Fouquet de Belle-Isle   



 

 


Charles Louis Auguste de Fouquet

comte de Belle-Isle

 

 

Vicomte de Villemur

1720-1730

 

 

 

Comte de Belle-Ile et de Gisors

Baron de Lézignan, Pennes et Castelnau-de-Montmirail,

Seigneur de Puylaurens, de Bisy,

 

Vicomte de Villemur 1720-1730

 

Maréchal de France

Ministre plénipotentiaire (ambassadeur) à Francfort

Ministre d’Etat, puis de la Guerre

 

Prince du Saint Empire romain

Chevalier de la Toison d’Or

Chevalier de l’Ordre du St Esprit 1735

Duc et pait de France 1748

Membre de l’Académie Française 1756

 

 

 

 

Charles Louis Auguste de Fouquet Comte de Belle-Ile est né à Villefranche de Rouergue[1] le 22 septembre 1684[2]. Il est le petit fils du surintendant des finances Fouquet [1653]. Il est le fils aîné de 14 enfants du marquis Louis[3] de Belle-Isle et de Catherine de Levis. Son père, depuis la disgrâce du surintendant et une brouille survenue entre lui et la famille de sa femme, à l'occasion de son mariage, s'était retiré auprès de l'évêque Louis, son oncle, qui habitait alors Villeneuve de Rouergue. Ce fut là que , le 22 septembre 1684, naquit ce premier enfant.

 

« Fils d'un homme qui n'avait pu rien obtenir, Charles-Louis- Auguste de Fouquet eut le talent et le bonheur de parvenir à tout ».

 

Il entre à 16 ans dans la garde des mousquetaires

Il est nommé capitaine dans le régiment royal de cavalerie en 1702

Il fit les campagnes d’Allemagne et du Rhin. Il reçut dans ses combats plusieurs blessures.

Il passe ensuite dans l’armée d’Italie comme maître de camp du régiment de dragon (portant son nom) cf 11 janvier 1705.

l fut fait brigadier dans cette même armée le 12 novembre 1708.

La campagne qui s'ouvrit en Flandre au début de l'année 1708 marque une étape décisive dans la carrière militaire de Belle-Isle par ce fameux siège de Lille

Le 5 juillet 1709, il devint maître de camp général, toujours dans les dragons ,

et il était enfin maréchal dans les dragons .Il reviendra ensuite dans les armées du Rhin et des Flandres. Au cours des campagnes d’Allemagne et du Rhin, il sera nommé  brigadier des dragons, en qualité de maréchal de camp (1718). Il  est en effet camp le 8 mars 1718.

 En1719 il sert contre l’Espagne, il contribua à la prise de Fontarabic et de Saint - Sébastien,
eu 1719.

Revenu en France à la paix, et le duc de Bourbon ayant Succédé au régent dans le ministère principal, le comte de Belle-Isle se trouva enveloppé dans la disgrâce de M. Leblanc[4], et fut mis à la Bastille, d'où il ne sortit que pour tare exilé dans ses terres. le Roi signa des ordres d'arrêt et des lettres de cachet pour le comte de  Belle-Isle, Le Blanc, Moreau de Séchelles.

 

Le duc de Bourbon s'empara du premier ministère sans que M. de Belle-Isle pût saisir l'instant et les moyens de l'empêcher. M. le Blanc fut arrêté ; on voulut lui faire son procès[5] . M. de Belle-Isle même fut enfermé à la Bastille. L'année suivante il fut exilé, et persécuté , pendant tout le ministère de M. le Duc , par des gens dont il est à présent le meilleur ami. Mais enfin M. le Duc fut déplacé, et les ennemis de M. de Belle-Isle enfermés et exilés à leur tour. Le cardinal de Fleury vint en place. Il avait été ami intime de la duchesse de Lévis, tante de M. de Belle-Isle, qui profita de cette liaison pour gagner la confiance de ce nouveau premier ministre. Il y réussit. M. le Blanc reprit sa place, et M. de Belle-Isle continua d'avoir tout crédit dans le département de la guerre , jusqu'à la mort du secrétaire d'état [6]. II sentit que , ne pouvant pas avoir la même influence sous son successeur (M. d'Angervilliers), le meilleur parti qu'il pût prendre était de servir à la guerre. Il fut fait lieutenant-général et commandant de Metz et des Evêchés, et fit grand étalage des arrangements avantageux pour l'Etat qu'il prenait dans son nouveau commandement.

