la guerre des cent ans   



 

    

La guerre de cent ans entre Tarn et Tescou

 

 

Tout comme le temps des cathares, le temps de la guerre de cent ans focalise  une approche mythique, par des récits se donnant pour fonction d’écrire l’histoire. Ainsi voit-on les anglais  combattre, occuper  les villages, bâtir…On désigne telle tour "tour des anglais", telle construction faite par lean anglais.

Jean Lartigaut, éminent spécialiste de l’histoire médiévale du Quercy n’ pas manqué de relever cet état de fait et de le commenter (né à Montauban en 1925, + à Cahors en 2004).

 

 

LES ANGLAIS - [L'Historien et les traditions locales] - texte de  Jean Lartigaut

 

La tradition les voit partout, ces goddams, ces rouquins débarqués de leur île lointaine. Ils passent même pour avoir été des bâtisseurs durant la période d'" occupation ". Ils vont jusqu'à imposer un style, une ornementation particulière, à Figeac  et à Martel comme s'ils " s'installaient " pour toujours. Ce que nous montrent les sources est bien différent. La guerre de Cent Ans est un conflit interminable durant lequel les actions de guerre alternent avec les trêves, générales ou locales. Deux camps sont en présence : ceux qui tiennent le parti du roi de France et ceux qui tiennent le parti du roi d'Angleterre. On a pris l'habitude de parler de compagnies, de sociétés anglo-gasconnes. A vrai dire, on dénombre fort peu d'insulaires ayant séjourné et combattu en Quercy : une trentaine au plus. Les hommes d'armes du camp anglais sont le plus souvent Bordelais, Gascons, quelquefois Béarnais, Navarrais, Agenais, Périgourdins ou même Quercinois. Il y avait surtout dans le camp français des nobles du pays, des voisins rouergats, quelques Ecossais peut-être, et même des " Italiens "[…]. On peut affirmer que ces combattants ignoraient les uns, le français et les autres l'anglais mais parlaient presque tous des dialectes de la langue d'oc. Cependant les paysans qualifiaient parfois leurs prédateurs de " Bretons et autres Anglais ".

 

Retournons en Quercy pour nous inquiéter des " châteaux des Anglais ", appellation sans doute savante ou populaire selon les cas, il est bien difficile d'en décider.

Cette expression désigne les ouvrages plaqués contre une falaise, surtout dans les vallées du Lot et du Celé, et utilisant des grottes ayant connu une occupation intermittente depuis la préhistoire. On peut attribuer à la période médiévale ces organisations défensives parfois sommaires : un simple mur barrant le porche, par exemple au " défilé des Anglais " de Bouziès. Plus rarement, on rencontre des dispositifs fort complexes, cette fois d'origine seigneuriale. Il s'agit, en effet, de roques qui pourraient remonter en partie au XIIè siècle…

 

 Ainsi ces " châteaux des Anglais " sont bien antérieurs à la guerre de Cent Ans et l'on discerne mal l'origine de cette appellation. Sans doute, les compagnies de ce parti ont pu, à défaut de quelque " gros lieu " se contenter momentanément de tels refuges et même s'y retrancher lorsqu'elles avaient le dessous mais les anciennes forteresses devenues obsolètes dans l'organisation seigneuriale du bas Moyen Age servirent surtout de retraites aux indigènes, aux paysans des villages ouverts d'en bas tentant d'échapper aux routiers.

 

 

 

Les "anglais" ?

 

 

Dans les provinces proches de l’Aquitaine anglaise, comme le Quercy, les habitants furent quotidiennement confrontés aux compagnies de routiers qui agissaient sous l’ombre du roi d’Angleterre

les habitants furent quotidiennement confrontés aux compagnies de routiers qui agissaient sous l’ombre du roi d’Angleterre. Forte de 50 à 80 hommes chacune, elles se fortifièrent ici et là, dans des châteaux, des églises ou des villages fortifiés et soumirent la région à une pression militaire constante… Face à elles, le rôle défensif que tinrent les centres urbains fut primordial.
Une ville ou un bourg, c’était quelques centaines ou milliers de citadins, un espace de vie et des activités économiques débordant largement le périmètre bâti à protéger : la défense à mettre en œuvre était complexe et, sur le long terme, ne pouvait se faire avec les seuls moyens militaires. Cette tâche délicate revint aux consulats, ces municipalités bourgeoises qui avaient en main les rênes de leurs communautés : ils ne négligèrent aucun domaine, de la fortification à l’armement, en passant par la défense économique et la résolution des problèmes sociaux et sanitaires.

