BENECH   



 

 

 

 

Pierre Benech

 

 

 

... en quelques dates

Il faut se "souvenir que la Résistance s’est étalée sur 4 longues, dures, noires années":

- 17 juin 1940 : Armistice (Maréchal Pétain),

- 18 juin 1940 ; Appel du Général de Gaulle,

- 11 novembre 1942 : invasion de la zone Sud,

- 6 juin 1944 : débarquement de Normandie,

- 15 août 1944 : débarquement de Provence,

- 19/20 août 1944 : libération de Toulouse.

 

Pierre Victor Marie Jean Benech est né en 1923.

 

Son père Raoul Bénech avait acheté à Sayrac la maison Barbe/Cabié en 1934 à Désiré Barbe, négociant en tissus à Villemur. Il est étudiant en 1940 à l’école de commerce de Toulouse. « Il adhère alors au mouvement de Libération, puis rejoint le mouvement de libération-Sud, puis il est intégré dans l’Armée secrète (il y dirige un GF d’Action Immédiate). Il a pour nom ‘’Pendariés’’. Il participe à des sabotages et à des ‘’actions directes’’. Il entre, à la fin de l'été 1941, sur commande, au Groupe Collaboration, puis plus tard à la Milice [elle fut créée en janvier 1943], où il devient chef de dizaine. Il fournit aux services de renseignements de l’Armée secrète et  au réseau Gallia (dont il est un agent occasionnel) la liste de nombreux miliciens et d’agents ennemis. Il procure à la résistance des plans d’usines, de gares, de centrales électriques, de dépôts de munitions allemands, de la poudrerie du Fauga… Il la renseigne sur des actions projetées contre elle, sur les arrestations, la destination des prisonniers, les rafles… ». [1]

 

                                   

 

Pour  dater les engagements de Pierre Bénech :

"- tout l’hiver 1940 j’ai cherché d’autres résistants. Je les ai trouvé grâce à Jean-Marcel Delmas (Tristan).

- c’est son chef, Maurel (dit Laval) qui m’ a poussé pendant les vacances scolaires de 1941 à entrer au Groupe Collaboration.

- à l’automne 1941, j’ai fait la connaissance de Jean-Pierre Vernant et jusqu’en 1944, nous ne nous sommes pas quittés.

- en 1942, l’Armée Secrète Paramilitaire (A.S.Para). Pierre Bénech est responsable de la 1ère compagnie dans un bataillon [90 hommes par compagnie, 270 par bataillon ; il y a 7 bataillons en Haute-Garonne]".

 

communication de Pierre Bénech 6 Mai 2009

 

voir la fiche de Michel Goubet (CD 2009) consacrée à Pierre Bénech [cliquer sur le lien en bleu]

avec l'aimable autorisation de l'auteur et de Pierre Benech.

 

                                            

 

Pierre Benech est une grande figure de la résistance, compagnon d’armes de Jean Pierre Vernant. Il  reste aujourd'hui le seul survivant du cercle rapproché des chefs de la Résistance.  Il se rappelle de l'arrivée de Ravanel à Toulouse : « c'était le 6 avril 1944. Pendant l'hiver, nous avions perdu notre chef incontesté, François Verdier, assassiné par les nazis le 27 janvier en forêt de Bouconne. Il y avait un flottement sur le plan militaire et Ravanel, qui était le patron national des Corps francs, venait à nous pour nous proposer un nouveau chef. Il se trouve que nous n'en voulions pas. La réunion clandestine qui se déroulait rue de l'Etoile, près du Monument aux morts, a donc failli tourner court. Alors, redoutant la désunion, Ravanel, s'est proposé lui même. Et, bizarrement, tout le monde a accepté ». Pourquoi une telle unanimité ? : « Son charisme avait impressionné, son ton était calme et assuré. Et chacun avait reconnu que cet homme était de ceux à qui on obéit sans qu'ils aient besoin de donner des ordres », explique Pierre Bénech. « le 19 août, en pleins combats, l'état- major clandestin s'est réuni au  21 de la rue d'Orléans, au cœur de Toulouse ». Pierre Benech a une bonne raison de s'en souvenir : c'était lui, qui, avec deux autres résistants armés jusqu'aux dents, assuraient, sur le trottoir, la sécurité de la réunion. [La dépêche 28 avr. 09]. C’était d’ailleurs tout près de la maison familiale.

 

 M. Benech ancien président du conseil départemental de la Résistance a été nommé chevalier de la légion d’honneur le 1er octobre 1983 et promu officier 25 avril 2005.

