Guerres de Religion   



 

 

Les paroisses rurales 

durant les Guerres de Religion

 

On distingue ordinairement 3 phases dans le déroulement des guerres de religion :

-         1560 – 1572 : l’offensive protestante

-         1572 –  1580 : l’offensive des malcontents

-         1580 – 1599 : l’offensive catholique

 

1        1560 – 1572 : l’offensive protestante

o       1558 : Jeanne d’Albret, seigneur de Villemur

o       1561  avril : premières pénétrations du protestantisme à Villemur,

           la Réforme se rendra maîtresse de Montauban.

o      1562,  - 27 mai : projet des montalbanais d'attaquer Villemur.

                  - 5 juillet / le conseil de villemur est invité à réparer les murailles et à se pourvoir     

                  d'artillerie.

                  - fin juillet, le dimanche, à la nuit, l’église de Varennes incendiée et saccagée – 4 prêtres

                  tués.

o       1563 - 1er janvier : le conseil prend des dispositions pour fortifier les défenses du château et de la ville, et défendre l'accès à tous les suspects de la nouvelle profession de foi et ordonne de mettre dehors ceux qui s'y trouveraient.

                            10 janvier : la requête du  chapitre collégial de Saint-Etienne de Montuban est

                  accuillie : résider à Villemur et célébrer le service divin à la chapelle St Roch.

                                     18 février : idem pour le chapitre cathédral de Montauban.

o       1567 - septembre : les montalbanais surprennent Villemur.

o       1567 -  29 septembre : les incursions des protestants  montalbanais  conduisent ceux-ci   à s’emparer de Villemur durant 3 semaines

o       1568  novembre – nouvelles menaces  protestantes sur Villemur ;

les protestants se sont saisis de Bondigoux, Layrac, Mirepoix, Tauriac

o       1572 – 9 juin : mort de Jeanne d’Albret à Paris.

 

2        1572 –  1580 : offensive des malcontents

o       1572 -  Antoine Latour de Reyniès seigneur par engagement de Villemur, calviniste ;

Il devra s’emparer de Villemur pour entrer dans ses droits de possession.

o       Domination des protestants à Villemur - Villemur, ville maîtresse protestante.

 

3        1580 – 1599 : l’offensive catholique

o       mardi 12 mars 1585 : Henri, roi de Navarre passe par Villemur, allant de Montauban à Castres.

o       1er -08-1589 : le roi  Henri III assassiné par le fanatique Jacques Clément

o       19 octobre 1592, bataille de Villemur et mort de Scipion de Joyeuse

 

 

ETAT DES EGLISES

 

Diocèse de TOULOUSE

Sayrac

* incusrsions ruineuses

en 1580 (dévasté),

* le 26 septembre 1590 l'église est déclarée toute découverte (sans toit) et dévastée, sans autel, ni fonts-baptismaux cloches et ''images'') [Lestrade]

n’est mentionnée

ni  brûlée,

ni détruite,

ni en ruine

(visites pastorales, Baccrabère)

Villematier

* Eglise brulée en 1570

* incusrsions ruineuses

en 1580 (dévasté),

Baccrabère et Lestrade

La Magdelaine

Eglise brulée en 1570

 

 

 

 

 

 

 

 

Villaudric

Eglise brûlée en février 1570

il ne reste que murailles et une chapelle,

tout le reste a brûlé.

Les vicaires y furent tués.

Baccrabère PV visite

et Lestrade

St Jean de Montégut

Eglise brûlée en 1570

Baccrabère PV visite

Orgueil

Eglise brûlée en 1570

village brûlé  en juin/juillet 1628

 

Moulencq 

Paulhac

Eglise brûlée en  janvier 1570

Lestrade

Montjoire

Eglise brûlée en  janvier 1570

(un bel oratoire)

Lestrade

 

 

Diocèse de MONTAUBAN

Villemur

* s'est dégagé de l'étreinte Huguenote en 1567

* Villemur prise par les protestants en 1572

 

Stes Esacriettes

?

 

Le Terme

1588 (incident) ?

1628 juillet, village incendié

par le gouverneur de Montauban Saint-Michel.