 

 

 

 

Plus tard Les jansénistes et les jésuites cherchèrent à s'attacher un homme aussi considéré. Il ne figura dans leurs querelles que par le zèle avec lorsqu’il servit le célèbre chevalier Folard , devenu, par une des bizarreries de l'esprit humain , un des enthousiastes du diacre Paris. Le comte de Belle- Isle obtint du cardinal de Fleury la liberté de ce vieux guerrier


Nous le retrouvons gouverneur de Huningue en Alsace, le 31 mars 1719.

 

En 1727 il commande le camp de la Moselle, fortifia Metz,

En 1729 il épouse une femme de la maison de Béthune, qui, jusqu'à sa mort, fut le conseil et l'amie de son mari, et il en eut pour fils le comte de Gisors..

Il est lieutenant général des armées du roi, le 22 décembre 1731,

En 1732, M. de Belle-Isle fut élevé au grade de lieutenant-général
Il devint ensuite gouverneur de Metz et du pays Messin, dans la première quinzaine de mars 1733,

et enfin le même mois il fut fait commandant pour le roi dans les Trois-Evêchés, fonction qu’il conserva toute sa vie.

Créé chevalier des ordres du roi le 13 juin 1734, et reçu le 1er janvier 1735, il se démettait de sa charge de maître de camp général des dragons, le 8 juin 1736.

Chevalier de l’Ordre du St Esprit 1735.

 

Il était nommé ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire de France, à la diète de Francfort, où sur la fin de décembre 1740, il allait représenter le roi à l'élection de Charles VII. Cette ambassade valut au comte de Bellle-Isle son élévation à la dignité de maréchal de France. Il fut nommé à ce grade le 11 février 1741.

 

De son côté, le nouvel empereur le créait prince du Saint- Empire au mois de février 1742.

« On retiendra  que l'élévation à l'Empire de Charles-Albert de Bavière (Charles VII), qui eut lieu le 7 de janvier 1742, la défense de Prague et la retraite de l'armée française de cette ville la même année, et l'expulsion des Autrichiens de la Provence, en 1747, firent de lui l'un des personnages les plus marquants du dix-huitième siècle » Il fît avec son frère Louis-Charles tout le plan de la guerre contre la reine de Hongrie, où son frère fut tué.

Bientôt après, il recevait de la cour de France le titre de duc de Gisors, dont le brevet lui parvenait au mois de mars de la même année.

Charles VII le faisait aussi le 5 avril chevalier de la Toison d'or ;

il était créé, à la date du 1er octobre 1744, lieutenant général au gouvernement de Lorraine et de Barrois, par Stanislas Leczinski, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar.

Il fut enfin fait pair de France au mois de mai 1748, et reçu comme tel au Parlement, le 24 avril 1749;

 

ministre d'État, en 1756 ; il  visita cette année-là toutes les places du royaume par l'ordre du roi.

ministre de la guerre, en 1758

 puis il devint membre de l'Académie française, le 20 juin suivant. Il était aussi de l'Académie des sciences, et avait fondé et doté de trois mille livres de rente, en 1757, la Société des sciences et arts de Metz.

