la fabrique   



 

 

la fabrique

et les marguilliers

 

 

Les fabriques comme institutions de gestion des paroisses  sont anciennes.

Le concile de Trente  en fait une institution ecclésiale proprement dite.

Pour le Concile de Trente (1535), la fabrique est non seulement l'ensemble des biens d'une église, mais également l'organisme qui la représente et qui doit pourvoir à l'exercice du culte. Est-elle identifiée à la paroisse ?  ,le doute sera levé par la Congrégation [de la Rote]  trancha en 1858 en assimilant l'église à la fabrique. Ainsi, en affirmant le caractère ecclésiastique des biens de fabrique, elle soumettait les fabriques au contrôle de l'autorité ecclésiastique autant dans sa gestion du culte que dans ses avoirs et son patrimoine.

Avant la Révolution, l'église est entretenue et ses biens gérés par la fabrique. Ce mot désignait à la fois tout ce qui appartient à une église paroissiale et le corps de ceux qui administrent les biens qu'on appelle les marguilliers. Les fabriques ont été fondées pour deux raisons : d’abord décharger les curés d'une administration à laquelle ils étaient souvent mal préparés et d'une responsabilité quelque fois lourde et à laquelle on n'était pas fâché de substituer celle des laïcs.  C’était dans la ligne du concile de Trente les situer avant tout dans leur charge pastorale.

Le concordat va reprendre cette institution qui va demeurer ecclésiale, mais sous contrôle de l’administration préfectorale (dans sa formation, son exercice, les dons reçus, etc…).

Avec la loi du 18 germinal an X (art. 76) la fabrique apparaîtra alors comme l'organisme chargé d'administrer tous les biens de chaque église (entretien et conservation des temples), mais également à l'administration des aumônes (dons et legs) qui peuvent advenir à l'église. Le mot fabrique continuera donc comme dans l’antiquité d'avoir pour synonyme celui d'œuvre,  construction, entretien, utilisation de l'église. 

 

Cette structure de gestion demeurera en vigueur jusqu’à la  loi  9 décembre1905, jusqu’à  la suppression des établissements publics de culte.

 

Tout au long du XIX°  le dispositif légal et les règlements conduiront à des relations permanentes entre fabrique et curé, l’Evêque (l’administration diocésaine, mais parfois l’Evêque lui- même directement), la Préfecture (ici aussi, parfois le Préfet directement)

 

Les fabriciens sont  nommés par l’évêque et le préfet,

Ils sont proposés par le curé et par le maire : avec un renouvellement par moitié tous les 3 ans. Sont ils élus localement ?  Rien ne nous permet de le penser (l’expression ‘’élection’’ tout comme  la mention de voix obtenues est absente des rapports). Nous pensons plutôt qu’il sont proposés par le curé.

Ainsi le 11 mars 1879 le curé Albert de Sayrac s’aperçoit que la fabrique de Sayrac a perdu ses pouvoirs légaux ; il s’empresse de proposer à la nomination de Mgr l’archevêque trois hommes qu’il présente comme les plus dignes de cet honneur[1], tandis que le maire propose deux membres au Préfet[2]. L’ordonnance épiscopale confirmera donc la proposition.

Le curé et le maire étaient membres de droit.

Les fabriciens formaient un conseil qui se réunissait pour discuter des affaires à traiter. Généralement la session se tient le diamche après les vêpres.Un registre des délibérations du conseil était tenu.

Une session extraordinaire pour être convoquée légalement avait besoin de l’autorisation de l’Evêque.

 

La fabrique se compose :

- d’un conseil

- d’un bureau

 

Les deux instances sont présidées par le curé ;  les fonctions (par ex : secrétariat) ne sont pas obligatoirement remplis par la même personne (on peut être secrétaire au conseil et trésorier au bureau[3])

 

La fabrique se compose :

- d’un conseil de fabrique composé dans nos villages de 5 personnes. Ses membres sont les fabriciens. Leur fonction est délibérative. 3 sont proposés par le curé à l’Evêque, 2 par le maire au Préfet le curé est invité à choisir ses membres « avec le concours des habitants parmi les catholiques recommandables par leur probité, leur sagesse, la distinction de leur état et de leur fortune autant que possible »

Le renouvellement est régulier, par partie tous les trois ans.

 

d’un bureau composé de 3 membres issus du conseil : le président (le curé ordinairement), un trésorier, un secrétaire. Ce sont eux plus précisément que l’on nomme marguilliers, chargés de l’exécutif. C’est le bureau des marguilliers quia la charge d’administrer

 

L’Assemblée du conseil de fabrique est mensuelle le premier dimanche. Une convocation et session extraordinaire peut être accordée par l’évêque à la demande du curé

 

Souvent les fabriques seront illégales : les maires n’ont pas présenté leurs fabriciens, le renouvellement ne s’est pas fait. Les visites pastorales contrôleront régulièrement la légalité des fabriques. L’absence de légalité a pour effet que les fabriques ne peuvent plus acquérir des legs, ni agir en justice pour recouvrer leurs rentes et leurs biens.