 

Moulencq p 429

Magnanac

Eglise brûlée en 1570

 

Layrac

* pris par les Huguenots en novembre 1568

* incursions ruineuses

en 1580,

 

Mirepoix

pris par les Huguenots en novembre 1568

 

Bondigoux

* pris par les Huguenots en novembre 1568

* en 1586, la levée de la dîme y est estimée dangereuse.

 

Le Born

?

 

 

Tauriac

* 3 avril 1561 invasion du chateau de Tauriac et meurtres

* pris par les Huguenots en novembre 1568

 

Varennes

église brûilée et 4 prêtres tués

en juillet 1586

 

Nohïc

Eglise brûlée en 1570

village pillé en 1621 par les Montalbanais

village brûlé  en juin/juillet 1628

 

Moulencq

 

Moulencq

 

 

 

 

Georges Baccrabère - Visites pastorales dans les paroisses rurales du diocèse de Toulouse aux XVI-XVIIe siècles, Imprimerie San José, 1956

 Il cite :

-         37 églises du diocèse détruites.  Sayrac n’est pas mentionnée, aucune paroisse de la basse-vallée du Tarn

-         23 églises du diocèse en ruine – aucune de la  basse-vallée du Tarn

 

Jean Lestrade

-         Les Huguenots dans les paroisses rurales du diocèse de Toulouse, 1939

-         Bulletin arc Midi 1903 t 282, page 279-282, 520 

 

Lestrade mentionne les églises bûlées dans toutes la région au printemps 1570 : Vacquiers et 3 églises annexes, Villematier, 3 églies de Bouloc, Fronton, Montjjoire, Paulhac , Canals, Cepet, Magnanac, Sainte-Croix, Gratentour, Pinel, Saint-Geniès, Orgueil, Nohic, La Magdelaine. Les cloches aussi pillées (p.88)

 

Moulencq (tome IV page429)  citant Catala-Coture (Histoire du Quercy t.2 p. 182) indique que le gouverneur de Montauban Saint-Michel et ses troupes incendièrent toutes les maisons de la campagne entre Orgueil-Nohic-le Terme et Fronton.

 

 

*******************

 

Jean Lestrade indique que les Trésoriers généraux du Languedoc émirent un avis au roi le 2 juin 1581 pour demander des dégrèvements des taxes dues, pour certaines communautés, suite aux maintes incursions ruineuses des troupes protestantes.

La demande de décharge entière concerne les prieurs/curés de Villematier, Layrac, Sayrac

(Lestrade ; Huguenots, p.125)

*******************

JEAN LESTRADE

LES HUGUENOTS DANS LES PAROISSES RURALES

DU DIOCÈSE  DE TOULOUSE

BERTHOUMIEU, 1939

 

 

 VILLEMUR ET SA RÉGION

p 334

 

Dans la Notice sur Villemur (1896), M. Amédée Sévène a consacré un substantiel chapitre aux entreprises des Huguenots contre cette ville, point stratégique important, situé près des rives du Tarn .         

 

  Sa narration suffisante pour le but de vulgarisation qu'il se proposait, n'est appuyée que de rares citations de textes. Actuellement-, vu l'ampleur qu'ont prise les publications de documents relatifs aux « trou­bles » de la fin du XVI' siècle, un second travail, différem­ment compris, sur Villemur s'impose. Les sources en sont abondantes. Il en est une excellente : le Registre des délibérations du Conseil de ville, avant et après l'invasion huguenote en cette Place. Tout ce que contient ce recueil, dans le sens de notre enquête, mérite d'être divulgué, sans préjudice, bien entendu, des autres sources indiquées par M. Sevène. Impossible à nous d'insérer, dans notre volume, ces textes multiples. Les notes que nous avons extraites du Registre seul, couvriraient environ 120 pages. Un érudit se lèvera bien pour déposer en nos bibliothèques les résul­tats d'une exploration dès ce moment garantie fructueuse. Le titre de cette future collection de témoignages histori­ques, le voici : Les Huguenots à Villemur. Je me permets de la baptiser, comme l'abbé Jules de Carsalade du Pont, alors chanoine d'Auch, plus tard évêque de Perpignan, avait baptisé Les Huguenots en Comminges avant que me fut venue l'idée d'entreprendre ce labeur (").[1]

 