Belle- Isle prit une grande part aux affaires politiques de l'Europe dans la première partie du dix-huitième siècle, et s'il n'agit pas toujours dans les véritables intérêts de la France, il ne faut accuser que son discernement et non son cœur ; il avait le culte de l'honneur et l'amour de son pays. Il déploya une habileté consommée dans ses négociations …

 

Il épouse :

En 1ère noces le 20 mai 1721 Henriette-Françoise de Durfort de Civrac[7]

En 2° noces, en 1729, Marie-Casimire-Thérèse-Geneviève-Emmanuelle de Béthune[8]

 

De cette seconde union naît Louis-Marie Fouquet de Belle-Isle, chevalier de Malte, né le 27 mars 1732[9] et décédé à l âge de 27 ans au combat (1758).

 

Il demeurait à l’Hôtel de Belle-Isle, rue Saint-Dominique dans la quartier Saint-Germain.

 

Il meurt à Paris[10] le 26 janvier 1761, à l’âge de 77 ans. Il était encore ministre

au jour de son décès. Le Père Neuville sj. prononça son éloge funèbre le 10 avril. Au service funèbre que lui fit le roi aux Invalides.

Ses éloges furent prononcés par l’abbé Trublet et le duc de Nivernais à l’académie française..

 

 

 

Le maréchal de Belle-Isle, dit Voltaire (ceci se rapporte à l'année 1741), sans avoir fait de grandes choses, avait une grande réputation. Il n'avait été ni ministre ni général et passait pour
l'homme le plus capable de conduire un État et une armée ; mais une santé très-faible détruisait souvent en lui \e fruit de tant de talents. Toujours en action, toujours plein de projets, son corps pliait sous les efforts de son âme ; on aimait en lui la politesse et d'un courtisan aimable et la franchise apparente d'un soldat : il persuadait sans s'exprimer avec éloquence, parce qu'il paraissait toujours persuadé.

 

 

lire aussi les Mémoires du marquis d'Argenson CLIC

 

Bibliographie :

-Belle-Isle (Charles Louis Auguste Fouquet duc de) maréchal de France. (22 sept. 1684 — 26 janv. 1761.)
- Mémoires du maréchal Charl. Louis Aug. Fouquet; duc de Belle-Isle, secrétaire d'état, ayant le département de la guerre du roi de France ¡Louis XV;, prince du Saint-Empire, Lond. 1760.
- Frey de Neuville (Charles), Oraison funèbre de Charles Louis Auguste Fouquet, maréchal de Belle-Isle, s.l. (Par.) 1761.

- Mangre (Jean de), Oraison funèbre de Charles. Louis Auguste. Fouquet, maréchal de Belle-Isle, s.1. (Monlmédy) 1761.

 

Le comte de Belle-Isle alliait l'esprit de détail aux conceptions les plus vastes, et sa prévoyance s'étendait sur tout ; il s'occupait des parties comme de l'ensemble, et du soldat comme de l'armée réunie, écoutant tout le inonde, sachant tout, voyant tout , pourvoyant à tout. On lui  a reproché d'avoir trop aimé les femmes ; il était d'une grande sobriété. Le cardinal de Fleury consultait le comte de Belle-Isle avec une entière confiance. Il commença des Mémoires après 1736 sur les pays qu'il avait parcourus et sur les diverses parties du gouvernement. Il s'appliqua dans le même temps à réformer les abus qui s'étaient glissés dans le militaire. On écrit de lui : « Il était arrivé au faîte de toutes les grandeurs humaines : il en mourut détrompé, et les quitta sans regrets. Il fut le fondateur d'une maison nouvelle qui tomba avec lui, et ses enfants le précédèrent au tombeau. Comme général, comme ministre, comme père d? famille, il réunit sur sa mémoire la gloire, l'estime et le respect : il eut, ainsi que tous les grands-hommes , des calomniateurs et des envieux[11]. »

 

Un événement malheureux vient de m'enlever mon fils : cette perte m'afflige sensiblement, mais elle ne m'abat point. J'étais citoyen avant que d'être père, et  je veux vivre encore pour être utile à mon Roi  et à l'Etat - Testament politique, 1761.