 

Nicolas Savy, Les villes du Quercy en guerre  La défense des villes et des bourgs du Haut-Quercy pendant la guerre de Cent Ans

 

 

 

 

Ces grandes compagnies  se livraient à des expéditions fréquentes accompagnées de toutes sortes d’exactions en pays toulousain.

Il s’agit de mercenaires, brigands autant que soldats s’organisant en compagnies ou « routes », sous la conduite d’un chef.  Ils agissent pour leur propre compte, plus ou moins encouragés par les deux partis en présence, et prêts, par la suite, à se vendre au plus offrant. L’appellation générale « d’Anglès »,  la plus fréquemment employée ne doit pas faire illusion: il s’agit –non de gens venus d’outre-manche, mais de soudards travaillant pour le compte d’Edouard III, des gascons en particuliers. Leurs capitaines sont souvent des cadets ou des bâtards, appartenant à des grandes familles du Sud-Ouest, la guerre leur apparaissant comme l’occasion unique de faire  fortune , voire de se tailler quelque seigneurie.

Ils commandent à des bandes généralement peu nombreuses. Leur installation à demeure dans des repaires, utilisés comme bases de départ ou de repli est infiniment préjudiciable pour les populations civiles.

Les routiers pouvaient rayonner fort loin de leurs repaires.

Les hommes des compagnies pillent et rayonnent un pillage systématique. Il y a aussi les rançons qui peuvent porter à la fois sur les animaux et sur les hommes enlevés par les brigands.

Jean-Claude Fau, in Histoire de Montauban, Privat, 1992 – une ville déchirée par les guerres, p. 79-81.

 

 

Bref explicatif de Nicolas Savy :

Le terme de routier vient de l'ancien français "rout", « rompu » et désigne, à partir du XIIe siècle, une fraction de troupe, une bande ; les routiers qui la composent deviennent rapidement synonymes de mercenaires et, dès les années 1350, de soldats incontrôlés et pillards.

Les Compagnies se mettent à foisonner après la signature du traité de Brétigny en mai 1360, lorsque le roi d'Angleterre, Édouard III, impose aux Français une paix humiliante. Celle-ci n'apporte pas la quiétude tant attendue dans toutes les campagnes, bien au contraire. Car les gens d'armes, une fois libérés de leur charge militaire, refusent de se disperser et de revenir à la vie civile. En effet, le retour dans leurs terres natales ne leur apporterait rien, et ces hommes, habitués à un mode de vie libre et aventureux, préfèrent continuer la guerre pour leur compte. Ne respectant rien, ils pillent et rançonnent les pays qu'ils traversent, qu'ils soient sous juridiction française ou anglaise. Dès lors, les souverains doivent affronter ce nouveau fléau.

Ces compagnies s'avèrent assez hétérogènes dans leur composition. La plupart de leurs membres sont issus de milieux très humbles, déracinés par la misère et la guerre [mais certains ont une noble origine].

Les compagnies de routiers en Haut-Quercy

Les éléments fondamentaux du conflit franco-anglais, tel qu'il se déroula dans cette zone périphérique aux grands théâtres d'opérations que constituait le Haut-Quercy, ne changèrent quasiment pas du début à la fin de la guerre, malgré une situation politique changeante sur un plan plus général.
On sait peu de choses de ces compagnies, ou « routes » qui, suivant l'histoire locale élaborée aux XVIIIème et XIXème siècle, pillèrent et dévastèrent le pays durant une centaine d'années avec le profit pour seul objectif.
Kenneth Fowler a étudié les compagnies mercenaires qui ont participé à la campagne d'Espagne en 1365-67 ;
il a notamment démontré qu'il ne s'agissait pas de regroupements anarchiques et difficilement commandables.