Au XVI° siècle, Villemur comme Castelsarrasin, Montech et la plupart- des Communautés annexes de ces villes maî­tresses, appartenait au Bas-Diocèse de Montauban, mais quelques unes de ces localités, rayonnant autour de Ville. mur., appartenaient au diocèse de Toulouse. Celles-ci entrent dans le cadre de notre Etude. On le devine : Montauban, inépuisable repaire de Huguenots n'a pu laisser vivre en paix ces humbles groupements villageois, Bondigoux, Villematier, Mirepoïx, Layrac et autres qui, à portée de main, sans défense, penchés sur leurs besognes agricoles, ignoraient les in-folio de Luther, ces arsenaux de la pensée enfin devenue libre !... C'est miracle que Villemur, dépen­dant de la Maison de Navarre et proche de Montauban, se soit si prestement dégagé de l'étreinte huguenote en 1567 et qu'il n'ait fini par succomber qu'en 1572. Pour long­temps il est vrai [2] ... A quel sort devaient donc se rési­gner les modestes paroisses convergeant vers cette citadelle ? Essayons de ressaisir ces événements aujourd'hui si peu connus.

 

 

BONDIGOUX , LAYRAC, MIREPOIX, VILLEMATIER, TAURIAC , etc...

 

Grâce au Registre des délibérations du Conseil de ville de Villemur, nous apprenons que quatre de ces paroisses ont été prises par les Huguenots de Montauban, en 1568. Le 25 novembre de cette année, au Conseil de ville précité, il est remontré :

 

« ... Comment ceulx de la prétendue Religion tousjours s'efforcent de soy saisir du plat païs et des Forts des lieux, mesmement ils se sont saysis des lieux de Bondigos, de Layrac, de Mirepoix, de Tauriac, et [s'efforcentl. desd.. lieux se acco­moder pour nous invader et assalhir à cause de quoy, par la Court de Parlement de Tholose, a esté arresté que les faus­bourgs de la présente ville [de Villemur], seroient des­molis » [3]

 

Au Conseil de Ville de Toulouse, le 3 avril 1581, il est fait mention d'une autre « invasion du château de Tauriac sur les catholiques et des meurtres y faicts de personnes  catholiques, comme les consulz de Rabastenx ont escript à Mr les Capitouls'

 

Sur quoy le Conseil a conclud et arresté que de ce dessus sera escript au Roy et à Mgr son frère, et aussy en sera escript aux consulz de Montauban, pour procurer envers ceulx qui ont commandement sur ceulx de la prétendue Religion, que led. chasteau de Tauriac soyt remis en Pestat [précédent] et que les emprisonnés soient eslargis, leurs rançons rendues, et que tels où semblables actes cessent cy-après, et que, où [dans le cas où] il n'y -sera porveu, cela occasionnera la ville de Tho­lose, Rabastenx, Galhac, l’Isle- [d'Albigeois], et autres refuser l'entrée à ceulx de la prétendue Religion, jusques à ce que soict pourveu àce dessus, etc. » (Délib. ad ann.)

 

Le 22 juin 1586,noble Jean de Gout, banquier de Toulouse, remontre devant notaire, en présence de Me Henry Anselme, chanoine de Saint-Sernin, ayant charge de Me  d'Aiguebelle, recteur de Bondigoux et de Villematier

 

« ... Le grand dangier auquel il se mettroit si, comme ren­tier [fermier] des fruietz [décimaux] il se ingéroit ~d'aller aud. lieu et y commettoit gens pour faire la.liève [la levée] desd. fruictz, tant le pais et envyrons dud. lieu est formillant de gendarmerie pour les Huguenotz, prétenduz estre  de Religion réformée, ennemis de Dieu et du Roy, et pour ce qu'il désire conserver sa vye et ne hasarder personne pour faire -lad. récolte, que n'est pas aussy de grande importance, pour laquelle faire luy fauldroit avancer beaucoup de deniers, pour ne tomber en cet hazard et conserver le peu que Dieu luy a donné, a diet aud. s' Anselme qu'il se deschargeoit dud. arren­tentent, et, luy déclaroit qu'il ne y vouloit pas employer ung

Sol... » [4]

 

 

VILLAUDRIC

p 116 (archiprêtré de Montastruc)

 

Pierre Roux, consul de Villeneuve, 55 ans, dit qu'en février dernier les ennemis « auroyent bruslé l'esglise du lieu de Vil­laudric de laquelle ne demeure que les murailhes; les rétables, coffres, banez, hautelz et tout ce qu'estoit dedans feust bruslé. »     

Témoin du fait. - (Dép. du le 1er  mai 1570.)  