 

 


[1] Fouquet de Belle-Isle, famille de robe qui donna constamment des magistrats au Parlement de Paris, depuis François Fouquet, reçu conseiller le 12 de mars 1578, jusqu'à Nicolas Fouquet, Procureur général en 1648, et ensuite Surintendant des finances, en 1653. Cette famille, célèbre par de grands talents et de grandes infortunes,
était, par son origine, étrangère au Rouergue : trente ans de séjour, occasionnés par sa disgrâce, l'y natularisèrent en quelque sorte. Lorsque, en 1661,1e Surintendant tomba du faîte de la splendeur et de la puissance dans la misère et la captivité, le troisième de ses frères, Louis, qui, deux années auparavant et dès l'âge de vingt-
six ans, avait été nommé évêque d'Agde – en 1659 - et Chancelier des Ordres du Roi, perdit cette dernière dignité et fut exilé à Villefranche ; sa mère, Marie de Maupeou, femme d'une éminente piété et d'une rare bienfaisance, alla le joindre; et, ses malheurs redoublant en quelque sorte en elle le désir d'être utile à ceux qui souffraient, elle fit imprimer à Villefranche, en 1665, un Recueil de recettes choisies et expérimentées pour les maladies. Louis de Fouquet , marquis de Belle-Isle, troisième fils du Surintendant, se retira auprès de son aïeule et de son oncle ; et c'est là qu'il eut, le 22 septembre 1684 et, de Catherine-Agnès de Lévis, sa femme, Charles-Louis-Auguste de
Fouquet, depuis Maréchal duc de Belle-Isle, et plus tard un second fils connu sous le nom de chevalier de Belle-Isle. Études historiques sur le Rouergue de Marc-Antoine-François de Gaujal, p. 80

[2] Il a eu pour parrain l'évêque d'Agde Louis Fouquet, son oncle, et pour marraine, Louise-Marguerite de Béthune de Sully, femme de très-haut et très-puissant seigneur Monseigneur de Daillon du Lude, duc et pair, et grand-maître de l'artillerie.

[3] Il était dans l’ordre de Malte qu’il quitta pour se marier. Mort en 1738.

[4] Duverney fut persuadé que c'était lui que les assassins avaient voulu frapper. On désigna les deux frères de Belle- Isle comme les auteurs de cet assassinat, sans avoir contre eux d'autre indice que la vengeance dont on les supposait animés , et leur caractère violent. Ce fut sous le poids de telles accusations que les deux petits-fils du malheureux Fouquet entrèrent dans la prison , où leur aïeul avait passé un grand nombre d'années dans la crainte du dernier supplice. Leur père avait été ignominieusement repoussé dans toutes ses demandes par Louis XIV. Pour eux, ils avaient pris le parti des armes. L'aîné s'était distingué au siége de Lille , et y avait reçu une blessure. Il avança sa fortune sous le régent. Comme il avait montré du courage et de l'habileté dans la guerre contre Albéroni , il fut promu au grade de maréchal de camp. Le chevalier de Belle-Isle suivait d'assez près son aîné
dans la même carrière. Le Blanc les protégeait; le régent augurait beaucoup de leur esprit actif et entreprenant. Bientôt ils se livrèrent à la cupidité générale. Les marchés qu'ils firent avec La Jonchère, et qui consistaient à remplacer l'argent comptant de sa caisse par des billets fort décriés, eussent déshonoré des nobles sous Louis XIV ; mais les maximes de l'honneur avaient beaucoup fléchi depuis ce temps. Ils intéressaient par une amitié fraternelle telle qu'on ne la vit jamais chez deux ambitieux. Tout était, et tout resta commun entre eux , dans le cours même de leurs prospérités. Ils s'honoraient également par leur piété filiale ; ils prodiguaient les secours , et montraient le plus tendre respect à leurs parens malheureux. Le public prit parti pour eux et pour Le Blanc dans le procès qui leur était suscité par le duc de Bourbon et la marquise de Prie. Deux magistrats , Moreau de Séchelles et de Conches, avaient été compromis dans cette affaire et renfermés à la Bastille. Le premier ministre n'osa remettre le sort des accusés à une commission/

[5] L'arrestation de M. le Blanc eut pour motif la faillite de la Jonchère, trésorier de l'extraordinaire des guerres , dont on l'accusa d'être complice. M. de Séchelles, maître des requêtes, et qui a été depuis intendant des armées et contrôleur général , en i7SS, fut impliqué dans la même affaire. Le parlement rendit un arrêt très- favorable à M. 1e Blanc et à ses co-accusés ( 1724 ) .

