Agriculture   



 

 

Agriculture

 

 

Le canton de Villemur a une superficie de 99,37 km². La commune du Born a une superficie de 10,85 km², celle de Layrac-sur-Tarn de 7,25 km², celle de Mirepoix-sur-Tarn de 5,46 km². Villemur, a aujourd’hui une superficie de 46,6 km² ; avant 1869, la commune de Villemur avait une superficie de 75,82 km², représentant alors plus des trois-quarts du canton.

 

 

Le canton de Villemur conserve encore aujourd’hui  une géographie agricole, même si le paysage ne cesse de se transformer  avec  l’établissement des rurbains et les constructions nouvelles.

Les terres agricoles représentent une grande superficie.

 

La toponymie laisse entrevoir un habitat ancien lié à l’occupation du sol et au travail de la terre, d'un propriétaire  : Villematier (villa/mater), Sayrac, Magnanac, Layrac (noms en ac), Bondigoux.

 

Avant la Révolution, on produit des céréales : le blé, l’avoine, le maïs (appelé millet), des légumes : des fèves, des pommes de terre, le topinambour. La vigne occupe une place importante[1], des plantes textiles (lin, chanvre).

 

 

céréales

 

Les  familles produisent un ensemble de cultures vivrières (Céréales, vin légumes).  Du seigle notamment, beaucoup plus cultivé que le blé, le maÎs (appelé millet)

 

les légumes : des fèves, des pommes de terre, le topinambour.

 

Il y a aussi des mûriers et l'élevage du ver à soie (magnanerie)

Les noyers et la production d’huile (cf les presseurs d’huile)

On mentionne aussi – sans plus - la culture du pastel  au XVIe siècle,  sur le coteaux[2] et traité sur place.

A vrai dire, nous n'en savons rien. Le pastel était cultive dans le Lauragais et l'Albigeois. Par contre, la rivière du Tarn pouvait le transporter d'Albi sur Bordeaux.

 

 

Le Pastel à Villemur ? production ? commerce? transport ?

 

Divers auteurs, historiens locaux - ici pour le Villemurois, mais on le constate aussi ailleurs,  associent  volontiers leur terroir à la production du pastel, heureux d’inclure celui-ci dans l’aire qui  a connu, par ce commerce, un développement extraordinaire en pays toulousain et dans l’Albigeois. Or cet attrait pour le pastel, renouvelé ces dernières années, ne suffit pas à légitimer cette généreuse extension et attribution[cf. M. Peyre p. 49, J. Lagarde, p. 155 - se référant à l'étude de Ph. Wolff : Commerces et marchands de Toulouse vers 1359 - vers 1450, Paris, 1954]

 

production

 

Ainsi l’historien du « commerce du pastel  et de l’épicerie à Toulouse de 1450 environ à 1561 » [G. Caster, Privat, 1962],  mentionne  principalement le Lauragais, avouant qu’« il faut renoncer par ex. à être correctement renseigné sur l’Albigeois ». Pour l’Albigeois on  peut relever Graulhet, Lavaur. L’auteur ajoute cette précision : «  que le pastel  fut peut être cultivé entre Lavaur et Saint-Sulpice » [G. Caster].

Le pastel ne semble pas connaître  d’espace de production dans le Nord-toulousain. L’aire connue est délimitée par une ligne séparatrice comprenant Lavaur, La Valette, Verfeil. Montrabé. La "Cocagne tarnaise" correspond à une partie du diocèse de Castres [Graulhet], les alentours d'Albi [Montans, labastide Lévis], et l'ancien diocèse de Lavaur, avec en limite extrême Saint-Sulpice la pointe.

La zone productrice ne comprend pas le Villemurois.

 

La zone habituelle de production comprend un deuxième cercle, zone d'extension plus lâche, s'arrêtant à hauteur de Saint-Sulpice [seigneurie où  Berny avait beaucoup de biens - le 1/4 de celle-ci]

 

L'ouvrage le plus détaillé que nous ayons rencontré à ce sujet [Géographie universelle traduite de l'allemand - le gouvernement du Languedoc, par Anton Friedrich Büsching, vol 5 - géographie de la France, tome second, Strasbourg, 1791, p. 208 ] ne mentionne le pastel  pour aucune des villes du diocèse écclésiastique de Montauban.