Arnauld Py, consul du lieu de Saint-Sauveur, 40 ans, et. Jean Lafont, de Villaudric, 39 ans, item

archives nationales ( original)G² 1344 K.

                       

 

 

VILLAUDRIC 

p 334

 

En l'absence du recteur et des vicaires, - ceux-ci avaient un trop bon motif d'être absents ! - les consuls ou les marguilliers de cette paroisse dressèrent les Articles préparant la Visite de 1596. Ils écrivirent : « L'esglise de Villaudric a este' bruslée et ruinée par les hérétiques [en février 1570] et n'est demeuré rien sinon une petite chapelle en laquelle se faiet le service divin et l'administration des sainetz sacrementz. » Nul autre autel que « celuy qui est dans lad. chapelle... » - « Les reliques de lad. esglise feurent desrobées et prophanées lors de la ruine de lad. esglise, faicte par les héréticques et s'en trouvent encore quelques unes ; mais l'on n'en sçait spéctffier le nom. » - « Villaudric est cy près des hérétiques que d'aultres foys ilz ont tués les vicaires du lieu qu'est cause que maintenant les prebtres n'y veullent poinet demeurer. » Pour donner les sacrements 'aux paroissiens, le seigneur de Villaudric fait venir un prêtre de Fronton. - Par suite des « courses et invasions des héréticques [les fondations obituaires] sont perdues et les biens, occupés par particuliers habitans du lieu. »

 

Jean Baricave visite cette paroisse le 19 septembre 1596. Il consigne, dans son procès-verbal, des détails concordants avec les précédents :

 

« L'esglise parrochielle de Villaudric feust bruslée par les reistres, et depuis ce temps-là n'a esté rebâtie, tellement ne reste que le fons de l'église qui est une chappelle voûtée, le reste est démoli fors que 4 ou 5 pas hors la chapelle, où sont les murailles, lesquels faudroit couvrir et fermer. Et le toict qui est dessus la chapelle voûtée a besoing d'estre couvert, à faute de quoy la voûte se corrompt par la pluye. A cause de ce, -dans ladicte église n'y a poinct de réserve du Sainct Sacrement, ny de Fons baptismaulx; mais quand on baptise, on se sert d'eau commune, avec un plat ou esguière [aiguière] de maison. » - « Il y souloit avoir 2 vicaires et y a plus de 25 ans qu'on n'en y a veu, et à présent n'en y a aucun. » -- Il y a environ « six vingtz âmes »  [120], de communion, et « des pouvres vefves, 13, enfans orphelins, 7 ou 8. ». 



[1] Ont paru depuis la publication de la Notice de M. A. Sevène, les notes suivantes : J. LESTRADE, Particularités inédites du siège de Villemur (1592), dans Bull. de la Soc. Arch. du Midi, 27 janvier 1903 (pp. 27~9-282). - J. LESTADE et J. CONTRASTY, Deux artistes toulousains du quatorzième siècle : Jacques et Jean Maurin. Ce dernier s'était engagé, par contrat du 18 août 1382, a construire le chevet de l'église Saint-Michel de Villemur, celle pensons-nous, que les Huguenots transformèrent en temple et que, finalement, ils démolirent. Voy. Reb. Hist. de Toulouse, IX, pp. 5-20.

[2] Le 11 juillet 1585, Guillaume Clerc; prêtre, fait son testament. Il est dit : « Résidant en Tholose puis la prinse de Villemur, détenu par les hérétiques. » Un accord a lieu au sujet de ses biens, après décès, le 26 août 1,585. - Archives des Not., Reg. de Vallèles, ad ann., ff. 289 et 328.

[3]  Ils le furent, en effet;,rnais on n'abattit les fortifications urbaines qu'en 1.631.- Voy. J. LzsTnADz, Destruction des fortifications de Villemur en 1631, dans BuIL de la Soc. Arch. du Midi, 1903, p. 282. - Tauriac est dans le diocèse de Montauban.