[6] 1728

[7] Fille de Jacques de Durfort, dit le marquis de Civrac et d'Angélique, dame de Bourdet.

[8] Déjà veuve de François Roussel, marquis de Grinoy, baron de Medavy,lieutenant-général des armées du roi, fille de Louis-Marie-Victor de Béthune-Selles et de Henriette d'Harcourt-Beuvron.

[9] Né à Metz, le 25 ou 27 mars 1732, fut reçu de minorité chevalier de l'ordre de Malte, au grand prieuré de la langue de France, bien que par le lieu de sa naissance, il appartînt à la langue de Champagne. Son admission eut lieu en vertu d'une bulle de dispense du grand-maître, au mois d'avril 1734. — le 26 juin 1739 il avait été appelé d'abord du titre de comte de Gisors, et avait été fait colonel du régiment royal de la province de Barrois le 1 " novembre 1745, colonel du régiment de Champagne le 1" février 1749, gouverneur de Metz et du pays Messin après la mort de son oncle, lieutenant général au gouvernement de Lorraine sur la démission de son père, mais avec réserve de survivance au profit de celui-ci, à la date du 13 mai 1753. Il avait épousé, le 23 mai 1753, Hélène-Julie-Rosalie-iMazarini Mancini, fille aînée du duc de Nivernois et petite-fille du duc de Nevers, qui était née elle-même le 13 septembre 1740. Louis-Marie Fouquet s'était couvert de gloire dans le comté de Nice, où il avait fait ses premières armes, et plus tard devant Hœstembeck. Il fut chargé du commandement, en qualité de mestre de camp, du régiment royal des carabiniers, et mourut à Nuys d'une blessure dans une charge brillante qu'il avait exécutée à la tête de son régiment. Le comte de Gisors n'avait alors que 27 ans. Voici ce qu'en disait la Gazette de France ; « Le comte de Gisors, enlevé à la fleur de son âge, est universellement regretté. Par les grandes qualités qu'il réunissait . il s'était acquis l'amour et l'estime de toute la nation et des cours étrangères où il a voyagé. »  Le maréchal de Belle-Isle eut l'honneur d'être visité à cette occasion par leurs majestés et par toute la famille royale. » (Gazette de France, du 8 juillet 1756.-) L. Tre. juge de Tulle Revue nobiliaire historique et biographique de Louis Sandret page 148.  Son oraison funèbre  sera prononcée, le 9 août 1758, dans l'église cathédrale de Metz, par le Père Charles, sj. Louis-Marie Fouquet, comte de Gisors (1732-1738), brigadier en 1757, mort d'une blessure reçue, en 1758,

[10] Plus précisément à Versailles ?

[11] Signé S— T. Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions etc , 1811. 

 

 

 

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Vicomte de Villemur

 

 

La Vicomté quitte le domaine royal
 

Echange

Le roi Louis XV en reprenant des mains de Charles Louis Auguste Fouquet, chevalier, Comte de Belle-Isle, la seigneurie de Beaucaire sur Rhône, qui lui avait été donnée en échange de l’Ile de Belle-Isle, céda à ce seigneur, entre autres possessions, les domaines terre, fief et seigneurie de Villemur. Le contrat fut passé le 27 mai 1719 devant Me Baudru et son collègue, notaires à Paris, et enregistré au Parlement de Toulouse[1] - [Sevène p. 64].

