des éloges de sa personne que la Parlement avait cru devoir faire dans l’arrêt qui le concernait et déclara s’en reconnaître indigne. »

 

Ce fut sans doute[4] après cela qu’eut lieu la cérémonie, où dans la cathédrale , il reprit l’épée, car le parlement y assista en corps. Ce fait est réconté par les historiens de diverses manières : cela suffit pour que l’une condamne l’autre comme fausse ou du moins incertaine. La version qui nous plait le plus n’est pas longue et a l’avantage d’émaner de la sincérité de nos anciens Pères[5].

« Il se vêtit de deuil à cause de la mort de son frère, dit notre P. Gabriel de Saint-Nazaire. Il fut conduit à l’église Saint-Etienne, où le cardinal lui ceignit l’épée en présence du Parlement et de toute la noblesse[6] ».

 

Un auteur déjà cité[7] dit tout simplement : « le lendemain jeudi (i.e. le 22 octobre) le dit sieur du Bouchage laissa son habit et fut à la messe vêtu de noir en deuil ».

Le P. Ange n’omit aucun de ses devoirs vis-à-vis de ses précédents supérieurs. Le 1er novembre, par une belle lettre en langue italienne, il annonça ce qui s’était passé au provincial de Provence, duquel il dépendait. Le 11 novembre, il dressa sa supplique au pape, encore en langue italienne, et la joignit à celle du clergé, de la noblesse et des capitouls, qui furent envoyés à Rome et confiées  à Guillaume Maran, célèbre  jurisconsulte et professeur de droit pendant une quarantaine d’années à l’université de Toulouse. Malheureusement, son voyage fut interrompu par une captivité de huit mois dans les Etats barbaresques, dont il ne fût délivré que grâce à une rançon  de 2000 livres. Au fond ce retard nous semble n’avoir point nui  à la régularisation, du moins moralement entendue, la régularisation officielle n’en eut pas été plus accélérée, car la cour de Rome n’est jamais allée vite en matière d’aussi grave conséquence. Mais nous estimons que le pape ne put point apprendre la mort du duc Scipion sans apprendre l’élection et le changement d’état du P. Ange, qui suivit pour ainsi cdire sans intervalle. De cette sorte, bien qu’il y garde le silence  sur ce second point, il semble que son bref de condoléance  du 15 novembre,soit en faveur du cardinal, du Père Ange et de la Ligue toulousaine, la preuve implicite d’un agrément bien arrêté dans l’esprit du Souverain Pontife. Et el contraire est impossible, car le Général de l’Ordre fut instruit de toute chose, et dés lors il eut pour devoir rigoureux de rappeler le Père Ange au couvent, si une autorité supérieure, celle du pape, ne l’en eut empêché.

Que cela ait eu lieu, et que les relations les plus bienveillantes de la cour de Rome ait honoré en toutes ces circonstances le P. Ange, c’est un fait de la plus absolue certitude, puisque, huit mois après sa sortie, ce digne religieux écrivait à Pierre Aldobrandini, cardinal-neveu : « par le secrétaire du seigneur cardinal mon frère et la lettre que votre illustrissime seigneurie  a daigné m’écrire, j’ai appris jusqu’à quel point votre bonté s’est montrée pleine d’affection  pour moi. Ce dont non seulement je lui en ai une obligation en quelque sorte infinie, mais je me sens impuissant à trouver des expressions pour vous remercier des faveurs et des grâces que vous daignez me faire ».

 

Sources : Histoire des capucins par le P. Apolinaire de Valence, Toulouse, Privat 1897, 2 tomes

Accord de Toulouse chrétienne donné par C. Douai.  – tome 2, Pages 40-55



[1] Réponses à une lettre envoyée à paris après la prise des armes par M. du Bouchage  - fiant viae illorum tenebrae et lubricum, et Angelus Domini persequens eos. (A Paris chez Robert Nivelle, rue St Jacques, aux cigognes, et Rolin Thierry, rue St Jacques au lys blanc, imprimeur de la Ste Union, 1592).

[2] Le Père Gabriel de Saint-nazaire ajoute quelques détails. « D’abord en se voyant obligé de quitter le couvent, le P. Ange fondit en larmes ; ensuite, il protesta de son entière liberté de reprendre son habit en 3 cas : 1° si dans trois mois, le pape et ses supérieurs n’avaient pas autorisé publiquement sa sortie ; 2° si le roi de Navarre abjurait l’hérésie et recevait l’absolution du pape ; 3° si la paix étant faite,son dévouement devenait inutile à la religion et à l’Etat. On accepta toutes ses protestations et toutes les autres qu’il fit, et les théologiens se chargèrent d’en écfrire leur résolution au Saint-Père, au P. commissaire et au Général de l’Ordre, ce qu’ils firent ». Chacun peut imaginet quelle scène grandiose fut celle de tout un peuple faisant escorte avec acclamation de joie à un pauvre religieux en larmes !