 

Le même auteur, Gilles Caster, ne cite jamais Villemur pour ce qui est du pastel, ni pour sa production, ni pour son commerce, ni pour son transport.

 

Cependant comme l’observe Sandrine Banessy : « la présence de culture pastelière hors de la zone régulièrement citée prouve l'extension des cultures au grand Midi-Toulousain ». On ne peut exclure une extension au-delà des espaces répertoriés (les actes notariés peuvent nous renseigner à ce sujet, comme aussi l’enrichissement repérable cf. grands pigeonniers du XVe-XVIe et l''embelissement des églises) [communication personnelle fin août 2012]. On ne peut actuellement répondre par l'affirmative ou la négative à la question de savoir si l'on produisait du Pastel dans le Villemurois, même si l'absence de données fait plutôt pencher vers une réponse négative.

 

transport

 

Le commerce du pastel albigeois en direction de Bordeaux se faisait par navigation sur le Tarn, ceci à partir de 1520 (cf. Christian Cau, p. 15).

 

Tel  ouvrage ancien de géographie mentionne le pastel parmi les produits transportés en navigation descendante. Villemur étant bien un des lieux de commerce situés sur le Tarn (Albi, Gaillac, Villemur, Montauban, Moissac). Sans oublier que Montauban, sur la route de Bordeaux, est la porte de sortie du pastel albigeois. [Cf. Histoire de la navigation intérieure de la France, J. Dutens, 1829,Vol 1, p. 41].

 
Ila été relevé un contrat en 1536 : Guilhem Azemar marchand d'Albi donne à Guilhem Delprat marinier à Montauban à transporter 885 balles de pastel du port de Montans à Montauban (4 livres par balle) cf 4 octobre 1536. Un autre accord de 1547 prévoit qu'il s'agit d'aller par voie de terre à Montauban et de là à Bordeaux par la Tarn et la Garonne? [900 balles - 74 tonnes] - cf Le pastel en Albigeois, exposition par la Banque Populaire 18 avril - 28 mai 1987.
 

Un autre document fait mention de taxes prises à Villemur de 20 sous par pipe de pastel.

La pipe de pastel comprenait dans les années 1546-47, 30 balles à 3 cabas ½.

 

Dutens (J.), Histoire de la navigation intérieure de la France, vol 1,1829,  p. 41

NB : la balle de 3 cabas 1/2 correspond à 80 hg (transport par mulet (160 kg) ou voie d'eau) ; celle de 4 cabas ! 90 kg, celle de 4 cabas 1/2 : 100 Kg.

 

On a relevé aussi les deux rues de Bessières : rue du grand pastellié et rue du petit pastellié.

Par Pastelier, on peut qualifier soit les champs, soit les moulins [quelques unités à peine sont connus sur l'ensmble du pays de cocagne], soit les marchands.

 

Notes

" Albi est la plaque tournante. Albi est le grand centre pastellier où les marchands viennent chercher les chargements...Dans la première période, avant 1460, les chargements de coques sont acheminés vers Carmaux et Maurs vers l'Auvergne et le Lyonnais et la d'une façon plus générale vers la France du Nord". [cf. Christian Cau, p. 14] -  Vers le Sud, il va sur Narbonne passant par Réalmont. L'essentiel du commerce est aux mains de marchands béarnais dont Orthez est le siège principal (et de cette ville, en direction par le Somport vers l'Espagne], notamment dans la seconde période entre 1470 et 1520.

                                                                                                                         

"Rivières et fleuves jouent un rôle déterminant pour faciliter le transport à destination via le Tarn pour le Pays Albigeois" " La navigation fluviale et maritime deviendra à la fin du XVe siècle le mode de transport préféré du pastel via Bordeaux par la Garonne" P-G Rufino, Le pastel,  p. 49, 55. Notamment dans la troisième période après 1520 [cf. Christian Cau, p. 15].    

