FIEUZET   



 

 

Jean François Fieuzet

 

Une rue de Villemur porte le nom de Fieuzet, à l’arrière des greniers du Roi. Ce n’est pas sans raison.

On a souhaité honorer un curé qui a laissé dans les mémoires villemuriennes  un souvenir particulier par son rayonnement et le dévouement de son ministère, notamment envers les pauvres. La ville de Villemur elle même et la population villemurienne ont bénéficié  de sa générosité.

La notice nécrologique  permet d’approcher l’homme et l’œuvre  qu’il laissa.

Notice nécrologique

 

Nous avons le regret d'annoncer la mort de l'un des prêtres les plus militants de ce diocèse, M. l'abbé Fieuzet, chanoine honoraire de la Métropole.

 

Jean-François Fieuzet naquit à Toulouse, sur la paroisse de Saint-Exupère, en 1795. Il reçut l'ordination sacerdotale en 1819.

 

Pendant les années qu'il passa au Grand-Séminaire , il obtint, sur sa demande, la permission de visiter plusieurs fois par semaine les pauvres des hôpitaux, les prisonniers et les jeunes savoyards, leur apportant chaque fois ].a double aumône de ses épargnes et de ses instructions. Simple clerc, il fit prévoir ainsi ce qu'il devait être dans la suite.

 

Il fut nommé vicaire à Muret en 1819 , et desservant de Tournefeuille en 1821.

 

En 1825, il fut l’un des fondateurs des Conférences ecclésiastiques, huit ans avant que ces réunions studieuses ne fussent établies par l'autorité diocésaine.

 

S. Em. le cardinal de Clermont-Tonnerre le nomma curé-doyen du Fousseret en 18.-28, et il fut appelé, fin 1833, par Mgr d'Astros, à la cure de première classe de Villemur.

 

Partout M. l'abbé Fieuzet fut un prêtre exemplaire, mais cette dernière paroisse fut le principal théâtre de son zèle et de sa charité. Il en a laissé trois monuments impérissables, savoir : une communauté de Frères des Ecoles chrétiennes, un établissement de Sœurs  et une église nouvelle. 

 

Pour ces trois oeuvres , ce pasteur généreux a sacrifié une somme totale de 60.000 fr, c’est-à-dire non-seulement tout le fruit de ses économies, mais encore une partie considérable de son patrimoine.

 

On peut dire de lui comme du Sauveur, que « de riche qu'il était, il s'est fait pauvre. » Aussi , ses forces lui ayant fait défaut, et sa conscience trop délicate ne lui permettant pas de conserver un titre auquel étaient attaches des devoirs qu'il sentait lie pouvoir plus longtemps remplir , il se trouva dépourvu des ressources nécessaires pour vivre convenablement dans sa retraite, à Toulouse ; mais il fallut le lui faire remarquer, et aussitôt l'autorité ecclésiastique, l’Etat et la Caisse diocésaine, rivalisant d'empressement, lui assurèrent des revenus suffisants, comme fin juste retour des sacrifices qu'il s'était imposés pour le bien de l'Eglise et de la société.

 

            Dès 1860, après sa démission de la cure de Villemur, M. l'abbé Fieuzet avait été nommé par Mgr l’archevêque chanoine honoraire de Saint-Etienne. Mais durant ces trois années, il fut facile de prévoir, qu'il ne Larderait de succomber aux fatigues passées de son laborieux ministère.

 

Ce saint ecclésiastique a demandé lui-même les derniers sacrements et a eu le bonheur de les recevoir tous avec une ferveur digne de sa vie. Il s'est endormi dans le Seigneur , dimanche 13  mars, à neuf heures du soir.

 

Ses obsèques ont été d'abord célébrées très solennellement, mardi matin, dans l’église Saint-Etienne , par les soins du Chapitre métropolitain. La cérémonie était présidée par M. le prévôt. Après la grand'messe, le corps a été accompagné jusqu'à la voiture mortuaire, qui l'a transporté a Villemur où il devait être inhumé.

 

D'après ce qu'on nous écrit de Villemur , cette pieuse paroisse a manifesté dans cette occasion tout l'attachement qu'elle professe pour ses prêtres. Aussitôt que le son lugubre des cloches annonça L'arrivée du corps de M. l'abbé Fieuzet, une longue procession se déroula dans les rues : les enfants des deux écoles chrétiennes et des diverses pensions, la Congrégation des demoiselles en habits blancs, la Confrérie des femmes, les Sociétés d'hommes et des jeunes gens, un  clergé nombreux et les autorités locales, marchèrent au-devant de ces restes vénérables.

 

Le convoi étant rentré à l'église, M. le curé-doyen fit entendre du haut de la chaire l’éloge de son pieux prédécesseur. Il traça le plus touchant tableau de sa ferveur, de son goût pour la retraite, de ses divers bienfaits pour ses paroissiens, et surtout de son amour pour les pauvres. Alors une émotion générale s'empara de cette population, au milieu de laquelle celui que l'on pleurait avait passé, comme son divin Maître, en faisant le bien. Après les vêpres des Morts, le cortège parcourut les principaux quartiers et se dirigea vers le lieu de la sépulture. Là, M. le Maire voulut manifester encore le regret de cette perte et la consolation que Villemur éprouve de posséder cette dépouille aimée. « Ainsi, a dit le magistrat ému, ce prêtre charitable, imitant le modèle des pasteurs, a voulu, après s'être sacrifié pour nous de son vivant, se donner à nous après sa mort ».

 

Le lendemain , un service solennel a été célébré devant un beau catafalque, et les fidèles en s’approchant de la Sainte-Table en grand nombre, ont rendu un dernier témoignage de leur reconnaissance envers celui qui leur en montra si souvent le chemin~

 

Semaine Catholique de Toulouse, mars 1864, p 40 et 41

 


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