 [4] (184) Arch. des not. de Toulouse, Reg. de Vallèles, ad ann., loi. 274.Je signalerai d'autres actes intéressant diverses paroisses du diocèse deMontauban :                       

  Au Conseil de ville de Villemur, tenu le 18 janvier 1562, il est re­montré : « ... Comment ceulx de Montauban, mardy passé, ont eschellé [escaladéI~ le lieu des Cathalenx et pillé Pçsglise, et faictes plusieurs inso­lences, voire constitués prisonniers les consulz et aultres habitans dud. lieu... »

2° En juillet suivant, le lieu des Varènes est pris. Au Conseil de ville de Villemur, le 28 juillet, il est dit : « ... Comment les Hugonautz de Mon­tauban journèlement sortent de Montauban et font tout plein de pilleries, larrecins, murtres et aultres escandalles, et dernièrement, dimenge, à la nuyt, les Hugonautz  vindrent au lieu de Varènes [dioc. de Montauban], et illec firent plusieurs voleries, mirent à mort quatre prebstres, mirent le feu à l'église ~dud. lieu, bruslèrent les ymages [les statues] et la sacagè­rent et firent plusieurs aultres escandalles.. » (Ibid., ad ann.) - (Acte relatif à la cure de Varennes , in Claude Olivi, notaire, 19 Février 1595 ff 48-50

DOCUMENT

 

 

LES HUGUENOTS DANS LES PAROISSES RURALES

DU DIOCÈSE  DE TOULOUSE

JEAN LESTRADE

BERTHOUMIEU, 1939

 

 VILLEMUR ET SA RÉGION. p 334

 

Dans la Notice sur Villemur (1896), M. Amédée Sévène a consacré un substantiel chapitre aux entreprises des Huguenots contre cette ville, point stratégique important, situé près des rives du Tarn .         

 

  Sa narration suffisante pour le but de vulgarisation qu'il se proposait, n'est appuyée que de rares citations de textes. Actuellement-, vu l'ampleur qu'ont prise les publications de documents relatifs aux « trou­bles » de la fin du XVI' siècle, un second travail, différem­ment compris, sur Villemur s'impose. Les sources en sont abondantes. Il en est une excellente : le Registre des délibérations du Conseil de ville, avant et après l'invasion huguenote en cette Place. Tout ce que contient ce recueil, dans le sens de notre enquête, mérite d'être divulgué, sans préjudice, bien entendu, des autres sources indiquées par M. Sevène. Impossible à nous d'insérer, dans notre volume, ces textes multiples. Les notes que nous avons extraites du Registre seul, couvriraient environ 120 pages. Un érudit se lèvera bien pour déposer en nos bibliothèques les résul­tats d'une exploration dès ce moment garantie fructueuse. Le titre de cette future collection de témoignages histori­ques, le voici : Les Huguenots à Villemur. Je me permets de la baptiser, comme l'abbé Jules de Carsalade du Pont, alors chanoine d'Auch, plus tard évêque de Perpignan, avait baptisé Les Huguenots en Comminges avant que me fut venue l'idée d'entreprendre ce labeur (").[1]

 

Au XVI° siècle, Villemur comme Castelsarrasin, Montech et la plupart- des Communautés annexes de ces villes maî­tresses, appartenait au Bas-Diocèse de Montauban, mais quelques unes de ces localités, rayonnant autour de Ville. mur., appartenaient au diocèse de Toulouse. Celles-ci entrent dans le cadre de notre Etude. On le devine : Montauban, inépuisable repaire de Huguenots n'a pu laisser vivre en paix ces humbles groupements villageois, Bondigoux, Villematier, Mirepoix, Layrac et autres qui, à portée de main, sans défense, penchés sur leurs besognes agricoles, ignoraient les in-folio de Luther, ces arsenaux de la pensée enfin devenue libre !... C'est miracle que Villemur, dépen­dant de la Maison de Navarre et proche de Montauban, se soit si prestement dégagé de l'étreinte huguenote en 1567 et qu'il n'ait fini par succomber qu'en 1572. Pour long­temps il est vrai [2] ... A quel sort devaient donc se rési­gner les modestes paroisses convergeant vers cette citadelle ? Essayons de ressaisir ces événements aujourd'hui si peu connus.

 

BONDIGOUX , LAYRAC, MIREPOIX, VILLEMATIER,

           TAURIAC , etc...