 

A l’occasion de  la remise de la légion d’honneur, en 1983, il reçut une lettre[2] de Jean-Pierre Vernant, alors à Athènes :

 

 Cher Benech, cher Pendariès,

Comment ne pas t’évoquer sous ces deux noms ? Au jour où je voudrais être prêt de toi, avec les amis qui t’entourent, pour te fêter. Deux noms, une même et seule personne pour recevoir enfin cette distinction si mérité et qui n’a que trop tardé. Mais, tu le sais, pour tous ceux qui comme toi, pour les mêmes raisons, endossés plusieurs noms, il n’était pas besoin de la consécration d’une médaille. Après ce qu’on a vu Pendariès faire et la façon dont il la fait pour connaître qui est Benech et ce qu’il vaut. Si j’étais là, au lieu de me trouver retenu à Athènes par mon métier, je n’énumérerais pas certains de tes exploits, ni n’évoquerais la longue, l’obscure et dangereuse lutte souterraine que tu as menée. Je te dirais plutôt ce que je sens profondément de t’avoir connu, Pendariès, car j’étais pour toi, « Jougla », « Lacomme », « Berthier », cela a crée entre nous un lien, une force particulière. D’avoir traversée ensemble cette période où, en risquant chaque jour le pire, nous donnions de nous le meilleur, c’est comme si nos vies prise dans la trame d’un même tissu se trouvaient désormais en quelques façons unies et inséparables. Il me semble que je comprends pourquoi quand tout est exceptionnel, les circonstances, le péril, les enjeux, les risques, les espoirs, les êtres en qui on a pu mettre totalement sa confiance vous demeurent proches à la façon d’un parent, d’un frère. Il y a entre eux et vous la même connivence secrète, la même immédiate complicité qu’avec les membres de sa propre famille. Ceux qui ont combattus dans la résistance on s’y donnant tout entier forment vraiment une confrérie. Il suffit d’un mot, d’une remarque, d’une allusion, on se reconnaît aussitôt, on se retrouve entre soi.

Cher Benech, nous avons tous les deux pris de l’âge, du poids, dans notre corps, nos charges, nos responsabilités. Nous avons changé mais le fil est bien là que nous avons noué dans la jeunesse dans notre mutuel engagement, à côté l’un de l’autre et de tous ceux morts et vivants qui étaient des nôtres au cours de ces années qu’évoquent ta Légion d’honneur. Tous ces amis, ceux qui sont tombés et ceux qui s’en sont sortis, ce temps d’hier si proche et si lointain par rapport au jour d’aujourd’hui, je voudrais les associer à ta personne dans mon témoignage d’amitié fidèle, d’affectueuse confiance pour que tout demeure en place dans nos existence, intacte dans nos mémoires, regarde toujours en toi, mon vieux Benech, le jeune Pendariès bien vivant. Je te félicite et je t’embrasse. Vernant Berthier.

Pierre Benech témoignera souvent en maints endroits des valeurs qui l’ont conduit à entrer en résistance, notamment dans les établissements scolaires. Il participe à l’émission de France-culture à la mémoire de Jean-Pierre Vernant (14 janvier 2007).

Sources :

-La Dépêche du Midi – 28 avril 2009

-Salut à Jean Pierre Vernant : http://www.fabriquedesens.net/France-culture-Salut-a-Jean-Pierre

- annonce de la conférence de TO7 - Mirail - http://www.tomirail.net/spip.php?article1105

- Histoire de la Résistance dans le département de l Haute-Garonne, Michel Goubet, CD - CRDP

- Communication de Pierre Benech.- mai 2009.

 

« Les valeurs de la Résistance n’ont pas surgi du néant, elles se sont inspirées de notre histoire. Elles sont le fruit des grands combats de notre société pour les Droits de l’Homme, la liberté, la laïcité, la République. La Résistance les a adoptées et les a revivifiées. Par son dynamisme et son esprit d’éthique, elle leur a donné une unité. En les propageant, elle a impulsé un nouvel élan de progrès à la société » Serge Ravanel

 



[1] Michel Goubet, La résistance et les années noires à Toulouse et en Haute-Garonne – p.144, CRDP Toulouse. Réed. 1986, Ed Milan .

CD- Michel Goubet et Pierre Loute, AERI (association pour des études sur la résistance intérieure), mai 2009.

[2] En-tête : Collège de France – chaire d’Etude comparée des religions antiques. Lettre du 25 septembre 83.

Nous connaissions cette lettre lue à France-Culture. Pierre Benech a eu l ‘amabilité de nous en donner personnellement copie (mai 2009).

 

 


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