[3] Le P. Provincial, Grégoire de La Badia, n’était pas encore revenu d’Italie où il  s’était précédemment rendu pour le chapitre général. Pendant son absence, il avait commis le gouvernement de mla Province au P. Emmanuel de Turin

[4] NDLR : nous notons ce ‘’ sans doute ‘’…

[5] NDLR : on relèvera avec intérêt le discours sur la méthode (historique)

[6] Observons ici la bévue de l’abbé Salvan dans on Histoire générale de l’Histoire Générale de l’Eglise de Toulouse, tome IV page 203. Il commence son récit de la cérémonie par les mots ‘’ce vieillard’’ en parlant du père Ange, qui, né en 1563, pouvait avait tout au plus 29 ans sonnés. «  ce vieillard, cédant enfin aux sollicitations , quitta l’habit de son ordre,  se revêtit du costume de chevalier, reprit de grand  cordon de l’eordre du Saint-Esprit et se dirigea, au milieu des acclamations du peuple, vefrs la cathédrale. Arrivé devqant l’autel principal, il se prosterna sur les degrés ; puis saisissant d’une main ferme une épée nue, il la leva ssez haut et dit qu’il ne la prenait que pour le soutien de la plus sainte des causes ». Toute ceci jure contre la réalité des faits et contre le caractère doux et modeste du Père Ange. C’est emprunté à nos amis les bénédictins, à laquelle l’abbé Salvan n’a pas ajouté des découvertes  historiques capables d’honorer un chercheur patient, persévérant et consciencieux [NDLR le règlement de comptes n’échappera à personne…]. Ces mêmes amis ont encore là-dessus une très aimable ligne : « il… se sécularisa entièrement, sans attendre la dispense du Pape. (Hist.gen. du Languedoc, t V, p. 461). Nous en verrons bien d’autres.

[7] Réponse à une lettre, etc…

 

 

Scipion et Henri (frère Ange)

 de Joyeuse

 

Histoire ecclésiastique pour servir de continuation à celle de M. l’abbé Fleury depuis l’an 1573  jusqu’à l’an 1595 inclus, tome 24. Nîmes –1780 - Page 539

 

Tout semblait conspirer à faire perdre à la ligue son autorité : le duc de Joyeuse, qui était à la tête du parti dans le Languedoc et la Guyenne, avait mis le siège devant Villemur : place forte assez près de Montauban, dans le dessein de ravager tout le pays aussitôt qu’il l’aurait prise et d’aller ensuite à Montauban, dont les calvinistes depuis plusieurs années faisaient place d’armes.

 

Mais le duc d’Epernon étaoit au secours de Villemur. Joyeuse qui se sentait trop faible leva le siège et se retira  dans les places de son parti, en attendant qu’il put assiéger de nouveau cette place, après la retraite d’Epernon.

En effet, il voient en former une seconde fois le siège, qui lui fut encore plus funeste que le premier, car après avoir soutenu avec beaucoup de vigueur l’attaque des royalistes, qui étaient venus le forcer dans son camp, ce général fut emporté par son cheval dans la rivière où il se noya.

 

Il se nommait Antoine Scipion, et il était chevalier de Malte et grand prieur de Toulouse. Des 2 frères qui lui restaient l’un était François de Joyeuse, cardinal, archevêque de Toulouse, puis de Rouen. L’autre était Henri, comte de Bouchage qui en 1584 s’était fait capucin, 26 jours après la mort de sa femme et avait fait profession sous le nom de père Ange.

[Sources : de Thou  l. 203 ; d’Avila l. 13]

 

***

 

Mais les toulousains, ayant choisi le cardinal de Joyeuse pour être leur gouverneur et celui-ci ayant refusé cette place, les Seigneurs attachés à sa Maison l’engagèrent à demander une dispense des voeux de son frère dans le dessein de lui faire prendre la conduite de l’armée.

 

Le père Ange, informé de cette résolution s’y opposa et représenta qu’il ne lui était pas permis de quitter l’état dans lequel  il avait fait profession. On loua son zèle ; mais les Evêques et les théologiens  que l’on assembla, décidèrent qu’il pouvait non seulement quitter le cloître et l’habit de capucin pour commander l’armée, mais même qu’il y était obligé sur (sic) peine de péché mortel, parce qu’il s’agissait de la défense de la religion.

 

Ainsi par le crédit du cardinal de Joyeuse son frère, il obtint du pape les dispenses demandées, et aussitôt les principaux de la noblesse du Languedoc, s’étant rendus en foule au couvent des capucins, l’obligèrent à venir avec eux  au palais épiscopal où logeait le cardinal. Là, on lui fit quitter l’habit de capucin et prendre un habit de deuil pour la mort de son frère et il assista ainsi à la messe en présence de tout le peuple, qui applaudit beaucoup à cette métamorphose.

On députa vers lui pour le prier de venir au Parlement, où s’étant rendu, on l’engagea à partager le gouvernement avec le cardinal, qui se chargea des affaires de la ville, pendant que le père Ange, devenu de nouveau le comte de Bouchage, se mit à la tête des troupes pour soutenir le parti de la ligue sous prétexte de conserver la religion catholique dans cette province, dont il eut ensuite le gouvernement et il fut  un des plus zélés partisans de la prétendue Sainte-Union.

[Sources : de Thou  l. 203 ; vie du père Ange par M. Descaillères]

 

                     

                  


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