 

Sources :

-  Patrice-Georges Rufino, le Pastel, l'Or bleu du pays de cocagne, Ed. Daniel Briand,

-  Christian Cau, Le Pastel, Loubatières, 1999

-  Gilbert Caster, commerce du pastel  et de l’épicerie à Toulouse de 1450 environ à 1561 » , Privat, 1962

-  Gilbert Caster, les routes de Cocagne, Privat, 1998

 

 

Le Vin

 

Il y a aussi le vin. La carte de Cassini relève un terroir important en vignes sur la terrasse de Sayrac (sur le haut des paroisses du Terme, Magnanac) entre Pellausy et La Garrigue, terroir compris alors dans le diocèse de Montauban. Le vin  faisait notamment l’objet de commerce , partant par le Tarn, puis la Garonne jusqu’à Bordeaux.. la production a toujours été importante tant que sur le coteaux, y compris en terrasses au début du coteau, que dans la plaine (terrasses). Dés 1136 le Conseil de ville interdit l’importation de vins étrangers sous peine de confiscation des fûts et de leur contenu[3].

 

On cultive aussi les plantes textiles (chanvre, lin)– on rencontre de nombreux tisserands de lin ou de chanvre, transformant  la filasse en toile et en linge[4]) Il y a aussi du bétail (vaches, brebis)

 

Les transports sur le Tarn et les  cahiers de compte[5] attestent des productions et notamment de celles qui font l’objet du commerce (vente et achat).

 

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La structure sociale du monde rural  avant la Révolution est  connue :

 

A - de propriétaires ayant une à plusieurs métairies[6]. Ainsi :

-  Viguier à Villemur : Malaret

- Blazy puis Boyer Castanet de Tauriac à Vernhes (ou Beauséjour) [Bondigoux], avec les métairies de Bondigoux ( Grail ou Gral, La Grave, la Tuilerie, Dèzes) ; Layrac (Borde Neuve, Valette) ; Mirepoix ; Le Born.

-  Laroche et Pommier [Bondigoux] ; Dardenne [Bondigoux, Villemur]

- de Clarac de Roqueserrière, seigneur de Mirepoix,  co-seigneur de Layrac et Montvalen [Mirepoix] ; château de Mirepoix – 28 arpents, et métairies : la Bourdette – 40 arpents, la Grande-Borde – 61 arpents , le moulin à eau, la tuilerie et la forge – à Layrac : la métairie de l’Escalère

- Roffiac au Born : métairies de cendrié et Bandarres

- de  Ferran à La Magdelaine, avec le château de la Busquette, sept métairies dont Jammetous, Motets, Camparole, Martignac, Peyroutoune

- d’Aubuisson [Sayrac : les Cabanes, 125 arpents]  Jaylès - Pérés [Sayrac]

- de Buisson d’Aussonne [Villematier : Bois-dessus – 35 ha]

- Dufaur-Bérart [Villematier : domaine de Castelfort  58 ha]

- Vacquié à Villemur : métairie du Pont ; Magnanac : le Roussel ; Villematier/Sainte-Escariette : les Constances 55 ha + rive droite : Clerc, Carles, Oustry

- de Sers à Sagnes [Sainte-Escariette], puis Mauran et Lacoste : métairie de La Fontaine – 30 ha environ

- de Pouzols à Saint-Maurice [Magnanac] :

- Dèzes [Magnanac]

 

Possessions ecclésiastiques

-  obit de l’église de Mirepoix- l ‘œuvre du Purgatoire de la Cathédrale Saint-Etienne [Mirepoix métairie de Capoulade, 16 ha]

- chapitre de la cathédrale Saint-Etienne : métairie à Villemur « près le canal »

- religieux Minimes de Toulouse :  [Sayrac : Pétusou et Saint-Roch – 45 arpents]

- église de Villemur [Villematier : la Ritourio]

- chapitre Saint-Sernin : métairie à Layrac – 48 arpents

-Religieuses Sainte-Claire du Salin à Toulouse : métairie à Layrac

NB : 1 arpents = 58,6 ares.