Les archives du Tarn mentionnent un acte d’échange :  le Roi, en échange de Belle-Isle et Beaucaire, cède divers domaines[2] au comte, entre autres, Castelnau-de-Brassac, Lacrouzette-de-Roquecourbe, Castelnau-de-Montmirail, Penne, Puylaurens et leurs dépendances. Il lui cède, en outre, le droit de pezade dans la ville et le diocèse d'Albi, produisant 13.000 mille livres de rente

 

La prise de possession fut faite solennellement le 3 janvier 1720 par le ministère de Jean de Monselbe, conseiller du roi et son procureur en la judicature de Villelongue, au siège de Buzet. Le nouveau vicomte y fut représenté par Mathieu Brémond, avocat au Parlement, son fondé de pouvoirs

 

Les consuls, revêtus de leurs robes, les officiers de la communauté et les habitants, précédés de cent hommes d'armes avec fifres et tambours, allèrent prendre le mandataire du vicomte pour lui faire cortège, participer à la cérémonie et y exprimer la réserve des droits, privilèges et. franchises acquis à la communauté et énumérés dans la transaction de 1606. Le lieu de la réunion était devant la porte de l'église. Le sieur de Monselbe y prit par la main le mandataire du vicomte, le conduisit dans l'intérieur de l'église, le fit agenouiller devant le maitre-autel, les cloches sonnant. Il le mena ensuite sur l'emplacement de l'ancien château, de là à la porte Saint-Jean, où les consuls firent la remise des clés de la ville, puis devant les prisons et enfin à la maison commune. Le représentant du comte de Belle-Isle ayant pris séance au banc le plus éminent, les constils ôtèrent et lui remirent leurs robes et livrées. Le procureur de Monselbe déclara installer le nouveau seigneur en la possession de la vicomté et de ses dépendances, après quoi Mathieu Brémond exprima sa satisfaction aux consuls et déclara qu'il consentait, sous le bon plaisir du vicomte, à ce qu'ils reprissent leurs insignes consulaires. Ce cérémonial fut suivi d'une proclamation publique. La cession faite au comte de Belle-Isle comprenait des droits de pâturage, de pacage et de glandage dans la forêt, qui restait royale. Pour la prise de possession de ces droits, de Monselbe conduisit, le même jour, Mathieu Brémond à la forêt, l'y fit pénétrer en le tenant par la main et déclara le vicomte mis en possession[3].

 

Le comte de Belle-Isle pourvut à l'administration de la justice, qu'il confia a Mathieu Brémond, en qualité de juge en chef, avec Jean Cailhassou, avocat, pour lieutenant. Il racheta les diverses parties du domaine de la vicomté qui avaient été aliénées par le roi[4]. Il aliéna, d'autre part, les seigneuries de Montvalen et du Born, y compris la justice, en faveur du marquis de Tauriac, auquel il céda, en outre, quelques années après, les seigneuries de Montgaillard et de Villette en échange de la forge banale de Layrac et de ses dépendances[5].

 