Effectifs :

Si l'on en croit la plupart des documents, les détachements recrutés par le roi d'Angleterre pour la garde de ses possessions continentales avaient en général un effectif inférieur à une cinquantaine d'hommes.

Ainsi  une [compagnie pouvait être forte de quarante hommes et une] autre d'une trentaine ... Si la majeure partie de ces compagnies étaient ainsi constituées d'effectifs modestes, certaine en revanche comprenaient parfois jusqu'à 160 hommes.

Les documents Quercynois suggèrent eux-aussi des troupes généralement peu nombreuses : on trouve ainsi des mentions de petits détachements, comme une douzaine d'hommes d'armes ici, ou huit sergents d'armes là, mais aussi de troupes plus importantes qui, sans être pléthoriques, pouvaient atteindre plus de 80 hommes.

Les lieux où s'installèrent habituellement ces compagnies étaient soit des châteaux, soit des localités. Leurs effectifs ne leur permettaient pas de s'attaquer avec succès à des bourg ou villes puissamment fortifiés.
 Cf  « Les villes du Quercy en guerre ».  

 

 

Les compagnies anglo-gasconnes opérant en Quercy n’exécutèrent pratiquement jamais d’attaques frontales sur des lieux fortifiés, leur mode d’action favori étant le coup de main brutal, soudain et rapide sur une portion de défense affaiblie.

 

 

Villemur et les anglais

 

Dans l’Histoire annotée du Languedoc, tome VII, p. 261, on a écrit :

Indépendamment de toutes les localités situées à gauche du Tescou et du Tarn, dans la sénéchaussée de Toulouse, et qui par conséquent, étaient françaises, et françaises dévouées, les villes de Bruniquel, Monclar, Puylaroque, Caussade, Négrepelisse, etc… toutes situées dans la Sénéchaussée du Quercy, à peu de distance de Montauban, reconnaissaient la souveraineté du roi de France, et avaient même reçu garnison française

 

Arnaud de la Voie, chevalier prend une part active aux guerres contre les anglais ; ses services lui valent l’érection en vicomté de la baronnie de Villemur[1].Avec Marquès de Cardaillac il est préposé  à la défense des frontières du Quercy et du Rouergue.

 

La place de Villemur est prise et occupée par les routiers commandés par Rodrigo de Villandraut, comte de Ribadéo, et par son beau-frère, Gui, batard de Bourbon., qui se sont emparés de plusieurs lieux des environs de Toulouse vers 1438-39 et étendent leurs déprédations dans toute la sénéchaussée. La ville n’est dégagée qu’au prix d’une transaction financière  avec les deux chefs routiers.

 

Le traité de Brétigny ayant cédé au roi d’Angleterre le Quercy, l’occupation anglaise n’a en principe pas touché la région de Villemur. La tradition l’écrit : la place de Villemur possède l’honneur de n’avoir jamais été prise, notamment par les Anglais. Ceux-ci se trouvant en bordure du Quercy.  On notera cependant qu’un maire de Villemur,  indique des dégâts subis par Villemur du fait de leur passage. Jean Baptiste Subsol, dans un discours, le 28 août 1788 ne dit-il pas comme explication au peu d’archives municipales existantes ;  « cette ville fut quelque temps au pouvoir des anglais, Dans leur retraite, ils emportèrent les actes les plus précieux ». On pourrait penser à quelque phantasme, nourri par les  légendes. Il ajoute «  ce n’est pas sur une simple tradition que nous relatons ces faits. Ce détail que nous avons présenté est soutenu par le répertoire qu’on a donné des actes et titres déposés à la Tour de Londres, dans lequel on voit en note, des privilèges de cette ville[2] »

L’histoire raconte que la ville n’a jamais cédé, y compris aux Anglais lors de la guerre de cent ans.