 

B - les laboureurs ou ménager (de son bien) : le laboureur est  généralement propriétaire d’une petite exploitation ou d’un lopin de terre lui permettant d’en vivre. Il possède en tout cas un peu de bétail. Il peut être aussi au service d’une métairie. Approximativement, ils peuvent représenter environ  la moitié de la population agricole. Le ménager désigne  donc également un propriétaire terrien, propriétaire non seulement des bâtiments et des terres, mais aussi du matériel et des animaux de labour. Le terme en usage en terre méridionale.Le laboureur peut être aussi un laboureur-brassier ou un laboureur-travailleur, quand il ne vivre de son seul lopin de terre.

Le bordier est ici le nom du métayer présent sur une borde ou bordasse (i.e. grande borde/métairie). Il bénéficie d'une certaine considération (surfaces importantes, stabilité : plusieurs générations peuvent se succéder dans la même borde). Mais il arrive plus souvent qu'il ne soit guère considéré dans une constante mobilité, allant de borde en borde, assez proche alors du travailleur, lui, plus stable.

C - les travailleurs (de terre) : le travailleur qui vend son travail aux autres pour vivre.

D - les journaliers : vend son travail au jour le jour, en fonction de l’emploi disponible et

du temps = ouvrier agricole : est dit aussi manœuvrier.

 

La forêt

 

Enfin la forêt  occupait en 1319 une étendue de 1064 arpents (environ 500 ha), donnant du bois de construction et de chauffage. La forêt principale est celle dite « de la forêt » de Villemur et du Born, forêt seigneuriale, royale de Villemur. Elle fut défrichée au début du XIXe siècle. Le curé du Born ne mentionne-t-il pas que 5 métairies ont été crées sur une partie déboisée. On perçoit d’autres espaces : une bande boisée allant de Sayrac à Magnanac passant au-devant du château de Saint-Maurice, les bois de Raygade-les Millets.

Avec le charme, on fabriquait du charbon de bois[7].

 

 

 

XXe siècle : des migrations extérieures et intérieures : 1920-1960

 

Des vagues de migrants  après la guerre ont conduit des familles  chez nous pour travailler la terre. Italiens et polonais seront métayers, espagnols comme ouvrier agricole.

Vers 1930 une ferme école existe à Villemur destiné aux familles polonaises accomplissant un an de stage avant d’exploiter une métairie[8].

Il y aura aussi, à l’initiative des Migrations rurales une migration intérieure. On a connu celle de quelques familles aveyronnaises ou lozériennes. Il y aussi celle venant de Bretagne ou de Normandie. Plusieurs de ces familles ont fait souche dans nos villages.

Une autre venue, différente, a lieu avec les rapatriés d’Afrique du Nord , « les pieds noirs » dans les années 1960, prenant de vastes domaines et inaugurant une nouvelle agriculture plus spécialisée et intensive, sur de grandes surfaces, notamment les arbres fruitiers.

 



[1] Divers sinistres sont à relever : par exemple l’invasion des chenilles de 1796, dévorant arbres et arbustes ; quant à la vigne, il y a d’abord l’oïdium en 1854, puis en 1878, une légère invasion de phylloxera a lieu, ensuite de mildiou ; enfin en 1894, le black-rott.

[2] Marcel Peyre, op. cit., p. 49.

[3] Marcel Peyre, p. 28

[4] les contrats de mariage décrivent par le détail  les textiles faisant l’objet de la dot..

[5] Ceux de nos familles, souvent conservés, mais aussi par exemple le livre de raison de Me Durand, Me de bateaux.

[6] Les données ci-dessous proviennent de :

-Jean Santou, Fortunes et groupes sociaux à Toulouse sous la Révolution – essai d’Histoire statistique, Privat, Toulouse, 1969,

-Henri Martin , Documernts relatifs à la vente des biens nationaux – Haute-Garonne, District de Toulouse, Privat,  Toulouse, 1916.

-relevés des BMS (registres paroissiaux)

[7] Marcel Peyre, p. 29

[8] Ronald, Hubscher, L’immigration dans les campagnes Françaises, XIXe-XXe siècles, Odile Jacob,  p. 104

 

 

 


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