 

Grâce au Registre des délibérations du Conseil de ville de Villemur, nous apprenons que quatre de ces paroisses ont été prises par les Huguenots de Montauban, en 1568. Le 25 novembre de cette année, au Conseil de ville précité, il est remontré :

 

« ... Comment ceulx de la prétendue Religion tousjours s'efforcent de soy saisir du plat païs et des Forts des lieux, mesmement ils se sont saysis des lieux de Bondigos, de Layrac, de Mirepoix, de Tauriac, et [s'efforcentl. desd.. lieux se acco­moder pour nous invader et assalhir à cause de quoy, par la Court de Parlement de Tholose, a esté arresté que les faus­bourgs de la présente ville [de Villemur], seroient des­molis » [3]

 

Au Conseil de Ville de Toulouse, le 3 avril 1581, il est fait mention d'une autre « invasion du château de Tauriac sur les catholiques et des meurtres y faicts de personnes  catholiques, comme les consulz de Rabastenx ont escript à Mr les Capitouls'

 

Sur quoy le Conseil a conclu~d et arresté que de ce dessus sera escript au Roy et à Mgr son frère, et aussy en sera escript aux consulz de Montauban, pour procurer envers ceulx qui ont commandement sur ceulx de la prétendue Religion, que led. chasteau de Tauriac soyt remis en Pestat [précédent] et que les emprisonnés soient eslargis, leurs rançons rendues, et que tels où semblables actes cessent cy-après, et que, où [dans le cas où] il n'y -sera porveu, cela occasionnera la ville de Tho­lose, Rabastenx, Galhac, l’Isle- [d'Albigeois], et autres refuser l'entrée à ceulx de la prétendue Religion, jusques à ce que soict pourveu àce dessus, etc. » (Délib. ad ann.)

 

Le 22 juin 1586,noble Jean de Gout, banquier de Toulouse, remontre devant notaire, en présence de Me Henry Anselme, chanoine de Saint-Sernin, ayant charge de Me  d'Aiguebelle, recteur de Bondigoux et de Villematier

 

« ... Le grand dangier auquel il se mettroit si, comme ren­tier [fermier] des fruietz [décimaux] il se ingéroit ~d'aller aud. lieu et y commettoit gens pour faire la.liève [la levée] desd. fruictz, tant le pais et envyrons dud. lieu est formillant de gendarmerie pour les Huguenotz, prétenduz estre  de Religion réformée, ennemis de Dieu et du Roy, et pour ce qu'il désire conserver sa vye et ne hasarder personne pour faire -lad. récolte, que n'est pas aussy de grande importance, pour laquelle faire luy fauldroit avancer beaucoup de deniers, pour ne tomber en cet hazard et conserver le peu que Dieu luy a donné, a diet aud. s' Anselme qu'il se deschargeoit dud. arren­tentent, et, luy déclaroit qu'il ne y vouloit pas employer ung Sol... » [4]

 

 VILLAUDRIC p 116 (archiprêtré de Montastruc)

 

Pierre Roux, consul de Villeneuve, 55 ans, dit qu'en février dernier les ennemis « auroyent bruslé l'esglise du lieu de Vil­laudric de laquelle ne demeure que les murailhes; les rétables, coffres, banez, hautelz et tout ce qu'estoit dedans feust bruslé. »     

Témoin du fait. - (Dép. du le 1er  mai 1570.)  

Arnauld Py, consul du lieu de Saint-Sauveur, 40 ans, et. Jean Lafont, de Villaudric, 39 ans, item

archives nationales ( original)G² 1344 K.

                       

 

 

VILLAUDRIC   p 334

 

En l'absence du recteur et des vicaires, - ceux-ci avaient un trop bon motif d'être absents ! - les consuls ou les marguilliers de cette paroisse dressèrent les Articles préparant la Visite de 1596. Ils écrivirent : « L'esglise de Villaudrie a este' bruslée et ruinée par les hérétiques [en février 1570] et n'est demeuré rien sinon une petite chapelle en laquelle se faiet le service divin et l'administration des sainetz sacrementz. » Nul autre autel que « celuy qui est dans lad. chapelle... » - « Les reliques de lad. esglise feurent desrobées et prophanées lors de la ruine de lad. esglise, faicte par les héréticques et s'en trouvent encore quelque ' s unes; mais Von n'en sçait spéctffier le nom. » - « Villaudrie est cy près des hérétiques que d'aultres foys ilz ont tués les vicaires du lieu qu'est cause que maintenant les prebtres n'y veullent poinet demeurer. » Pour donner les sacrements 'aux paroissiens, le seigneur de Villaudrie fait venir un prêtre de Fronton. - Par suite des « courses et invasions des héréticques [les fondations obituaires] sont perdues et les biens, occupés par particuliers habitans du lieu. »