Au nombre des domaines cédés avec la vicomté de Villemur au comte de Belle-Isle par l'échange du 27 mai 1719 figurait la seigneurie de Puylaurens, dont la justice dépendait auparavant de la judicature de Villelongue et s'étendait sur les consulats de Corbarieu, Reyniès, Moulis et Saint-Nauphary, pour partie seulement à l'égard de cette dernière communauté. Un arrêt du conseil d'Etat du 3 septembre 1720 et des lettres patentes du 10 du même mois détachèrent ces quatre consulats de la seigneurie de Puylaurens, dont ils étaient fort éloignés, pour les incorporer à la vicomté de Villemur. La seigneurie de Saint-Nauphary n'appartenait au roi que dans la proportion d'un quart, qui avait été engagé à Samuel de Colomb de la Pomarède, seigneur et justicier pour les trois autres quarts. Le comte de Belle-Isle avait dégagé, dès le 17 août 1720, notaire Coulom, le quart aliéné par le roi. Les habitants de ce consulat, accoutumés à n'avoir affaire qu'avec un seul seigneur et ses officiers de justice, envisagèrent avec mécontentement la perspective d'être obligés de soumettre, une année sur quatre, leurs élections consulaires ait vicomte de Villemur et leurs procès au juge de ce vicomte. Les habitants de Corbarieu, Reyniès et Moulis eurent, d'autre part, la prétention de former le ressort d'une judicature particulière, sur le fondement de l'existence ancienne d'un siège de lieutenant du juge de Villelongue à Crrbarieu. Les quatre communautés tentèrent de se soustraire à l'effet de l'arrêt du conseil et des lettres patentes. Corbarieu, Reyniès et Saint-Nauphary s'abstinrent de soumettre leurs élections au vicomte de Villemur, dont le juge banneret rendit, le 17 janvier 1721, une ordonnance de prise de corps contre les consuls réfractaires. Cette ordonnance fut exécutée le lendemain par des huissiers de Villemur, auxquels le marquis de Tauriac prêta main forte. Les nommés Capelle, André Pomiès, consul, et Guillaume Pomiès, ancien consul, de Saint-Nauphary, deux consuls de Corbarieu et le sieur Austruc, maître chirurgien, consul de Reyniès, furent saisis, conduits le soir du même jour au château de Tauriac et incarcérés le lendemain au château de Penne, l'une des concessions faites au comte de Belle-Isle par l'échange de 1719[6]. Une sentence du sénéchal de Toulouse rendit la liberté aux prisonniers, mais un arrêt du conseil d'Etat et des lettres patentes des 19 et 22 décembre 1721 confirmèrent ceux de septembre 1720. Les requêtes d'opposition qui avaient été présentées par les quatre communautés et par Colomb de la Pomarède furent mises à néant par arrêt (lu conseil et lettres patentes du 20 février 1722[7].

 

La seigneurie de Villebrumier, acquise sous la faculté de réméré par le duc de Lesdiguières, était rentrée en la possession de la famille du Bousquet : le 28 août 1701, le procureur du roi Vergie portait ses doléances devant le conseil de ville de Villemur, parce que, au mépris des droits de haute justice exercés par les consuls de cette communauté dans la vicomté, les officiers dit seigneur de Villebrumier avaient capturé et mis dans les prisons de ce lieu un individu accusé de vol et de meurtre et avaient ouvert une procédure contre lui.

 

 



[1] Archives du Parlement – le texte de cet arrêt a été transcrit dans le registre consulaire de Villemur à la date du 3 janvier 1720. Une copie de lettres patentes confirmatives du même mois est déposée aux archives du Moulin. [Sevène p. 64].

[2]  inventaire des archives départementales du Tarn :E. Jolibois, 1878, p.21 mentionne les domaines de Villemur, Penne, Mlontmirail, Puylaurens…mais aussi Corbarieu et Saint-Nauphary  qui fut uni à la judicature de Villemur par arrêt du conseil d’Etat du  3 septembre 1720 - cf François Moulenc, Département du Tarn-et-Garonne, Documents Historiques, p. 24.

[3] Délibération des 2 et 3 janvier 1720.

[4] Délibération des 30 juin 1720 et suiv., 20 et 29 juillet 1721. - Actes du notaire Jean Coulom des 23 et 24 janvier., 6 et 18 février , 1 et 5 mars, 2, 7 et 29 avril, 16 et 25 juin, 5 juillet  et 26 octobre de l'année 1720. - Collationné d'un arrêt de la cour de Toulouse du 25 janvier 1832 (Archives des moulins).

[5] Acte du notaire Coulom du 14 mars 1720. - Monographies communale de I'arrondissement de Gaillac de M. Rosssignol, t. IV, p. 43.

[6] Histoire de Languedoc XIII, p 958,  relation (tue nous avons analysée et d’après laquelle les Personnages   appréhendés furent soumis  à Penne à un dur régime d’emprisonnement, après avoir subi de cruelles souffrances pendant la conduite à Tauriac.

[7] Archives du Parlement, éd , R. 42, P, 46, 57, 62.


 

 

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