 

[1] Amédée Sevène, op.cit., p. 18

[2] « pour exécuter les ordres de sa Majesté, nous avons visité exactement les archives de cette ville, mais malheureusement ayant été dégradées en plusieurs occasions, ces archives se trouvent réduites à très peu de titres et documents anciens ». Il énumère Villemur au pouvoir des anglais, et le siège de Villemur

 

 

 

Les Anglais pénétrèrent encore dans la sénéchaussée de Toulouse, où ils commirent des désordres affreux, pillèrent ou ravagèrent la campagne environnante.

                                                                                                                                                                 

[40] Les hostilités menées par les anglais contre la France reprennent en 1345 : Henri de Lancaster, comte de Derby attaque en juillet 1345 dans le Périgord . Ces hostilités marquent le début de la guerre dans nos régions

 

Les armées anglaises « ces anglais qui parlent Gascons » (G Passerat) sont plus exactement des hommes d’armes qui sont à la solde du roi d’Angleterre. Elle sont formées en compagnies régulières et de bandes incontrôlées confuses et tourbillonnantes à partir de points forts les plus divers : cavernes dans les falaises, tours abandonnées, châteaux enlevés. La famille de Villemur participa avec d’autres grandes familles du Quercy à la guerre de reconquête à partir de 1368. La victoire de Castillon en 1453 marqua la fin de la guerre de cent ans .

 

Des bandes d’aventuriers  de toutes nationalités, regroupés en grandes compagnies  faisant occasionnellement  partie du camp anglais ou français, passaient le plus clair de leur temps, soit pour leur maître, soit pour leur propre compte , à piller et incendier les villages ou tuer les habitants et rançonner les voyageurs sur les routes.

 

La vicomté de Villemur et les communautés qui la composaient paraissent avoir été assez épargnées [41] de ces pillages et de ces destructions, en raison peut-être de la grade activité déployée par les anglais contre leurs seigneurs de la maison de la Voie

Durant la période d’incertitude qui suivit la mort de son vicomte Jean de Foix, Villemur fut prise part la compagnie de Villendraut en 1439 et fut libérée quelques mois plus tard contre une rançon de 3000 écus d’or aux dépens de la ville et de la sénéchaussée de Toulouse.

 

Nord toulousain et Montalbanais

 

La guerre commence en 1337

La guerre se rapproche et, dans l’été 1345, la « chevauchée » d’Henrti de Lancastre, comte de Derby, marque brutalement le début des hostilités en bas Quercy avec la prise de Mirabel, ouis de Réalville.

Les Anglais poursuivent la conquête systématique des places foàrtes de la région de Montauban

En 1352, ils prennent Lafrançaise. De là, ils marcheront sur Saint-Antonin, porte de l’Albigeois. Les troupes restées à Lafrançaise harcèlent Montauban.
En 1355, le Prince Edouard, prince de galles, sème la désolation  à travers le Languedoc jusqu’à Narbonne, mais épargne le Montalbanais qui est sans cesse parcouru par les bandes anglaises

Avec le traité de Brétigny le Quercy vient agrandir la Guyenne anglaise. Les terres comprises entre le Tarn et la Garonne Les vallées du Tarn et de la Moyenne-Garonne revêtent une importance stratégique, disputées entre les deux camps.

Edouard III confie ses possessions du Sud-Ouest au prince Noir

Défaite du Sénéchal de Toulouse à Lavilledieu, laissant désormais le champ libre aux compagnies entre Garonne et Tarn, surtout après 1369

En 1438, les hommes de la compagnie  de Rodrigue de Villandro prennent leurs quartiers da,ns les villages de Saint-Projet, puis dans celui d’Arnac. Nous avons vu son intervention sur Villemur en avril-juin 1439.

Le duc d’Anjou chasse les présences  anglaises : Négrepelisse, Montbeton, Réalville et enfin Montauban en août 1369 (les anglais  s’y trouvaient depuis août 1361 et n’y réapparaitront plus que de momentanément  en 1430).

Jean-Claude Fau, in Histoire de Montauban, Privat, 1992 – une ville déchirée par les guerres, p. 75-83

 

 


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