 

Jean Baricave visite cette paroisse le 19 septembre 1596. Il consigne, dans son procès-verbal, des détails concordants avec les précédents :

 

« L'esglise parrochielle de Villaudric feust bruslée par les reistres, et depuis ce temps-là n'a esté rebâtie, tellement ne reste que le fons de l'église qui est une chappe,.. e reste est démoli fors que 4 ou 5 pas hors la chapelle, où sont les murailles, lesquels faudroit couvrir et fermer. Et le toict qui est dessus la chapelle voûtée a besoing d'estre couvert, à faute de quoy la voûte se corrompt par la pluye. A cause de ce, dans ladicte église n'y a poinct de réserve du Sainct Sacrement, ny de Fons baptismaulx; mais quand on baptise, on se sert d'eau commune, avec un plat ou esguière [aiguière] de maison. » - « Il y souloit avoir 2 vicaires et y a plus de 25 ans qu'on n'en y a veu, et à présent n'en y a aucun. » - Il y a environ « six vingtz âmes » [120], de communion, et « des pouvres vefves, 13, enfans orphelins, 7 ou 8. »



[1] Ont paru depuis la publication de la Notice de M. A. Sevène, les notes suivantes : J. LESTRADE, Particularités inédites du siège de Villemur (1592), dans Bull. de la Soc. Arch. du Midi, 27 janvier 1903 (pp. 27~9-282). - J. LESTADE et J. CONTRASTY, Deux artistes toulousains du quatorzième siècle : Jacques et Jean Maurin. Ce dernier s'était engagé, par contrat du 18 août 1382, a construire le chevet de l'église Saint-Michel de Villemur, celle pensons-nous, que les Huguenots transformèrent en temple et que, finalement, ils démolirent. Voy. Reb. Hist. de Toulouse, IX, pp. 5-20.

[2] Le 11 juillet 1585, Guillaume Clerc; prêtre, fait son testament. Il est dit : « Résidant en Tholose puis la prinse de Villemur, détenu par les hérétiques. » Un accord a lieu au sujet de ses biens, après décès, le 26 août 1,585. - Arch.,âes Not., Reg. de Vallèles, ad ann., ff. 289 et 328.

[3]  Ils le furent, en effet;,rnais on n'abattit les fortifications urbaines qu'en 1.631.- Voy. J. LzsTnADz, Destruction des fortifications de Villemur en 1631, dans BuIL de la Soc. Arch. du Midi, 1903, p. 282. - Tauriac est dans le diocèse de Montauban.

[4] (184) Arch. des not. de Toulouse, Reg. de Vallèles, ad ann., loi. 274.

   Je signalerai d'autres actes intéressant diverses paroisses du diocèse deMontauban :                       

  Au Conseil de ville de Villemur, tenu le 18 janvier 1562, il est re­montré : « ... Comment ceulx de Montauban, mardy passé, ont eschellé [escaladéI~ le lieu des Cathalenx et pillé Pçsglise, et faictes plusieurs inso­lences, voire constitués prisonniers les consulz et aultres habitans dud. lieu... ».

 2° En juillet suivant, le lieu des Varènes est pris. Au Conseil de ville de Villemur, le 28 juillet, il est dit : « ... Comment les Hugonautz de Mon­tauban journèlement sortent de Montauban et font tout plein de pilleries, larrecins, murtres et aultres escandalles, et dernièrement, dimenge, à la nuyt, les Hugonautz  vindrent au lieu de Varènes [dioc. de Montauban], et illec firent plusieurs voleries, mirent à mort quatre prebstres, mirent le feu à l'église ~dud. lieu, bruslèrent les ymages [les statues] et la sacagè­rent et firent plusieurs aultres escandalles.. » (Ibid., ad ann.) - (Acte relatif à la cure de Varennes, in Claude Olivi, notaire, 19 Février 1595 ff 48-50

          

 


© 2016 CT