Les élections ont lieu ordinairement le premier dimanche après Pentecôte.

 

La fabrique établit le budget annuel approuvé par l’Evêque (comptes administratifs). Les comptes de gestion sont approuvés par les autorités civiles.

 

 

Les fabriciens sont  de manière équivalente nommés marguilliers, comme ceux qui administrent les biens de la communauté paroissiale.

 

Au XIX° la marguillière n’est pas membre du conseil ou du bureau de fabrique L’emploi du terme  doit s’entendre par extension, par analogie : il s’agit de l’administration concrète des biens d’église : entretien des vêtements liturgiques et linges d’autel, des objets destinés au  culte ; c’est aussi tout ce qui relève de la « décoration » : fleurs, antépendium (devant d’autel de la couleur liturgique du jour).

 

 

 Lors des visites pastorales, elle font l’objet de questions propres, ainsi en 1831 le questionnaire comporte à leur sujet 4 questions : charges de la fabrique ; Titres et papiers, leur inventaire ; dans quel endroit ils sont tenus ; si les comptes se rendent tous les ans.

 

L’ordonnance épiscopale qui suit la visite mentionne bien souvent quelque chose au sujet de la fabrique sur sa légitimité ou sur tel point à amander, par exemple la question des clefs ou des inventaires ainsi à Bondigoux : « il sera fait un double de l’inventaire des vases sacrés et autres meubles de l’église, lequel sera signé par M. le curé et M. le président du bureau, un double sera déposé dans la caisse à 3 clefs, l’autre sera remis à M. le curé ». (Bondigoux 1831) 

 

L’enquête préalable et préparatoire à la visite pastorale (faite généralement par l’Evêque lui-même)  pose d’autres questions plus précises : les réponses demandent à être détaillées :

  1. la fabrique est-elle légalement constituée ?  
  2. A-t-on renouvelé les membres en temps prescrits ?
  3. Y-a-t-il une caisse à trois clefs pour tenir les fonds de l’église ?
  4. Y-en-a-t-il une aussi à 3 clefs  pour conserver les titres et papier ?  A-t-on donné un inventaire signé par qui de droit, du mobilier de l’église tant du chef lieu de la paroisse que des communes annexes.?
  5. Y-a-t-il des fondations et quel en est le revenu ?  
  6. Y-a-t-il des obits et sont-ils acquittés ?  

La correspondance entre les curés et l’ administrations ecclésiastique et civile est riche de renseignements au sujet des fabriques :

- questions autour du renouvellement, de sa légitimité,

- de la formation du bureau du conseil,

- de la présentation du budget de l’année passée et du prévisionnel de l’année à venir,

- des choix en matière de projets de construction et de financement,

- représentation de la communauté lorsqu’il s’agit de faire part à l’autorité diocésaine de difficultés rencontrées avec le pasteur.

 

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Les conflits furent fréquents:

  • entre fabriciens selon la provenance (curé - maire), parfois avec le curé lui-même.
  • entre fabriciens et les autorités locales.
  • entre fabriciens et les confréries.

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Les fabriques seront très démunies en ressources, ne pouvant faire face aux dépenses qui leur incombe

  • les ressources : les chaises "louées", les troncs de la fabrique, le bassin du purgatoire, les quêtes et offrandes diverses
  • les dépenses : fournir les ornements, les vases sacrés, les linges, les lumières, le pain, le vin, l'encens... mais aussi la décoration, l'entretien des égklises, des presbytères et des cimetières. Cet entretien là ne fut jamais correctement assumé. Aussi les municipalités furent-elles souvent sollcitées, elles-mêmes en difficultés pour assumer ces charges d'entretien. Dans le doyenné de Villemur ce furent des difficultés continuelles entre les paroisses et les municipalités.L'éclaircie survint vers 1850. A partir de cela la plupart des églises ont été soit réaménagées, soit reconstruites.

 

 La fabrique a eu une grande importance dans la vie des paroisses. Les registres des fabriques constituent de précieux documents pour aborder l'histoire des paroisses et communautés villageoises. 



[1] Guillaume Marty, Jean-Baptiste Teysseyre, Arnaud Cabié

[2] Jean Bétirac et Jacques Fauré  « Au reste ils sont recommandables par leur bonne conduite » ajoute le curé Albert.

[3] Ainsi François Teysseyre en 1848 à Layrac

 


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